Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

mardi 25 mai 2010

Louis, garçon facile I 1 : L'embusquade

- Photo Goonete/Flickr -
Patiemment, en grillant leurs blondes, ils avaient attendu la fiotte ; Louis empruntait tous les jours ce passage connu des seuls autochtones -de lui seul, pensait-il naïvement-  en rentrant du lycée.
Stéphane et Nino n'étaient qu'apprentis-voyous ; des "cakes" comme on appelait ces petites frappes spécialisées dans le vol de cyclomoteurs ou l'arrachage à la volée du sac des mamies venues "toucher leur mandat" à la grande poste.
Nino,  de ses origines piémontaises gardait de longs cheveux bouclés aussi noirs que ces yeux qui lui donnaient un regard qu'il présumait méchant quand, attablé à la terrasse de la crêperie,  il jaugeait le quidam de passage ou la meuf jugée "bonne".
Il avait fait de l'année de ses dix-huit ans un parcours donjuanesque où les filles se succédaient à cadence effrénée, usant et abusant de sa beauté et d'une réputation sulfureuse des plus excitantes.
Le duo avait repéré Louis, ce garçon trop fin au visage de fille dont on disait qu'il était différent, qu'il ne pratiquait pas de sports, leur préférant de longues heures passées à jouer "du classique" sur son piano ; une pratique incongrue en terrain viril, pensaient les deux garçons habitués à errer tels des chats de gouttière dans les ruelles de la ville vieille.
Le passage de l'ancienne verrerie, ils le connaissaient bien pour y avoir fumé leurs premiers joints arrosés d'une bière à haute teneur en alcool.

Louis ne s'est douté de rien ; Nino et Stéphane ont surgi de l'anfractuosité dans laquelle ils s'étaient dissimulés.
A voix basse, sans mouvements brusques, ils lui ont intimé l'ordre de vider ses poches.
Un seul billet, un peu de monnaie, un paquet de Craven A et la montre-bracelet en plaqué or, cadeau de communion, constituèrent le maigre butin de l'aventure.
Ils ne le frappèrent pas, stupéfaits du calme résigné affiché par leur proie.
Ils le relâchèrent, lui crachant un "pédé !" humiliant..
Louis repartit presque tranquillement vers son piano et ses livres.

L'année suivante, Louis, en exaltante émancipation, occupa son premier studio, son "chez-lui" au cœur de la vieille ville.
La même année, Nino le tombeur vint à plusieurs reprises y chercher des plaisirs inavouables.
- Si t'en parles, t'es mort !

(à suivre)(?)
Syl./Gay Cultes

 "Si t'en parles, t'es mort !"
- Photo X -

3 commentaires:

Kynseker a dit…

Une photo, une ressemblance troublante et un souvenir a refait surface ou bien une photo et une histoire vite imaginée ?

Syl./Gay Cultes a dit…

@kynseker : "Une photo, une ressemblance troublante et un souvenir a refait surface"
Belle perspicacité.

Nino a dit…

Ce n'est pas moi, ce Nino !