Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 2 août 2010

Louis, garçon facile I 12 : Music Lovers*

Dans la « bande du Milk » régnait aussi David.
Ce blond jeune homme jouissait d’un prestige certain dans la petite communauté, dû vraisemblablement au fait qu’il possédait à la fois deux nationalités, française et américaine.
C’était un garçon brillant, un « premier de la classe » qui n’en tirait aucune vanité.
Un peu plus âgé que Louis, il était le seul à posséder une voiture, l’une de ces « mini » que conduisaient les filles et fils de familles aisées.
Louis se souvient maintenant que Dany et Jack firent l’acquisition du même type de véhicule en guise de première automobile.
David suivait les cours de la faculté de médecine de la grande ville voisine, avait une petite amie, Marianne,  un « canon ».
Les roues de son Austin le ramenaient toujours au Milk où il avait constitué un cercle d’amis dont Louis ne faisait pas partie, se bornant à disputer avec l’étudiant des parties de cartes dont son aîné sortait le plus souvent vainqueur.
David ne semblait pas s’intéresser outre mesure au « musicien pédé » qui le lui rendait bien.
On ne sait plus sous quel prétexte il se présenta un soir à la porte de la demeure familiale ; pour emprunter un disque, un livre peut-être.
Dans la chambre de Louis, David s’allongea sans façons sur le lit, crevé  – dit-il –  par une longue journée de travail.
Sur l’électrophone, Louis posa le disque de la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski, entreprenant de conter à son camarade la vie tourmentée du compositeur russe, glissant quelques allusions sur la sexualité de l’auteur du Lac des Cygnes.
Les intentions de David se firent plus claires : faisant mine de s’exalter sur le chant émouvant du violoncelle, il suggéra à Louis de s’allonger à ses côtés pour « mieux savourer la musique ».
Il l’enlaça, s’embrasant soudain :
- On s’en va ? on prend ma voiture ? on monte au phare ? haleta-t-il.

Ils se précipitèrent hors de la maison après que Louis eût assuré à « m’man » qu’ils sortaient juste faire un tour, qu’il rentrerait dans l’heure, que non, il ne faisait pas froid, qu’il n’avait pas besoin de mettre un pull.
En une dizaine de minutes pendant lesquelles ils n’échangèrent aucune parole de nature à rompre leur excitation ils étaient l’un sur l’autre, hommes-caoutchouc dans le minuscule habitacle, jouissant rapidement, langues et sexes en écheveau inextricable.

Louis rentra dans l’heure comme promis, chamboulé, heureux.
Avec David, la relation fut toujours de totale simplicité, de virile complicité.
Pas d’amour, tout au plus une franche camaraderie ponctuée de joutes charnelles au cours desquelles David, propre à tout intellectualiser, ne tarissait pas d’éloges sur la texture de peau de son partenaire qu’il estimait « encore plus lisse que celle des filles ».
Louis appréciait ; aucun autre garçon ne lui parlait ainsi, au cœur même des ébats amoureux.
Il se souvient aujourd’hui que leur complicité était telle qu’il pouvait obtenir la jouissance de son camarade en touchant un point précis de son anatomie.
On l’a déjà dit, la relation entre eux était facile : ils ne « s’aimaient pas » au sens passionnel du terme, se retrouvaient quand leurs emplois du temps le permettaient, Louis gagnant les hauteurs de la ville où David habitait un studio où il pouvait préparer ses examens en toute sérénité.
Il frappait, David passait la tête par la fenêtre ; selon le cas, il descendait ouvrir ou, au contraire, lui disait qu’il était désolé, qu’il était en plein boulot, qu’il lui ferait signe…
Sans doute, parfois se trouvait-il en compagnie de Marianne.
Et ça ne posait pas de problème pour Louis.
Plus tard – Louis s’en souvient en souriant-, ils « montèrent » à Paris, faisant un arrêt de nuit à Lyon dans un hôtel borgne où le veilleur de nuit, ou peut-être un client, on ne pouvait savoir,  vint tambouriner à leur porte à une heure avancée pour leur intimer l’ordre d’être moins bruyants dans leurs ébats !
Il a bien dû dire « sales pédés » croit-il se rappeler.
Un jour, avec une froide détermination,  David décida que le temps des amours homosexuelles était révolu.
C’était irrévocable.
Il se maria, fit une brillante carrière et deux enfants.

David et Louis se revoient de temps à autre ; David aime toujours passionnément la "Pathétique" ; il ne veut plus parler cependant de "ces choses-là".
Quand un silence s'installe, ces "choses-là" planent dans leur ciel.


(à suivre)


Syl./Gay Cultes




* Le film de Ken Russel "Music Lovers", biographie un tantinet psychédélique de Tchaïkovski, a pour titre français "La symphonie pathétique".
En fouillant un peu dans Gay Cultes, on l'y trouvera chroniqué.


...une franche camaraderie ponctuée de joutes charnelles...

3 commentaires:

Kynseker a dit…

Heureusement que tous les garçons qui ont croisé la route de Louis ne se sont pas tous assumés par la suite, parce que sinon il n'y aurait plus resté que des laiderons pour les demoiselles !

Syl./Gay Cultes a dit…

"J'aime", comme on dit sur facebook.

blueboy a dit…

une histoire sympa et au moins tout était dit dès le départ, certains n'ont pas cette franchise.