Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

samedi 30 octobre 2010

Musical

- Glané chez Hawt (lien à droite) -

Mea Culpa

Et voilà comment l'on participe -inconsciemment, certes- au vaste espace de désinformation que peut être Internet, outil technologique extraordinaire pourtant, mais à double-tranchant.
Dans mon enthousiasme j'ai attribué l'autre jour à Franco Citti le rôle du fils de la Magnani dans "Mamma Roma" de P.P. Pasolini.
C'est Ettore Garofolo qui joue le rôle... d'Ettore; comment ai-je pu ?
Le joli signore Garofolo, au contraire de Citti, ne fut qu'une étoile filante dans le ciel cinématographique transalpin.
On lui doit cependant d'avoir été le fils travesti de Nino Manfredi dans le féroce "Affreux, sales et méchants" d'Ettore Scola, et l'un des protagonistes d'un Dino Risi au titre français improbable : "Fais moi mal mais couvre-moi de baisers" !
Le voyant dans Mamma Roma, on serait prêt à obtempérer !

Anna Magnani et Ettore Garofolo

Merci à René, lecteur vigilant, qui m'a alerté.

Corps aimé

Pour ce soir...

Jaroussky, nouvel album



jeudi 28 octobre 2010

Langage d'amour

Franco Citti, un ragazzo


Il a maintenant 75 ans et demeure dans nos mémoires le Carmine de Mamma Roma, l'un des plus beaux films du monde ou le Vittorio d'Accattone.
Citti est l'archétype du "ragazzo" pasolinien, de ces garçons de la rue qu'affectionnait Pier Paolo.
On se souvient de cette courte scène du Décaméron où il frotte une pièce d'or sur la protubérance d'un marmouset, d'une apparition remarquée dans Le Parrain de Coppola (le I et le III), d'un Oedipe Roi halluciné, du Satan qu'il incarne dans les Contes de Canterbury puis, une nouvelle fois, dans Les Mille et une Nuits; on perd sa trace après "E insieme vivremo tutte le stagioni" en 1999.
Peu importe : il est entré dans l'histoire du cinéma.

"Mamma Roma" avec Anna Magnani

"Accattone"

Oedipus Rex

Parmi les "ragazzi di vita"...





lundi 18 octobre 2010

Culte

Et Jacques Perrin était si beau...

