Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 4 avril 2011

Louis deuxième époque I Laurent

Il y eut tant de caresses, de dons de soi, d'enchevêtrements, que Dominique et Louis ne faisaient qu'un.
Les dimanches à la villa bientôt ne suffirent plus.
Avant que l'invasion touristique estivale ne  laisse plus un mètre carré de quiétude à l'indigène, ils partaient sur les hauteurs, là où l'on trouvait encore bosquets et herbes sauvages.
Ils avaient apporté une grande couverture pour éviter tout ce qui pique.
La crainte d'être surpris en pleins ébats finalement attisait la soif qu'ils avaient l'un de l'autre.

Dominique était ce que l'on appelle un "fils de vieux" : son père était un riche industriel qui n'en était pas à son premier mariage ; il avait à présent 70 ans, un âge canonique pour Louis.
Hormis la villa, la famille possédait une vaste maison dans l'arrière-pays qu'elle préférait au littoral ; chaque année, au moment des transhumances touristiques, elle s'y réfugiait, abandonnant pour deux mois la belle bâtisse blanche aux volets-soleil de la côte.
Louis et Dominique en profitèrent pleinement cet été là.
Ses parents avaient offert à Dominique sa première moto, en un temps où l'on pouvait dès seize ans chevaucher des machines de 125 cm3.
C'était une monture de marque japonaise sur laquelle les deux garçons entreprirent de longues chevauchées bien au-delà des limites de l'agglomération, filant à travers la campagne environnante ou sur la corniche en aplomb de la Méditerranée.
Louis vivait ces randonnées comme une délicieuse épreuve, tremblant de tout son être quand Dominique accélérait, buvant littéralement les larmes de vent du conducteur qu'il serrait fort, très fort, pour faire corps avec lui, pour lui faire ressentir ces craintes dont le blond se gaussait, ses frissons de plaisir ou mêler leurs éclats de rire quand son ami s'amusait à donner de petits coups de freins successifs pour simuler un coït.
On ne portait pas de casque, la législation ne l'imposant pas encore à l'époque ; on pouvait ainsi se pavaner au centre-ville devant le grand café de la place principale sur ces modernes destriers.
On pouvait, pendant les ballades, se parler plus aisément, partager impressions et quelquefois des "je t'aime" incongrus au milieu de considérations plus prosaïques.
Les arrêts en pleine "brousse" précipitaient le temps, moto jetée contre un arbre, corps prestement débarrassés de leurs oripeaux, vite accolés, vite assouvis jusqu'à la prochaine fois trop lointaine.
Dominique était seul quand il eut son premier accident dont il se tira avec un bras cassé.
La moto japonaise était bonne pour la casse, son état laissant imaginer la violence du choc  ; il était miraculeux que le garçon s'en sorte avec si peu de dommages.
Il le revoit dans cette chambre d'hôpital, en larmes après que ses parents lui eurent interdit de remonter sur ce genre de deux-roues, puis souriant à nouveau, sachant bien qu'en fils choyé, il saurait bien les convaincre de revoir leur position.
En quelques mois leur amour évolua vers une amitié complice ; l'un de l'autre ils furent enfin rassasiés.
Ils en vinrent à comparer les charmes de tels ou tels garçons du Milk, scellant ainsi un pacte tacite qui permettait tous les écarts.
Dominique présenta un garçon à Louis : Laurent était un alsacien frais émoulu de l'école hôtelière, qui travaillait en tant que chef de rang dans un prestigieux établissement du bord de mer fréquenté par la jet set du monde entier, milliardaires et stars de cinéma confondus.
De petite taille, il présentait pourtant d'aimables proportions et s'habillait avec recherche ; en ces temps, chemises et polos se portaient très cintrés et les pantalons serrés, détaillant les formes sans qu'il soit trop fait appel à l'imagination comme de nos jours.
Le teint du visage était rose de santé, les cheveux blonds, sagement plaqués en arrière au restaurant, qu'il ramenait vers l'avant quand il ne travaillait pas ne connaissaient ni brosse ni peigne : contrairement à beaucoup de jeunes gens, Laurent ne s'adonnait pas au rite du brushing, préférant ordonner -si peu- sa chevelure d'un rapide coup de doigts.
Il sentait bon.
Quand Louis repense à Laurent, c'est sa mémoire olfactive qui se manifeste.
Ensuite sa voix, ce léger accent de l'est, perceptible seulement quand on connaissait ses origines ; enfin ce rire, pudique même dans ses éclats, que Louis savait si bien déclencher par ses traits d'esprit ou des blagues plus grossières.
Dans le cœur de Louis, où Dominique gardait une place essentielle, Laurent s'installa sans que Louis pût se défendre.
Quand Dominique sortit de l'hôpital, il fut décidé qu'il résiderait avec ses parents dans la propriété de l'arrière-pays.
Il fut proposé à Laurent de louer pour la saison une chambre de la villa, toute proche de son travail, contre une somme modeste à condition qu'il surveille et entretienne les lieux, à l'exception de la piscine et du jardin qui restèrent aux mains d'un employé qualifié.
En l'absence de Dominique, Louis continua donc à "monter" jusqu'à la villa à vélo ou à cyclomoteur, mais tard le soir en raison des horaires de travail de son camarade.
Il aimait arriver à l'avance pour voir son ami vêtu de sa veste légère de coton blanc brodée aux armes de la maison et du pantalon noir d'usage dans ces métiers emprunter le chemin de terre.
Malgré la licence qui prévalait en matière de mœurs dans cette région et en ces temps de libertés post-événements (de 68 s'entend), on notera avec amusement que les "bises" entre garçons étaient proscrites, hors ces "milieux-homo" que Louis ne fréquenta que bien plus tard.
On se serrait donc la main et s'embrassait du regard quand les relations avaient dépassé la simple camaraderie.
Ce n'est que bien plus tard, après le drame, que Louis et Laurent s'unirent charnellement.
Pour l'heure, même si Dominique avait présenté Laurent à son ami en une sorte de cadeau destiné à combler le vide de l'absence, son ombre planait en permanence ; le simple fait de se retrouver en ces lieux qui portaient son empreinte dans le moindre recoin n'était pas propice à de nouveaux épanchements.
Leur amitié était donc chaste, leurs veillées au son des disques de Barbara ou de Gainsbourg s'animant en discussions passionnées sur les sujets les plus divers et, l'intimité se faisant plus sûre, en confidences échangées.
Dominique n'avait pas couché avec Laurent.
Louis en fut satisfait.
Il ne coucha pas avec lui.
Même si l'envie grandissait.
Même si le parfum de sa peau, de ses cheveux, l'étourdissait.
Un soir de congés pour Laurent, ils allèrent au Théâtre de Verdure de la grande ville voisine assister à un show de Claude François, idole au faîte de sa gloire qui déchainait minettes et minets avec un spectacle à l'américaine, sono vrombissante et éclairages dernier-cri à l'appui.
A la fin du tour de chant l'idole entrait en transes, gesticulant, offrant à ses admirateurs un pan de sa chemise que ceux-ci se disputaient violemment.
Ils s'amusèrent beaucoup de ces manifestations d'hystérie collective et rentrèrent en hurlant et dansant comme ces "fans" qu'ils avaient moqués toute la soirée.
Au moment de se quitter, au Café de la Place, Laurent avait simplement dit "c'était une soirée géniale" et avait donné deux bises sonores à son ami.
Devant tout le monde !
(à suivre)
Gay Cultes 2011

