Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 23 août 2010

Louis, garçon facile I 15 : Une drôle de liaison


Stefano n’avoua jamais que la réapparition de Jack dans la vie de Louis l’avait profondément contrarié.
Jack était d’évidence plus proche de Louis culturellement que le fougueux garnement ; leurs discussions passionnées sur des sujets qui appelaient un certain savoir le laissaient amer, boudant comme un enfant à la peine sur un problème de mathématiques.
Louis, pourtant,  jamais ne se crut autorisé à l’abaisser en public, le défendant au contraire lorsque ses amis pourfendaient l’inculture de son amant.
Maud lui avait décrété en sentence cinglante : « c’est marrant, cette attirance que tu as pour les crétins ! » et Louis avait réprimé une vive envie de lui rétorquer un « pas seulement les crétins, ma belle, je me tape ton mec, figure-toi ! ».
Aujourd’hui encore, le désir de transmission est une nécessité pour lui.
De son côté, Jack admettait fort bien la relation Louis/Stéphane (il devait penser que le prénom français valorisait l’amant de l’ami…), estimant cependant que le cœur de Louis s’était un peu atrophié sous l’effet de cette passion exigeante.
Stefano, n’étaient ses origines calabraises, aurait pu s’appeler  Esteban : en petit taureau, l’amant insatiable emplissait l’arène de ses rires en fortissimo, de son corps sans cesse en mouvement, sautant sur le canapé-lit toujours déplié au risque de le rendre inutilisable, hurlant « j’ai envie, j’ai envie, j’en peux plus ! » en émouvants « n’importe quoi ».
Au début de leur relation, Louis, maniaque, repliait systématiquement le convertible chaque matin ; l’imprévisible Stefano, à toute heure du jour impatient, se saisissait d’une couverture qu’il jetait sur le sol, à même les tomettes, attirant à lui, de toute sa force, son amant toujours disponible ou s’y efforçant.
Désormais, ce dernier, rendant les armes, ne songeait même plus à refermer le transformable, leur ring, leur océan, leur jardin, leur terrain.
La salle de bains n’était pas épargnée ; l’animal faisait de la baignoire une mer imaginaire ; il voulait en repousser les parois, y nager, s’y engloutir, inondant sans vergogne la pièce d’eau.



Après cette dispute violente sur le trottoir devant le domicile du franco-italien, c’est l’envie de faire l’amour qui l’avait fait revenir, penaud, expliquant que l’admiration que son père vouait au musicien le rendait fou de jalousie, lui qui prétendait n’être qu’un « manuel », avait fait « des bêtises», se sentait maintenant « tout con ».

La salle de bains n'était pas épargnée...

Un jour, Stefano se maria.
Elle était brune, jolie, méridionale telle qu’on peut l’imaginer, une Fanny.
Ils n’eurent même pas le temps de faire un enfant.
Car le beau calabrais n’avait pas perdu le chemin du corps de Louis qui toujours l’attirait tel un aimant.
Très vite la jeune épouse comprit que son homme avait besoin de ce qu’elle ne pouvait lui offrir.
Stefano, un soir de dispute, lui avait détaillé précisément ce en quoi elle ne pourrait lui être d’utilité.
Avant de lui faire l’amour comme jamais, sans doute excité à l’idée que le lendemain peut-être…
Puis vint le temps où il s’absentait une partie de la nuit pour rejoindre Louis, garant sa voiture assez loin de l’appartement en précaution dérisoire.
L’épouse délaissée savait.
Leur union dura deux ou trois ans, la liaison avec Louis se poursuivant jusqu’à ce que celui-ci s’éloigne vers la capitale où ses talents pourraient s’exercer plus aisément.
Mais longtemps, à chaque visite de Louis en terres familiales, les deux garçons échangèrent avec la même ardeur.
(à suivre)
Syl. Gay Cultes - 2010, textes et photos.



Episodes précédents : cliquer !

1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'aime beaucoup.
Mettez-donc ça dans un livre, non ?