Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

jeudi 30 septembre 2010

Adieu M. Curtis

Spartacus de Stanley Kubrick
avec une scène d'anthologie :


Pour un baiser de Nicholas...

Gay Cultes aime...

Dormir aux Maldives
-Conrad Maldives, Rangali Island-

Cadeau



Iconoclaste, passionné, aimant la vie à s'en brûler corps et âme, Samson François (1924-1970) fut l'un des pianistes essentiels du siècle précédent.
Ses enregistrements de Ravel et Debussy, ses Chopin, sont d'un interprète au jeu incandescent, unique.
Homme à femmes, homme à flamme aussi, on prétend qu'il eut également quelques "égarements" du côté de la gent masculine; ce que l'on ne pourra vérifier.
Toute la carrière de ce monstre sacré fut accompagnée des plus folles rumeurs, dont celle, aujourd'hui démentie, courant sur un état éthylique avancé lors de certains récitals; on pense aujourd'hui que les Craven qu'il fumait à cadence accélérée, des errances nocturnes ayant pour effet le manque de sommeil, le menaient au bord de l'épuisement.
Véritable "star" du piano, Samson François mourut à 46 ans d'avoir trop vécu.

On recommandera bien évidemment son intégrale pour piano de Maurice Ravel (dont il faudra parler un jour ici) dans laquelle figure un "Scarbo" hallucinant et cet enregistrement fameux où il interprète les 14 valses, les 4 impromptus, les 4 ballades et les 4 scherzos de Frédéric Chopin (double CD chez Emi).
Discographie chez EMI : clic

A lire (Van de Velde éditeur)  

lundi 27 septembre 2010

Art de rue

Oui.

Picto

Aïe !

Glacé

Louis, garçon facile I 20 : La sonate en sol mineur

Jules tomba en amour de Louis lors d’un concert de fin d’année du conservatoire.
Son aîné avait joué cette sonate de Schumann en sol mineur, périlleuse, où la virtuosité doit aller de pair avec les plus subtiles sonorités.
A l’issue de cette audition, le père du gamin avait demandé si Louis voulait bien faire travailler l’enfant pendant les grandes vacances.
Les yeux brillants, le jeune garçon ne cachait pas son enthousiasme; il promit de travailler sérieusement, aussi longtemps qu’il le faudrait, "jour et nuit" s’exaltait-il, si Louis l’exigeait !
C’était un temps où Louis commençait à gagner quelque argent, donnant quelques cours, accompagnant des cours de danse, où improvisant au piano du Pim’s, la brasserie chic de la station, qui appartenait aux grands-parents de son ami Dany, avec lequel, on s’en souvient, il lui arrivait de partager sa couche.
Dany jouissant d’une réputation de « tombeur de nanas » qu’il ne voulait écorner, cachait soigneusement cette relation ; quand l’envie d’une étreinte masculine se faisait urgente, il emmenait Louis dans la grande ville voisine où ils louaient une chambre d’hôtel miteux pour abriter leur intimité.
Les parents de Jules habitaient l’une de ces villas des quartiers dits résidentiels de la cité méditerranéenne, une « maison d’architecte » s’enorgueillissaient-t-ils, dotée d’une vaste piscine et d’un jardin aux mille senteurs.
Louis leur plaisait, qu’ils invitèrent de plus en plus souvent à partager leurs repas, auquel ils laissèrent la libre disposition du Gaveau demi-queue qui trônait dans le salon où le fils de la maison s’échinait sur quelque prélude du clavier bien tempéré sous l’œil impitoyable de son nouveau répétiteur.
Gamin, gosse, enfant : il n’y avait aucun mépris dans la considération qu’avait Louis pour son jeune élève, seulement une distance qui lui semblait nécessaire à un travail sérieux.
L’adolescent, précoce, bénéficiait d’un physique avantageux, gardant un visage enfantin encadré de longues boucles dorées sur un corps de proportions parfaites au terme de sa mutation.
A 15 ans, Jules S. pratiquait le piano avec plaisir, abordant ces études musicales comme un jeu qui cessait d’être intéressant si l’effort à fournir devenait trop contraignant.
Pour Louis cependant, il mettait un acharnement inhabituel à venir à bout des passages difficiles, fier de lui montrer qu’il avait travaillé entre deux visites de son mentor.
Sachant le « grand » particulièrement exigeant sur le son, il lui arrivait de répéter la première note d’une œuvre jusqu’à plus soif, toujours insatisfait de son toucher, cherchant inlassablement le miracle, guettant un sourire approbateur de Louis en récompense suprême.
Il fallut quelques leçons pour que Louis réalise que son élève éprouvait à son égard des sentiments sans équivoque.
Ce qu’il prenait pour de la ferveur, pour de l’admiration légitime, se teintait d’une véritable passion pour le jeune maître.
Les remarques sur la nouvelle chemise, sur les cheveux fraîchement coupés, sur une fatigue apparente, se succédaient, dénotant plus que de l’intérêt de la part de l’adolescent.
Mieux ou pire, quand l’été se fit plus chaud, il y eut un bain dans la piscine qui acheva de renforcer sa conviction : les jeux, innocents de prime abord, devinrent plus dangereux, l’adolescent cherchant le contact, le rapprochement des corps jusqu’au moment où c’en fut particulièrement gênant.
Louis sortit précipitamment du bassin sous les yeux dépités du gosse au bord des larmes.
Il s’entendit ordonner : « Ne joue plus jamais à ça avec moi ! » et repartit déstabilisé, furieux de n’avoir pas compris, conscient qu’il lui faudrait faire preuve de la plus grande fermeté.
Prétextant un surcroît de travail, il décala l’horaire de cours à la fin d’après-midi où l’un ou l’autre des parents était présent à la villa.
Et Jules, mortifié, cessa de travailler.
A la mi-septembre, à l’issue du derniers cours, Jules lui dit : « J'te déteste ! ».

