Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 4 octobre 2010

Louis, garçon facile I 21 : emmène-moi !

Stefano n’était plus le petit voyou que Louis avait connu.
Sous l’influence de ce dernier, il avait rebroussé le mauvais chemin qu’il prenait lorsque celui qui allait devenir, selon sa propre expression, son « professeur de vie » l’avait rencontré.
Il était maintenant apprenti chez un électricien de la vieille ville ; au petit matin, quand il avait passé la nuit chez Louis, il fallait quelquefois que celui-ci insiste pour qu’il accepte de s’extirper des draps encore tièdes de leurs ébats de la veille.
Louis se levait le premier, préparait le café, mettait un disque sur la platine Thorens, laissait entrer la lumière faiblarde du petit jour, s’amusant des grognements qui lui parvenaient du canapé déplié.
Le taurillon déployait alors les ruses les mieux à même de circonvenir son amant, soulevant le drap en invite pour dévoiler une virilité matutinale qui hurlait l’urgence.
« Allez, viens, ça caille dehors, viens te réchauffer ! »
Il fallait à Louis une bonne dose de sang froid pour ne pas céder à ces supplications, pour ne pas se départir de son rôle de mentor « responsable ».
Il eut quelquefois la faiblesse de faillir à ce qu’il considérait comme une mission de la plus haute importance, renonçant à ses résolutions pour répondre à un instinct irrépressible.
La plupart du temps toutefois il parvenait à se dominer, à le dominer, laissant partir  un animal grognon, satisfait du devoir accompli.
Louis poursuivait des études musicales qui exigeaient des déplacements vers la capitale où il suivait les cours d’une pianiste réputée reconvertie avec l’âge dans l’enseignement.
De famille modeste, il avait su exploiter très tôt ses talents de pianiste, gagnant ses premiers francs en accompagnateur de cours de danse ou jouant en soirée à l’Etna grâce à Josepha qui avait persuadé ses parents d’y installer un Kawaï d’une sonorité trop brillante.
L’été précédent, il avait rencontré un garçon parisien, Eric, auquel il avait permis de trouver un emploi saisonnier à la Crêperie Bretonne pour lequel le « parigot » lui vouait une reconnaissance infinie.
Eric était sans doute l’un des premiers garçons vraiment « comme ça »,  selon l’expression en usage à l’époque, qui croisait la route de Louis.
 Louis, habitué aux étreintes viriles, n’eut aucune attirance physique pour ce garçon assez efféminé dont la beauté, disait-on, faisait tourner les têtes du Tout-Paris homosexuel.
Chaque départ du pianiste pour la capitale était pour Stefano une source de ressentiment.
L’enfant qu’il était resté désirait ardemment découvrir la ville-lumière d’où Louis ne manquait jamais de lui envoyer des cartes postales qu’il devait sans doute contempler longuement, rêvant d’ascension de la Tour Eiffel ou de pèlerinage montmartrois.
Louis avait coutume de séjourner dans un petit hôtel tenu par les parents de l’un de ses condisciples du conservatoire où il se voyait bien peu débarquer avec son impétueux compagnon.
De plus, leurs moyens étaient bien limités : ils se décidèrent néanmoins, après avoir procédé à de fastidieux calculs, à faire le voyage ensemble.
Auparavant, Louis avait téléphoné à Eric ; lequel, heureux de renvoyer l’ascenseur, offrit de recevoir les deux garçons dans son vaste studio de Saint Germain des Prés.
Stefano était fou de joie ; deux semaines avant leur départ, il piaffait, établissant un programme de ses pérégrinations à venir, promettant de ne pas s’impatienter pendant les absences de Louis, annonçant qu’il allaient « s’éclater ».
Ce fut le cas.
(à suivre)
Syl./Gay Cultes 2010

"Allez, ça caille, viens te réchauffer !"
-Photo Gay Cultes -

Episodes précédents : clic

2 commentaires:

Kynseker a dit…
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Syl./Gay Cultes a dit…
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