Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 16 août 2010

Louis, garçon facile I 14 : J'ai faim !

On pouvait trouver de larges étendues encore préservées de l’invasion...
Photo (c) gay Cultes



Ils partaient dès le matin, ayant peu dormi, dans la vieille 4L de Stefano, une guimbarde de couleur rendue indéfinissable par les coups reçus, les griffures de ronces, les tentatives avortées de rénovation.
Les premières chaleurs de mi-printemps donnaient au taurillon des envies d’immersion.
Louis détestait les plages, les fourmilières humaines, les odeurs de friture, de beignets recuits par le soleil, les postes à transistors déversant les tubes matraqués par les radios , dites « périphériques » en ces temps-là.
Avec son ami, son frère, son amant, la virée était source de ravissements.
Ils parcouraient le département voisin, moins fréquenté, où, à cette période de l’année, on pouvait trouver de larges étendues encore préservées de l’invasion.
Louis craignait l’eau froide, toujours trop à son goût.
Son alter-ego, lui, avait avec l’élément une relation fusionnelle, en triton jamais rassasié.
Sitôt découvert le site propice, il se dévêtait prestement, courait vers l’eau vert-bleu à une allure de chien fou.
Devant la mer, parfois impétueuse, il hurlait des incantations indéchiffrables depuis l’abri d’où Louis l’observait amusé, émerveillé.
Il accompagnait ses cris de gestes mystiques, en dompteur de fauves invisibles.
Puis, sans se soucier de sa température, il pénétrait l’onde et la survolait dans un crawl impeccable, délié, puissant, naturel.
Louis figeait l’instant par le truchement de l’objectif.
Bien des années plus tard, il lui arriverait de parcourir l’album de ces instants jamais oubliés.
Et de caresser longuement ces images du bonheur.
De tous ses amants encore aimés et pour toujours, Stefano fut le seul que Louis jamais ne revit.
Dont jamais il ne voulut retrouver la trace, désirant que cette jeunesse majuscule soit éternelle dans son souvenir.

- J’ai faim, disait le garçon après l’effort nautique.
Il dévorait des sandwiches « américains » faits de viande décongelée et de frites immondes attablé à l’une des cahutes qui bordaient la plage.
Il fallait ensuite repartir vite ; car une vigueur nouvelle irriguait les veines du taurillon qui disait sur un ton n’appelant aucune réplique : -On va trouver un coin tranquille pour s’éclater !
Ils écumèrent tant de pinèdes qu’on ne saurait les compter.
Au crépuscule de l’une de ces journées, Louis se souvient qu’ils furent surpris s’accouplant en lieu présumé désert par les occupants d’une voiture égarée.
Stefano se « rembraillant » tranquillement avança vers l’auto d’un pas décidé, arrogant,  agressif ; ses occupants firent marche-arrière sans demander leur reste !
On ne dérange pas un fauve en amour.


Syl./Gay Cultes 2010
(à suivre)
Il accompagnait ses cris de gestes mystiques, en dompteur de fauves invisibles.
- Photos (c) Gay Cultes -

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3 commentaires:

Kynseker a dit…

C'est pourtant vrai qu'elle a l'air froide cette eau... Quel homme !

Stan a dit…

Les années 90, non ?

Anonyme a dit…

Tu me fais aimé les lundis !