Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

jeudi 14 octobre 2010

Des "Amours Imaginaires" à "Kaboom"

Les Amours Imaginaires, film du "jeune prodige" québécois Xavier Dolan  est décevant : après "J'ai tué ma mère", première oeuvre inspirée, de ces tranches de vie qui longtemps nous poursuivent, le cinéaste post-pubère nous donne un exercice de style branchouille en melting-pot Ozon/Godard qui confine à la parodie :
bande originale crispante (Dalida et autres variètes sans Mylène Farmer toutefois), fins de scènes "cut", ralentis pseudo-savants, couleurs "almodovariennes", ne font pas un style cinématographique.
Les références à Jules et Jim ou au Théorème de Pasolini sont d'une prétention qui, certes, peut apparaître comme inhérente à la boulimie de cinéma d'un tout jeune auteur, mais indiffèreront vraisemblablement le jeune public visé.
En fin de compte, Dolan nous assène un amoncellement de clichés sur la "vie des animauxjeunes", là où des cinéastes plus âgés comme Larry Clark (tiens tiens...) où Gregg Araki ont une vision beaucoup plus juste et beaucoup moins "chamallow", cette confiserie tenant une place vachement importante dans cette oeuvrette.
De plus, le jeune Xavier ne parvient à aucun moment à rendre ses personnages sympathiques : le petit gay qu'il interprète lui-même est irritant de frivolité, flanqué d'une copine en cliché "fille à pédés" encore plus insupportable.
Seul, Nicolas, objet du désir des deux adolescents attardés, sauve l'affaire : la "chose", le bellâtre, prouvera en fin de parcours qu'il n'est pas ce que l'on aurait voulu qu'il soit.
Il est le seul à faire preuve d'une quelconque maturité, démontrant que la beauté physique peut aussi cacher un cerveau en bon état de marche.
Les jeunes gens du samedi trouveront peut-être ici quelques similitudes avec leur propre vie.
Cela vaut-il pour autant le déplacement ?
On ira voir le dernier Araki, "Kaboom", pour vérifier que la jeunesse est toujours synonyme de subversion, de rébellion, de transgression :


 "Kaboom" de Gregg Araki  répond à ce quel'on attendait (voir ci-dessus).
Si l'on a fréquenté le cinéma d'Araki, de "Doom Generation" (film "culte" des jeunes gens des années 90) à "Nowhere", on retrouvera l'univers de ce cinéaste quelque peu en marge dans ce film qui démarre comme une pochade pour ados dessalés et glisse ensuite vers le fantastique en un savant "n'importe quoi" en trompe-l'oeil.
Ce n'est certes pas à la hauteur de son précédent "Mysterious Skin" qui traite d'un sujet difficile avec maestria, mais cet Araki-là procure une vraie jubilation : à la différence du film de Dolan, on entre en empathie avec ces étudiants vaguement "disjonctés" qui nous font penser aux ados de "Skins" ou à ceux des "Lois de l'attraction".



- Illusoire trio chez XavierDolan -

Le télescopage des sorties-cinéma est quelquefois assassin, qui nous permet d'apprécier quasi-simultanément ces 2 films en voisinage : les études du Dr Kinsey sur l'identité sexuelle de tout un chacun y sont évoquées; de manière chirurgicale dans les prétentieuses "amours", en dérision chez Araki.
Chez Dolan, deux des protagonistes d'un trio "imaginaire" s'épuiseront en fantasmes, chez Araki les corps exulteront en cerise sur un gâteau d'anniversaire.
Chacun fera son choix...


 - Andy Fisher Price (!?), ici à Cannes,  est Rex dans Kaboom -
A hétéro, hétéro et demi...

4 commentaires:

Luke a dit…

I sooo want to see this one!

Stan de Lille a dit…

Totalement d'accord.

Jipsow a dit…

Dolan à un talent de dingue pour 21 ans. Je suis resté scotché devant les amours imaginaires, j'ose même pas imaginer ce que ça va être avec son prochain film : Laurence Anyways.
Son casting comprendrait peut-être Nathalie Baye et Louis Garrel, du lourd on peut le dire.
Je vais suivre le plus possible l'actualité autour de ça.

Gay Cultes a dit…

Jipsow, même si on a préféré "J'ai tué ma mère", on attend également le 3ème opus de ce jeune homme de 21 ans (l'âge ne faisant rien à l'affaire toutefois...).
On s'est quand même un peu ennuyé devant ces "amours branchées".
C'est un point de vue, n'est-ce pas ?