Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 5 juillet 2010

Louis, garçon facile I 8 : Jack se dévoile

C’est Jack qui a décidé cette virée à l’Etna, le restaurant un peu chic qui regarde  la jetée, ce genre d’endroit fréquenté presque exclusivement par des vieux pleins de blé .
Louis n’a pas voulu se poser la question : comment ce fils de fonctionnaire se procure-t-il le fric pour inviter sa copine du moment et un vague copain dans cette taverne chic ?
Ils dînèrent de fritures et de steaks grillés géants comme Louis n’en avait jamais vus.
Le vin rosé de Bandol ne cessait d’emplir les verres aussitôt vidés de leur contenu ; la conversation prenait un tour surréaliste au rythme de l’absorption d’alcool ; Louis ne se contentait pas du contenu de son assiette, dévorant Jack du regard sous celui de Maud, narquois, ivre elle aussi.
Jack se plaisait à jouer les grands seigneurs : avec les desserts, il offrit une bouteille d’un excellent Champagne.
Le calice était bu jusqu’à la lie et c’était bon .

Il était tard maintenant.
La nuit s’était déployée au-dessus de la Méditerranée scintillante sous la voûte céleste brillant de ses millions d’étoiles.
Le trio avait décidé d’une baignade, pour rafraîchir corps et cerveaux échauffés, pour sceller une complicité toute neuve.
Ils ont beaucoup marché le long du rivage : Jack voulait un coin tranquille pour se « baquer à poil ».
La perspective ne déplut pas à Louis, on s’en doutera, qui indiqua un petit fort au bout d’une digue où nul ne s’aventurait passée minuit.
L’alcool avait fait son œuvre : le trio gagna le ponton, chantant, riant aux étoiles, hurlant son bonheur de l’ivresse partagée.
Sitôt arrivé, Jack se dévêtit prestement, entièrement, et plongea dans les eaux profondes.
Assis aux côtés de Maud, Louis eut comme un éblouissement, stupéfait : c’était Dieu qui s’ébattait à quelques mètres dans la mer sans fond.
Maud le regardait de ses yeux braqués, impitoyables :
- Il est beau, hein, il t’excite !
Louis tremblait de tous ses membres ne sachant si c’étaient la fraîcheur de la nuit, la situation ou le taux d’alcoolémie qui le mettaient dans un tel état.
Alors se produisit cet événement insensé : Jack sortant de l’eau s’assit nu sur le béton et Louis, comme halluciné, soudain téméraire,  lui dit :
- Ta peau doit avoir le goût du sel.
Et Jack lui dit :
- Goûte !
Et devant Maud restée de marbre, il se mit à lécher frénétiquement cette peau à la texture lisse et ferme où perlaient les gouttes de l’eau parfumée d’iode.
Louis se souvient –il n’oubliera jamais- que l’action dura très longtemps et fut si brève à la fois, tant l’alcool annihilait tout repère.
Il jouissait intérieurement.
Il ne se passa rien d’autre.
Il savait que ce n’était que le début.


(à suivre) (?)
(c) Syl./Gay Cultes

"- Ta peau doit avoir le goût du sel."


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4 commentaires:

blueboy a dit…

ça y est tu est devenu un vrai maitre du feuilleton, on reste en haleine là.

vite une suite.

c'est très beau et agréable a lire .

merci

Syl./Gay Cultes a dit…

Je sais : "Le Bossu", c'était moi.

Anonyme a dit…

Whaou, j'étais parti dans les calanques !

Kynseker a dit…

Oui, le lundi est en passe de devenir LE jour de Louis. Ca donne un goût moins amer au début de semaine :-)

Merci et vivement la suite...