Blog superfétatoire et sporadique entièrement rédigé en français par Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 7 mars 2011

Louis deuxième époque I Amuse-toi !

A 15 ans, Louis avait de l'amour une vision sommaire.

Il partageait avec Hassan une amitié adolescente, de sorties au cinéma pour voir ces spaghetti-westerns qui faisaient fureur à l'époque, les premières cigarettes qui faisaient d'eux des hommes croyaient-ils, les parties de pêche dont ils rentraient toujours bredouilles, la découverte des nouveaux chanteurs en "après yéyé" dont ce Julien Clerc auquel le kabyle s'efforçait de ressembler, longs cheveux noirs bouclés cascadant jusqu'aux épaules.
Une ou deux fois la semaine ils jouissaient ensemble, debout, Hassan pénétrant Louis en silence, sans la moindre caresse préliminaire, car, sans doute,  l'acte ainsi pratiqué ne faisait pas de lui un pédé, attitude communément tolérée en pays d'Orient.
Si Louis proposait autre chose, Hassan le rabrouait d'un "c'est ça ou rien !" qui n'appelait pas de réplique.
Ils étaient bien ensemble et faisaient "ça" naturellement, sans que jamais la moindre parole tendre ne vienne dénaturer leur relation.
Louis pouvait donc fantasmer sur d'autres garçons, en aimer de tout son cœur, rêvant de corps nus s'entremêlant et de baisers fougueux.
Il n'était pas encore l'heure.
Jean-Paul était le voisin de Louis, qu'il entendait se disputer à longueur de journée avec sa sœur, violents échanges qui frisaient l'altercation, faits d'insultes et de portes claquées.
Il croisait parfois ce sombre garçon, ce corse ombrageux et ombré, ce "grand" qui jamais ne lui adressait le moindre signe de sympathie.
Sa mine renfrognée ajoutait encore à sa beauté dont on voyait qu'il prenait soin, en "minet" attaché à son apparence, disposant visiblement d'une garde-robe pléthorique.
Il avait dix-huit ans, vous comprenez, et n'aurait su s'abaisser à se mêler à ces morveux qui, sur la grande plage, auraient tenu pour insigne privilège le fait de disputer une partie de ping-pong avec ces jeunes hommes qui n'avaient pour eux que mépris ostensible.
Il eût été fort surpris d'apprendre à quels jeux ceux qu'il considérait comme des enfants se livraient dans l'obscurité d'un sous-sol où dans une chambre quand les parents étaient de sortie.
Louis avait ancré Jean-Paul au creux de ses fantasmes, l'appelant nuitamment quand il s'adonnait au plaisir solitaire, ayant à l'esprit le corps presque nu exposé fièrement dans la journée, là-bas sur les rochers, obsédant.
Par un après-midi de juillet, alors qu'il se rendait à la plage, il croisa Jean-Paul qui lui adressa un sourire étincelant de nature à provoquer une vive émotion.
-Tu descends ?
Louis s'emberlificota dans une réponse qui n'avait d'autre but que de prolonger l'instant. Balbutiements éperdus, frissons, vacillements, ivresse : Il lui parlait, lui souriait !
-T'as pas de sous, hein ?
Et là, le jeune homme extrait un billet de cent francs d'une liasse, le lui tendit et dit :
- Tiens, amuse-toi.
Jean-Paul reprit son parcours laissant le garçon tétanisé, sa fortune en main, circonspect.
Peu de temps après, prêtant l'oreille aux potins du Milk Bar, il apprit qu'un scandale secouait la station balnéaire : un couple de "pédés" qui gérait un hôtel réputé de la station balnéaire voisine avait débauché contre espèces sonnantes une grande partie de la jeunesse locale, le plus âgé des deux filmant les ébats de son jeune amant avec les "minets" recrutés dans les boîtes de nuit et autres bars "à jeunes" des environs.
Le nom de Jean-Paul figurait en bonne place dans la liste.
Louis ne sut jamais- ou ne voulut jamais savoir- à quel point la rumeur était fondée.
Il constata cependant, la douleur au cœur, que la famille voisine avait discrètement déménagé et apprit que l'hôtel avait changé de propriétaires.


(A suivre)
S.Gay Cultes 2011




(...) là-bas sur les rochers, obsédant. 

2 commentaires:

Kynseker a dit…

En somme, comparé à Jean-Paul et aux autres, Louis était un petit chenapan amateur qui savait prendre (sans jeu de mot...) ce qu'il y avait à prendre sans se compromettre.

J'admire cet opportunisme physique !

S./Gay Cultes a dit…

Kynseker : vous avez bien cerné le personnage...