Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 13 septembre 2010

Louis, garçon facile I 18 : Sable fin et bermuda

Les mois passant, Louis avait découvert en lui un trésor, le sens de l’humour.
Il maniait avec aisance la dérision, n’hésitant pas à en faire usage à son encontre.
Ainsi s’était constituée une petite bande qui attendait avec impatience son arrivée aux Grandes Rives ; leur après-midi n’eût point été accomplie sans les mots d’esprit, les saillies, les allusions à sa gaie sexualité qui faisaient le bonheur de son public.
Il était ce qu’ils appelaient "une flèche".
Les siennes étaient bien acérées qu’il lançait à tout propos, ayant peu à peu compris qu’il possédait là une arme redoutable.
Il compensait ainsi un physique ordinaire, de ceux que l’on classe dans la catégorie des « ni beaux-ni moches » rehaussé cependant par un oeil frisant, un charme indéfinissable.
Brun, de taille moyenne, il soignait son apparence et se vêtait avec recherche malgré ses faibles moyens ; de temps à autre Jack lui donnait ses chemises de marque tombées en disgrâce ou choisies à la hâte mal adaptées à un corps athlétique, même si la mode de l’époque exigeait une coupe très cintrée.
La recherche d’une certaine originalité lui avait valu, quand il habitait le lotissement des Roses, les sarcasmes de ses jeunes voisins lorsqu’il arbora, un été, un bermuda de couleurs vives très près du corps, mettant en valeur des formes fort peu rébarbatives…
Le bermuda zébré de rouge et de bleu créa l’événement dans le village à l’intérieur de la ville.
Eric était dans le camp des moqueurs ; on sait ce qu’il en advint : il fut un premier amant à la sauvette dans la cave de son immeuble puis, par la suite, en des lieux champêtres.
L’anatomie mise en relief par le vêtement moulant avait sans doute joué un rôle crucial dans leur relation à venir !
Le soin qu’il apportait à son apparence, sa bonne humeur permanente, les traits qu’il décochait sans jamais être pris en défaut et ses talents de pianiste conjugués en faisaient la vedette incontestée de la plage.
Il est permis de penser que sa différence clairement assumée n’était pas pour rien dans son statut.
Les filles, notamment, l’adoraient en complice quand lui affichait une misogynie qui n’était que de façade mais le rapprochait de ces garçons affectant un machisme latin ordinaire.
Nombre d’entre elles l’eût haï sans nul doute au su de ce qu’il faisait avec certains de leurs flirts.
Les Grande Rives devinrent pour Louis un vivier où s’ébattait, se pavanait, la plus belle jeunesse des environs, où l’adoubement des petits nouveaux nécessitait son aval, où il recrutait ses amants d’un instant –« oh, j’aurais jamais dû boire autant ! »- ou de plusieurs semaines.
Louis aimait tendrement tous ces garçons, il faut l’écrire.
Il les aime encore et les aimera jusqu’au terme de son existence, eux dont il se souvient, prénom après prénom, dans le silence de ses nuits d’insomnie, songeant, sans nostalgie, avec tendresse toujours, au bonheur qu’il y’eut à les voir se mouvoir sur le sable pailleté de sa jeunesse, à accepter parfois de fugaces étreintes parce qu’exceptionnelles, ou des interdictions d’embrasser avec la langue, domaine réservé des petites amies, quand on venait de jouir très fort en s’interpénétrant ou autres choses de la vie.


Un après-midi de juillet apparurent les jumeaux.
Ils descendirent le large escalier qui mène à la plage et au port de plaisance lentement, de concert, accolés presque, effrayés de leur audace : Josepha leur avait confié « en boîte » que c’était la plage, la seule, l’unique, le « spot » dirait-on malencontreusement aujourd’hui.
Les jumeaux étaient beaux.
Absolument beaux.


(à suivre)
Syl. Gay Cultes 2010


...il fut un premier amant à la sauvette dans la cave de son immeuble puis, par la suite, en des lieux champêtres.


« oh, j’aurais jamais dû boire autant ! »


Episodes précédents : clic

2 commentaires:

Kynseker a dit…

Avant de voir le dernier paragraphe détaché, j'ai bien cru que c'était le dernier billet des aventures de Louis... La conclusion en aurait été très belle et rachète de beaucoup l'innommable massacre gouldien de la veille !

Une suite s'annonce, tout est au mieux :-)

Syl./Gay Cultes a dit…

"l'innommable massacre gouldien de la veille ! "
Insolent !

Après ça, vais-je écrire une suite ?!