Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 11 octobre 2010

Louis, garçon facile I 22 : Le voyage à Paris

Nul train à grande vitesse en cette lointaine époque.
Un convoi poussif, tiré sur une partie du parcours par une locomotive-diésel, reliait alors la riviera à la capitale.
Il avait été décidé, après l’âpre calcul du budget, que l’on se passerait de couchette : il valait mieux réserver l’essentiel du pécule à la nourriture, aux transports, aux divertissements parisiens.
Les deux garçons s’installèrent donc dans un compartiment désert où ils s’allongèrent sur les banquettes en vis à vis.
Survint l’événement cocasse que voici : l’incorrigible Stefano voulut pimenter quelque peu le trajet nocturne, vive jeunesse jamais rassasiée, avide d’ivresses charnelles.
Si Louis, en artiste timoré, ne voulut jamais se dévêtir, il finit par laisser son ami fouiller adroitement son entrejambe de son pied déchaussé, avec le résultat qu’on imagine.
Vaincu, il laissa Stefano s’enhardir jusqu’à la caresse buccale.
Alors que les garçons étaient tout à leur affaire la porte du compartiment s’ouvrit brusquement pour laisser apparaître un homme d’un certain âge, travailleur immigré selon toute vraisemblance, qui, voyant la scène, s’en retourna, hurlant des imprécations en langue arabe dans le couloir du train de nuit.
Si Louis était gêné, Stefano fut secoué d’éclats de rire et s’empressa de poursuivre sa tâche sans tenir compte des objections de son ami effrayé.
Il l’amena sans peine à la jouissance sans en demander contrepartie, en don désintéressé de jouvenceau fier de voyager avec son mentor vers la ville-miroir.

Dans le « studio » d’Eric, qui travaillait alors dans un restaurant côté d’un Marais qui n’était pas encore le lieu de prédilection des homos, on croisait des garçons, dont Etienne qui en partageait la location et y recevait son jeune ami, un lycéen qui eut sans doute quelques difficultés à préparer son bac cette année là.
Eric y habitait fort peu qui allait presque chaque soir rejoindre quelque amant mystérieux.
Une vedette du music-hall et de la télévision le poursuivait alors de ses assiduités, téléphonant à toute heure du jour et de la nuit ; Louis se faisait alors standardiste, répondant invariablement qu’Eric était sorti, souvent sous le regard de l’infidèle.
Une fois, Stefano gloussa « il tchoule ! » (il baise !) à quelques centimètres de l’appareil au grand dam d’un Louis courroucé.
Stefano à Paris s’exaltait de tous les instants, des rues, des commerces, du métro, de la foule ; il respirait la ville à pleins poumons, l’arpentant en tous sens quand Louis se rendait chez son professeur, là-bas, dans les quartiers les plus cossus de la capitale.
Sans doute encouragé par le changement d’environnement mais aussi l’absence du moindre copain  à mille lieues à la ronde, il redoublait d’un appétit sexuel pourtant gargantuesque en temps normal.
Il laissait Louis repu, le relançant aussitôt, inassouvi, voulant tirer profit de tous leurs instants de liberté.
Eric leur avait aménagé une couche improvisée, confortable cependant, dans un coin en alcôve, où ils passaient de longues heures nus sous une couverture de fourrure, ou peut-être était-ce une peau de bête.
Etienne et son ami Denis avait pris leur parti de vaquer dans l’appartement sans un regard pour le couple enlacé.
Ce qu’ils prétendaient !
Les gémissements que l’on entendait de leur côté un peu plus tard donnaient à penser que les étreintes des deux « sudistes » les avaient quelque peu émoustillés.
Ils dînèrent à deux reprises dans le restaurant où Eric exerçait en maître d’hôtel, un endroit couru sis dans une belle maison située dans le centre historique, au cœur du quatrième arrondissement, proche des Halles alors en démolition et du futur centre Pompidou.
On y prenait repas à la lueur des bougies, près d’une antique cheminée de pierre où rôtissaient d’imposantes pièces de boucherie.
Mû par une sorte de reconnaissance zélée, Eric, non content de les héberger, les invita lors ces deux soirées, les court-circuitant également dans les files, au cinéma ou au théâtre, pour s’acquitter du prix des billets.
Revoyant Louis il n’y a guère, il lui dit combien le « petit boulot » que ce dernier lui avait trouvé « en bas » l’avait sorti d’une situation difficile.
Il s’en souvient encore et aussi de ce drôle de couple formé par le musicien cultivé et le petit voyou exubérant à l’extrême : « Vous représentiez pour moi un idéal homosexuel, je vous enviais ! »
La semaine parisienne passa comme la vie du même nom : vite.
Stefano faisait grise mine dans le train du retour : « Je sais pas si je remonterai un jour » s’était-il mis en tête.
Aujourd’hui, Louis pense que le garçon n’a sans doute jamais refait le voyage depuis.
Il sait aussi qu’il n’a jamais cessé de chercher des doubles de Stefano, ce taurillon inculte, dans toutes les pérégrinations amoureuses qui suivirent.
Il le guettait encore hier en la personne de cet étudiant avec lequel il passe de longues heures à refaire le monde.
Mais si G. est beau à se damner, il a un gros défauts : il est trop intelligent.

(à suivre peut-être)
Gay Cultes 2010 

Dans le studio d'Eric (...) on croisait des garçons...

 ... sans un regard pour le couple enlacé.


... il n’a jamais cessé de chercher des doubles de Stefano...
(Photo  (c) Gay Cultes )

2 commentaires:

Kynseker a dit…

Un beau garçon intelligent ? Où ça ? Mais enfin, c'est une pépite cette trouvaille là, ne le lâchez pas !

En vrai, les beaux garçons intelligents le sont tellement (et beau et intelligent) qu'il n'y a pas de place pour deux dans leur vie.

Par contre les beaux garçons incultes, ça me parait courir les rues. Mais je ne pense pas que ce soit l'espèce que vous recherchiez... Ils sont incultes mais pas innocents et plutôt calculateurs...

La première photo est de vous ?

Gay Cultes a dit…

La première photo est due au hasard-gougueule : elle est en heureuse adéquation avec les faits.
Seule la photo du bas est personnelle.