Blog superfétatoire et sporadique entièrement rédigé en français par Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 28 juin 2010

Louis, garçon facile I 7 : Maud



- Alors, paraît que t’es pédé ?
Tu te fais casser le cul ?

Louis n’a jamais entendu cette expression peu délicate formulée par le beau Jack lors d’un trajet sur le boulevard principal d’un kilomètre de long qui relie les deux parties de la commune.
Il ne s’en offusque pas : la question, si saugrenue soit-elle, est formulée avec humour, sans se vouloir vexatoire.

-Euh, oui, façon de parler, trouve-t-il à répondre à son camarade.
-Tu sais que tout le monde le sait et qu’il paraît que tu te tapes mon meilleur pote.
-Qui t’a dit ça ?  répond le garçon qui sent l’embarras monter à ses joues.
-Tout le monde et personne : tu sais, je connais Dany ; c’est un gros vicelard ; il est pas à ça près.

Louis devine qu’il va falloir slalomer, ne rien dire tout en laissant supputer pour mettre quelques chances de son côté ; et si le fait que Dany… avait valeur d’exemple pour ce beau camarade qui ne semble pas tout à fait hors de portée ?

-Oh, tu sais, on se raconte tellement de trucs.
Bon, je vais te confier quelque chose : je suis un garçon facile.

Ces paroles prononcées avec un large sourire font hurler de rire son interlocuteur :
- Un garçon facile ! Putain t’es gonflé, toi !
De toutes façons, hein, je m’en tape, tu te fais qui tu veux, tu sais, je vais te dire : moi, j’ai aucune morale, je pique du blé à mon père, je traite ma mère comme une bonniche, j’ai pas de reproches à faire.
A personne.

Jack se fait plus volubile, tient un discours anarchiste sur la société tout en déclarant aimer le fric et les avantages qu’il procure, lui dit aimer les fringues (ça se voit !) et les belles montres…
Plus tard, pendant leur relation, il offrira à Louis un portefeuille de ce maroquinier dont le building trône sur les Champs-Elysées en symbole absolu de la fric-society de l’an 2000.

A ce moment, Louis ne sait encore comment s’y prendre, d’autant plus que Jack « sort » avec Maud, cette fille qui se veut étrange avec laquelle il entretient une camaraderie teintée d’une complicité tacite venue d’on ne sait où.

C’est un après-midi d’été, peu de temps après.
Louis et Maud ne sont pas très « plage » : ils ont laissé sur le sable la « bande du Milk » et sont allés prendre un café à l’ombre, au bar-tabac de la promenade, refaisant le monde comme on le souhaite à 17 ans.
La conversation a glissé vers des propos plus intimes, Maud confiant à son camarade que Jack la pressait de coucher avec lui, qu’elle n’avait jamais fait « ça », que ça la faisait « flipper ».
Elle sait que Louis est attiré par les garçons.
Elle le lui a dit de but en blanc quand leur discussion a pris cette tournure.
Elle lui a demandé avec le sourire narquois qu’elle se plait à afficher en toute occasion :
-Et si on essayait ?
Louis n’a pas beaucoup réfléchi ; il s’est dit qu’il avait l’érection facile, que ce serait l’occasion de se tester sur une fille, qu’après-tout…
Ils sont allés à la Maison des Jeunes où Louis s’occupe du Ciné-Club ; il en a la clé en permanence sur lui.
Ils ont fait ça sur le tapis, derrière l’écran, où Louis s’est déjà allongé à plusieurs reprises avec son copain Hassan, le kabyle qui se borne à le prendre sans brutalité, mais sans tendresse, depuis qu’ils ont l’âge des échanges charnels.
Ils se sont dévétûs, Louis constatant avec plaisir qu’il bandait.
Lorsqu’ils ont accolé leurs corps, Louis a compris instantanément : le corps des femmes n’était pas fait pour lui.
Pour la première fois, son sexe l’a abandonné, flasque, piteusement.
Maud s’est déclarée « sèche ».
Ce fut tout.
Ils se rhabillèrent, rigolards, et rejoignirent les membres de la bande occupés à une partie de « volley ».
En chemin, Maud a simplement dit :
-Eh bien, t’es vraiment pédé, Louis.
Si tu veux, je t’arrangerai le coup avec mon meilleur ami, Phil’ :
je crois qu’il se cherche.

« On va trouver », pensa Louis.

"Ils ont laissé sur le sable la bande du Milk"

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1 commentaire:

Kynseker a dit…

C'est à croire que le charme et le bagout de Louis convertissait les plus réfractaires -au premier abord- à ses désirs !

Ma génération, d'après sida, est devenue beaucoup plus sage...