Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 17 janvier 2011

Louis deuxième époque | Flash-back (2)

Son premier baiser, échangé à la campagne avec Rémi allait longtemps le hanter.
Il fut au cœur de ses pensées lors des premiers plaisirs solitaires.
C'est un voisin de son âge, Marc, qui l'avait initié à cette découverte de son propre corps.
Ils s'y livraient de concert chez le garçon en l'absence des parents, allongés à même le sol, dos appuyé contre le mur.
Les séances tenaient plus de la leçon de choses que du délire romantique; c'était épuisant : nulle explosion de plaisir ne venait encore couronner leurs efforts frénétiques pour que la semence jaillisse comme chez les grands.
Le corps cependant vivait sa mutation et Louis découvrit un jour, enfin, les premières sensations procurées par l'exercice, en récompense tant espérée.
Il usa et abusa de ce cadeau de la nature, puis s'y adonna en compagnie de ses copains de la cité voisine au cours de sessions partagées dans ces sous-sols où flottait l'odeur âcre de la pisse des chats en vagabondage.
On a déjà vu que Louis connut son premier vrai choc érotique en ces mêmes lieux souterrains en compagnie d'Eric, premier vrai baiser langues et sexes mêlés qui fut événement déterminant.

Louis désormais posait un regard intéressé sur tout camarade bien fait de sa personne.
A 15 ans, il fréquentait régulièrement le corps d'Eric et d'Hassan qui était beau, lumineux kabyle à la chevelure brune encadrant, en douce cascade, un visage en délicatesse adolescente.
Sans se poser la moindre question, il draguait effrontément tout garçon conforme à ses idéaux : Bertrand, camarade de classe, habitait une charmante maison dans un quartier bourgeois au bout d'une allée bordée d'eucalyptus; des boucles blondes, peu longues, un fin visage où se perchaient de petites lunettes ovales cerclées de métal, les effluves d'eau de Cologne de qualité qui l'accompagnaient, sa voix toute douce et sans accent, tout en lui donnait à Louis matière à s'émouvoir.
Il se souvient qu'ils marchaient beaucoup, devisant, parlant surtout des derniers livres lus, ces romans qu'on dévore à cet âge, d'Hugo à Gautier, de poésie aussi, très conventionnelle voire scolaire.
Louis, qui savait qui il était, lisait, lui, "Les amitiés particulières", le soir sous les draps avec une lampe torche dans la crainte d'être surpris ouvrage sulfureux en mains.
Il pensait ensuite à Bertrand qu'il appelait dans la nuit en s'épanchant.
Le garçon repoussa ces avances discrètes qu'il avait su entendre, sans brusquerie, sans hausser le ton, sans juger; c'était un Prince.
Bien plus tard, Louis apprit que Bertrand était entré en religion et n'en fut guère surpris.

Les talents musicaux de Louis étaient de notoriété citadine; au collège, puis au lycée, il sut les exploiter pour attirer à lui des jeunes gens en quête d'eux-mêmes, au nombre desquels figurait un jeune chien fou, Ludovic, garçon volubile, tendre, avec lequel Louis vécut une brève mais intense amitié amoureuse.
Un rituel s'était installé entre eux, de musique, de chastes baisers, de doigts entrelacés, de longs moments en confidences échangées l'un contre l'autre serrés sur le tapis du salon familial.
C'est avec lui que Louis, au cinéma, vit Music Lovers deux fois de suite tant ils furent fascinés par les images psychédéliques soutenues par la musique de Tchaikovski dont le film traçait une biographie pour le moins fantaisiste.
C'était d'un autre niveau que ses escapades en salles obscures avec Alain, un autre camarade avec lequel, à l'abri des regards en dernière rangée de fauteuils, il s'adonnait à des attouchements qui tenaient de l'enfantillage.
Mais la relation avec Ludovic cessa brusquement : le chien fou s'étiolait étrangement, perdait sa volubilité, fréquentait une bande que l'on disait peu recommandable.
Par la suite, Louis apprit que la drogue s'était emparée de son camarade, une drogue dure et implacable qui le laissa "bloqué" en un délire d'où il ne redescendit jamais.

Ainsi se construisait Louis au contact de garçons moins rangés en compartiments qu'aujourd'hui, plus libres de leur sensualité, moins sexuellement corrects.
On a vu qu'il allait vivre cette jeunesse avec gourmandise.
On verra qu'il connut des périodes moins fastes sur ce plan, mais riches d'autres émotions.
On a peut-être compris qu'il aime la vie.
Passionnément.

(A suivre...)
S.Gay Cultes 2011
Il usa et abusa de ce cadeau de la nature...

Un rituel s'était installé entre eux, de musique, de chastes baisers...

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