...les cheveux blonds, sagement plaqués en arrière au restaurant, qu'il ramenait vers l'avant quand il ne travaillait pas ne connaissaient ni brosse ni peigne.


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5 commentaires:

Leav a dit…

"détaillant les formes sans qu'il soit trop fait appel à l'imagination comme de nos jours."

La mode de nos jours est tout de même aux T-Shirt près du corps et aux jeans serrés. La seule imagination dont on a besoin, c'est pour voir les gens sans.

S./Gay Cultes a dit…

"La mode de nos jours est tout de même aux T-Shirt près du corps et aux jeans serrés. "
Dans le "milieu" peut-être.
Dans la vraie vie, je vois surtout des t'shirt amples, des jeans larges, et, sur les plages, des bermudas de bain qui descendent jusqu'aux genoux, voire plus bas.

Leav a dit…

Quel milieu ? ^^

Même en banlieue les jeunes ont troqués leurs baggy et T-shirt XL pour des jeans étroits et des survêts qui épousent leurs formes.

Je ne pense pas qu'il n'y ait ça qu'à Paris et ce n'est clairement pas dans le Marais que je le vois.

Quant aux plages je suis bien d'accord avec vous.

S./Gay Cultes a dit…

Eh bien, Leav, disons que je vais devoir prendre rendez-vous chez l'ophtalmo.
;o)
Merci néanmoins de votre lecture attentive et exigeante de ces petites chroniques hebdomadaires.

Tambour Major a dit…

Les chevauchées en moto ont quelque chose de fauve. Je ne sais pas si j'aurais préféré être celui qui s'agrippe à l'arrière ou celui qui fonce les yeux dans le vent.