(à suivre)
Syl.Gay Cultes 2010


"J'te déteste"
-Photo (c) Gay Cultes-

"...  cette sonate de Schumann en sol mineur, périlleuse, où la virtuosité doit aller de pair avec les plus subtiles sonorités."


Episodes précédents : clic

Coeur en lambeaux


mardi 21 septembre 2010

Tout simplement Mondrian

Mina : divina !

On a parfois des faiblesses de midinette.
Pour ce type d'artiste "de variétés" (au sens noble du terme), c'est très excusable.
Recluse dans sa maison de Lugano, la star italienne, dont Louis Armstrong disait qu'elle était "la plus grande chanteuse blanche", Mina Mazzini, à l'instar d'une Greta Garbo, n’apparaît plus en public depuis la fin des 70's.
A la différence près qu'elle produit un à deux albums par an, mêlant tous les genres, de la "canzone" commerciale aux standards du jazz en passant par la soul.
La créatrice de "Parole parole"ou de "Grande grande", dotée d'une tessiture exceptionnelle et d'une amplitude vocale dépassant les 3 octaves (!), a gardé, à 70 ans, toutes les qualités qui font d'elle l'une des grandes voix de la scène mondiale.
Icône gay au-delà des alpes, Mina travaille inlassablement à la production de nouveaux albums, comme ce "Caramella" sorti cette année, où figurent le duo "You get me" avec Seal, et la merveille lyrique que voici avec Lucio Dalla, auteur et créateur du fameux "Caruso", massacré en son temps chez nous par Florent Pagny.

Stuck & Don

- Photo Alex Fatemi -

Et s'il était préférable...

d'être gay...



Les yeux de Jeffrey Hunter


Jeffrey Hunter (1926-1969), acteur.
Ci-dessus : Le Roi des Rois, de Nicholas Ray (1961).
Ci-dessous : La prisonnière du désert, de John Ford (1956).
Particularité : "straight".


lundi 20 septembre 2010

Essentiellement futile

Noir Duo

Louis, garçon facile I 19 : Le signe des jumeaux

Le couvercle du Grotrian Steinweg était resté fermé cet après-midi là.
Pourtant, au Glacier, Cédric – ou peut-être était-ce Romain-, seul cette fois, avait abordé Louis et sollicité timidement un récital privé.
Sur la plage des Grandes Rives, les jumeaux s’étaient rapidement intégrés à la petite bande : Louis avait usé à leur endroit de tout son charme, de sa faconde, de son humour ; il était devenu leur interlocuteur privilégié, n’omettant jamais de faire allusion à sa sexualité, observant leurs réactions qu’il tint pour peu hostiles.
Il fallait les avoir mis au monde pour discerner tout de go Romain de Cédric : jumeaux, ils l’étaient à la perfection et, comme souvent, s’habillaient à l’identique.
La fusion semblait totale entre les deux frères qui semblaient inséparables, fréquentant les mêmes bars, les mêmes clubs de nuit, cette même plage.
Au Glacier, avant de partir pour l’antre, Louis s’était informé ; le garçon lui avait précisé « Je ne suis pas Romain. »
A peine arrivé au studio, Cédric l’embrassa avec fougue, lui soufflant « c’est la première fois », sous l’emprise d’un désir qu’il fallait sur le champ assouvir.
Louis était comme effrayé ; il en était ainsi chaque fois qu’approchait l’instant où il découvrait la beauté nue dans toute sa splendeur; d’une main tremblante il entreprit de dévêtir ce garçon presque homme, cet ange de virilité au regard bleu-acier, d’un blond scandinave contrastant avec une peau brunie par le soleil de juillet.
Le corps qui s’offrait était de muscles secs forgés uniquement par la pratique de la natation et du tennis; naturellement.
Le garçon avait d’autres qualités, de celles qui font dire trivialement d’un amant que «c’est une affaire ».
Il ne put comparer cette manière de faire l’amour à aucune autre; seul, peut-être, Stefano mettait autant de lui-même dans les ébats charnels.
Ils s’aimèrent longuement et totalement jusque aux  premières ombres du crépuscule.
Avant de refermer la porte du studio, Cédric souriant, lui dit « chut, j’ai une copine ! ».

C’est un détail matériel qui, le lendemain, sauva Louis d’une situation qui eût pu s’avérer très embarrassante.
Abordant le garçon blond accoudé au bar du Glacier, Louis lui demanda s’il voulait venir l’écouter.
Il eut droit à un regard interloqué et à un « pourquoi ? » émis d’une voix dont la tonalité présentait une infime différence avec celle de Cédric.
Enfin, presque instantanément, Louis avisa le paquet de cigarettes posé sur le zinc : des brunes, quand Cédric fumait des blondes.
« Oh, je prépare un concours, je cherche des oreilles extérieures » s’extirpa-t-il.
- Tu sais, moi la musique, j’y connais rien, c’est pas mon truc.
Le ton était suffisamment ferme pour que Louis en tire la conclusion que la gémellité a ses limites..
Il avait à présent tous les indices pour lui permettre d’éviter un nouveau quiproquo.


(à suivre)
Syl.Gay Cultes 2010


 "... jumeaux, ils l’étaient à la perfection"

"... d’un blond scandinave contrastant avec une peau brunie par le soleil de juillet."


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