Louis, garçon facile I 23 : avant l'entracte

Il advint que Louis se trouva obligé de quitter son point d’ancrage pour vivre à Paris pendant quelques mois.
Il atteignait ses vingt-cinq ans et se faisait orgueil d’assurer sa subsistance.
« En bas », il avait noué quelques amitiés avec des parisiens en vacances et pouvait compter sur un carnet d’adresses bien rempli.
La première urgence fut donc de trouver à se loger ; il se trouva qu’un couple garçon-fille de ses relations cherchait un troisième pour louer un petit appartement de deux pièces à l’orée du Marais quand ce quartier n’était encore qu’historique avant de devenir le point de ralliement homosexuel que l’on connaît aujourd’hui.
Le logement de la rue de Picardie, derrière le « Carreau du Temple », n’avait d’appartement que le nom, qu’ils se mirent tous trois en devoir de rafraîchir pour en faire oublier la vétusté.
Louis en occupait un tiers dans un salon-salle à manger-cuisine qui servait aussi de salle de bains où l’on bricola un système de douche digne du concours Lépine.
L’ambiance libertaire qui régnait attirait toutefois de nombreux visiteurs dont beaucoup de gens du pays en séjour à Paris.
Il y avait à cette époque une rue de la capitale occupée essentiellement par le « milieu » homosexuel.
Au bas de celle-ci, par tout temps, des garçons s’offraient contre espèces sonnantes et trébuchantes non loin d’hôtels borgnes, à quelques mètres des établissements de nuit qui recevaient une clientèle de « clubber » au premier rang de laquelle se pressaient de nombreuses célébrités du « show bizness » de France et d’ailleurs.
Par l’intermédiaire d’un garçon connu autrefois au Conservatoire, Louis y dégotta un emploi de pianiste dans un bar doté d’une réputation sulfureuse : on disait qu’avant cette reconversion en lieu « ouvert », l’endroit avait été baisodrome en préfiguration des backrooms d’aujourd’hui.
Dorénavant, avec des horaires d’ouverture atypiques, l’endroit était devenu le refuge des fins de nuit ; on y croisait des jeunes gens faisant profession de leurs charmes, des travestis, des vedettes de la télévision, des employés des établissements alentour venus se réchauffer d’un chili con carne après le travail, toute une foule interlope en un mélange plutôt harmonieux de par sa diversité.
Louis y évoluait avec aisance de minuit à six heures du matin, sans contrainte, se mettant au piano quand bon lui chantait, entre deux longues pauses pendant lesquelles il assurait l’ambiance.
Il y avait un spectacle dont il assurait un semblant de direction artistique en un savoureux « n’importe quoi » qui mettait la clientèle en joie.
L’un des « artistes » présentait un numéro incongru qui consistait à se déshabiller à un tempo prestissimo, l’homme ayant revêtu un nombre impressionnant de sous-vêtements qu’il ôtait pour finir en string sous les applaudissements d’un public en délire passablement éméché à ces heures avancées de la nuit.
Souvent débarquait de sa Buick cette jeune « star » qui avait été l’amant d’Eric, ce garçon qui avait hébergé Louis lors de sa visite avec Stefano.
Une cour entourait la vedette qui régalait son monde et ne lésinait par sur les pourboires.
En fin de nuit, une « reine de la nuit » dont Louis, encore naïf ne savait de quel genre elle était vraiment, venait embrasser « son petit pianiste préféré » et chantait d’une belle voix grave les standards américains du moment.
La vraie vedette du tout-Paris de l’époque, un danseur mondain devenu personnage incontournable des nuits de la capitale, avait ses quartiers dans l’établissement concurrent où, en caprice, il demandait que l’on fit venir Louis ; selon un rite établi, Louis se mettait au piano un moment et buvait une coupe de Champagne à la table de l’Illustrissime avant de traverser la rue pour rejoindre son poste.
Dans cette nouvelle vie, Louis, bien qu’il cherchât à se convaincre du contraire, avait beaucoup du mal à trouver ses repères, comme déboussolé.
Le manque d’amour était tel qu’il crut le trouver dans des bras peu solides ; il y eut ainsi Johann, un grand jeune homme pâle qui se disait violoniste et qui ne l’était que de manière virtuelle.
Mais Johann avait d’excellentes manières, se prétendant issu d’une vieille noblesse provinciale, portant beau en romantique ténébreux, ressemblant à un jeune acteur britannique qui s’est depuis illustré dans des personnages en « gay de service ».
Louis fonça tête baissée dans cet amour qui n’était qu’aventure, ignorant la mythomanie, flagrante pourtant à des yeux plus avertis, de cet amant frivole qui érigeait l’égoïsme en comportement essentiel à sa survie.
Louis en fut blessé qui se vit un matin sanglotant sur le trottoir de l’avenue de l’Opéra, sans souci de sa dignité ; Johann l’avait écarté tel une chaussette sale.
Pour la première fois, le petit pianiste avait à se frotter aux réalités du « milieu », loin de ces faux voyous du pays, frustres souvent, incultes peut-être, mais d’authenticité.
C’était le signe du passage à l’âge adulte ; il faudrait prendre des coups, et, il s’en faisait évangile, en donner le moins possible.
Une page était tournée.

*

Hassan, Nino, Cédric, Stefano, Dany, Jack, Yann, autant de manières d’aimer et d’être aimé.
Cette période de la vie allait s’achever ; Louis irait vivre sa vie loin des sables émouvants de sa jeunesse, emportant avec lui à jamais les effluves des premières amours.
Jamais, pourtant, il ne retrouverait ce parfum du réel, ces étreintes sans ambages, cette insouciance en somme qui fut au cœur de ses premiers émois.
Louis aima ces garçons du bon temps -mal, souvent-,  inconscient alors des trésors qu’il avait su amasser.
Il suffit maintenant de fermer les yeux pour voir surgir Yann et le chien, pour entendre Stefano s’ébrouer à côté dans son bain, pour avoir aux narines le parfum de l’herbe foulée dans le petit chemin du phare, pour que résonne la voix cinglante de Jack le soir où celui-ci exigea du sexe, pour se représenter les visages des jumeaux où il n’avait plus aucun mal à discerner, par des yeux d’un bleu beaucoup plus clair, celui d’un Cédric volcanique, pour sourire de Dany chantant médiocrement la chanson écrite pour lui en échange d’un orgasme, pour revoir enfin Claude chevauchant sa motocyclette et lui, Louis, à l’arrière, buvant ses larmes de vent.
Claude avec lequel jamais il n’échangea charnellement et Stefano avec qui tant de fois son corps exulta sont réunis désormais en ses chair et âme.
Louis fut un garçon facile dans le sens qu’il convient de donner ici à la formule ; il fut au plus près des attentes de ces garçons toujours curieux de se découvrir, de pousser au plus loin la connaissance de soi.
A cela, il n’opposa jamais la moindre difficulté.
Et les aima.
Tous.


Gay Cultes 2010


- Charlotte Baudry -

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