Blog superfétatoire et sporadique entièrement rédigé en français par Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 14 mars 2011

Louis deuxième époque I Les mauvais garçons

Dans les fêtes de quartier qui se déroulaient pendant la belle saison, Louis avait eu à croiser le regard des méchants, ces garçons redoutés qui aimaient à perturber les séances du cinéma de la "Place des cars", ainsi qu'on la nommait avant qu'elle ne se transforme en "gare routière".

Les "voyous de la place des cars", quand on était un jeune garçon bien élevé, étaient d'une engeance qui suscitait une terreur mêlée de mépris dans la population "comme il faut" de la petite ville.
C'est avec certains de ces parias que Louis connaîtrait, on l'a vu, les joies les plus vives quand, plus tard, il s'adonnerait à corps perdu aux plaisirs de la chair.
Pour l'heure, il craignait plus que tout d'avoir à les croiser quand il se rendait, seul, chez Phil ou quelque autre camarade.
Quelques uns avaient pour point d'ancrage la placette, devant l'épicerie Coop que Louis ne pouvait contourner s'il devait rejoindre un point quelconque de la petite ville.
Connu des jeunes gens pour être "le musicien", celui dont entend gammes et pièces classiques depuis la rue avoisinante, il entendait sur son passage des quolibets qui ne prêtaient guère à conséquence mais qui le terrifiaient.
Il y eut cependant un incident un jour de fête foraine là-bas, sur le port : quand Louis voulut rejoindre l'un de ces bolides nommés "auto-tamponneuses", la menue monnaie qui s'échappa de ses poches dans sa précipitation se répandit sur le sol, attirant les moineaux postés en embuscades autour du manège.
Seul face à la bande, impuissant, Louis se laissa dépouiller de son pactole, inquiet par avance de l'attitude prévisible de ses prédateurs convaincus sans doute d'avoir trouvé un pigeon en sa personne.
Peu de temps après, les mêmes petits sauvages mirent quasiment à sac la bibliothèque où Louis passait beaucoup de son temps libre, arrachant des pages des livres ou pissant dans les travées.
Il résolut de les mettre dans sa poche, échafaudant un projet quelque peu aventureux.
Il avisa l'un d'entre eux, un peu moins farouche, et lui fit part de son dessein : il voulait réaliser un court-métrage dont le scénario était d'une simplicité naïve; il y tiendrait le premier rôle, en garçon craintif attaqué sur les remparts par la bande et serait sauvé par un Hercule qui mettrait les voyous en fuite !
Il choisissait pour le rôle du sauveur le plus beau des garçons; cela allait de soi.
Le projet fut mené promptement à exécution.
Tout ce beau monde se retrouva sur les hauteurs de la ville, l'ami Phil ayant été choisi comme chef-opérateur.
En sortit une bobine de film Super 8 où l'on voyait notre Louis mis à terre par la horde terrible; les "voyous" avaient reçu pour consigne de simuler les coups de poings et de pieds assénés à leur victime avant que le chevalier blanc, Jacky, ne vienne à son secours.
Louis avait réussi son coup : après la réalisation de ce chef-d'oeuvre à faire pâlir Orson Welles, les garçons se répandirent en ville pour conter leur expérience cinématographique avec l'acteur-réalisateur dont ils vantèrent les qualités de garçon "vachement intelligent et sympa".
Plus tard, il y 'en eut toujours l'un d'eux pour le tirer des situations les plus embarrassantes.
Ainsi, par un soir d'été, quand un malfrat de la ville voisine lui chercha querelle, le traitant de "pédé", ce fut le beau Jacky qui fit le coup de poing pour châtier l'insolent.
Louis aima fréquenter ces frustes indigènes qui le vénéraient pour ses talents artistiques et son humour tout en autodérision.
Quand, peu d'années après ces évènements il eut son studio au cœur de la vieille ville, ils n'hésitaient pas à gravir les escaliers de pierre pour venir converser avec lui comme on va entendre l'oracle : il était de bon conseil, attentif à leurs problèmes, complice de leurs tourments, aimant.
Et tant pis s'il était "de la pédale".
Comme dans les tribus indiennes d'Amérique où le "berdache" –homosexuel en général passif- bénéficiait d'un statut qui le sacralisait, les préférences de Louis lui conféraient une sorte d'aura, en faisant un intouchable.
Certains, on l'a vu, n'hésitèrent pas à goûter avec lui des délices inavouables, scellés par le secret le plus absolu.
L'un deux lui dit un jour : "si tu écris un bouquin sur nous un jour, y'en a un paquet qui n'osera plus sortir en ville !"
(A suivre)
S.Gay Cultes 2011


Louis avait eu à croiser le regard des méchants...
(Photo William Klein)


(...) on voyait notre Louis mis à terre par la horde terrible...


Il choisissait pour le rôle du sauveur le plus beau des garçons...


Certains, on l'a vu, n'hésitèrent pas à goûter avec lui des délices inavouables...

Comme dans les tribus indiennes d'Amérique où le "berdache"...


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3 commentaires:

Kynseker a dit…

Sauf à être adepte de l'orthographe 1992, événement prend deux accents aigus ! Et le Coop était bien achalandé ?

Maintenant, il faut que vous retrouviez cette bande super 8 ! Montrez nous ça ! Encore une fois, ce Louis ne manquait pas de ressources...

S./Gay Cultes a dit…

Kynseker :
1- Je fais toujours cette faute.
2- Qui vous dit que ce récit est autobiographique, et que cette bande existe... encore ?

Silvano/Gay Cultes a dit…

retour sur le 1 du commentaire précédent : qui n'en est pas une, vérifications faites.
Dites tout haut "événement", vous m'en direz des nouvelles !