De la petite bande de garçons avec lesquels, dès l' enfance, il avait partagé les jeux qui font l'ordinaire de l'âge tendre, ces fils de fonctionnaires de la "Cité fleurie" voisine, deux l'avaient circonvenu dès les premières montées de sève.
Il y eut tout d'abord Eric, masculinissime, qui l'avait entraîné un jour sans difficulté -car Louis "savait" depuis longtemps, depuis toujours- dans la cave de l'un des bâtiments, l'avait approché de très près, pantalon baissé, et lui avait donné son premier baiser, un long "palot" qui l'avait électrisé.
Le soir même, le tout jeune Louis s'était répété avec délices qu'il était pédé, étrangement satisfait, fier, de ce simple constat qui mettait à jour un état qu'il ressentait confusément depuis qu'à 6 ans, déjà, il observait, extatique, les manœuvres des "grands" sur le terrain de sport de la grande cour.
Louis apprécia d'être devenu l'objet d'Eric qui ne manquait jamais, toutefois, d'évoquer les filles en des termes grossiers qui ne pouvaient que conforter la répugnance physique que Louis éprouvait pour le genre féminin.
Puis vint Hassan qui, forcé de garder la chambre à la suite d'un accident qui l'avait laissé plâtré, lui proposa de le prendre, là, à quelques mètres de sa mère recevant des amies pour le thé dans le salon.
Très tôt, donc, Louis eut une intense vie sexuelle qu'il partageait entre les étreintes d'Eric et les assauts peu empreints de tendresse de son copain kabyle.
De ces expériences, il retirait que tout garçon en voie de maturité est apte à partager avec un autre les plaisirs de la chair.
En ces temps d'avant-Sida, en ces pays chauds où se mêlaient fils de bourgeois et petits voyous désoeuvrés, l'heure était au culte du plaisir à tout prix.
C'était un terrain propice pour le garçon qui s'en allait par lycée et Milk Bar, brandissant désormais sa différence en étendard.
Il fut à peine surpris de ces offres de garçons lui confiant, chuchotant, que "pourquoi pas, hein, faut pas mourir idiot" et n'eut qu'à se baisser pour ramasser les fruits mûrs de sa convoitise.
Le studio dans la vieille ville, ce repaire où il avait accueilli Nino à maintes reprises, reçut la visite de tout-jeunes hommes avides de sensations nouvelles que Louis distribuait avec munificence.
De tout temps, le garçon eut une prédilection pour ces garçons simples, venus du peuple, souvent incultes, qu'il se plaisait à façonner en vraie générosité ; l'un d'eux lui avait même dit "tu es mon professeur de vie !".
Il n'oublierait jamais le sourire enthousiaste qui accompagnait ces paroles définitives.
Il n'oublierait jamais ce garçon dévasté par la mort de son meilleur ami qui vint un jour se réfugier entre les murs blanchis à la chaux, pour se lover entre ses bras.
C'était Stéphane.
(à suivre) (?)
D.R
"...un long "palot" qui l'avait électrisé"
"Se lover entre ses bras"
Chambre d'Hassan
Photo Gay Cultes sur les lieux.
Louis, garçon facile (billets précédents).
Chambre d'Hassan
Photo Gay Cultes sur les lieux.
Louis, garçon facile (billets précédents).

5 commentaires:
Ça vaut la peine d'être patient !
Si c'est autobiographique (mais je penche davantage pour l'autofiction), je reste stupéfait (et presque jaloux) !
Style direct et percutant, j'aime beaucoup :-)
Cher Kynseker, figurez-vous qu'il y a beaucoup beaucoup d'autobio.
Merci pour cette gentille indulgence.
Mais tout ça c'est de la nostalgie à l'automne de la vie ?
@"anonyme" :
vous supputez ?
vous supputez !
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