Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 2 mai 2011

Louis, deuxième époque | Fin de saison

Il fallut oublier.
Ou faire semblant ; car Louis pressentait qu'un jour Dominique reviendrait, après s'être lové dans un coin de sa mémoire, corps et âmes jamais vieillis, visage rayonnant, éclats de rires pour toujours préservés, là, bien rangés au tréfonds de lui-même, qui jailliraient comme ça, au détour d'un phrase venue un soir sous ses doigts courant  sur un clavier d'ordinateur parce que, simplement, on avait tapé d, o, m, i, n, i, q, u, e, et qu'on s'est arrêté soudain, frénésie de l'écriture en suspens, pour revoir toutes ces images, réentendre ces sons comme on se repasse un vieux film dont chaque scène vient se rappeler à vous car imprimée quelque part sur une page du passé.
Oui, l'on fit semblant ; et Laurent, tout aussi dévasté, fit duo avec lui pour s'enivrer de trop d'alcools mentholés à d'autres plus forts mélangés, au fond de ces nuits toujours trop courtes à errer de bars en boîtes où l'on embrassait des garçons tout aussi souls, qu'on ramenait ensuite "là haut" dans la maison en deuil.
On s'engouffrait avec tel ou tel de ces égarés sous les draps sans aller plus loin que l'étreinte le plus souvent car la fatigue, l'ennui, le manque de l'absent, vous terrassaient.
Au matin, Laurent bougonnait : "Louis, c'est qui ? Qu'est-ce qu'il fout là ?".
Et l'intrus partait, penaud, maudissant les deux pédés, ces deux fadas qui l'avaient entraîné là, à faire des trucs qu'il n'aurait pas fait à jeun prétendait-il.
On s'amusa, on dansa beaucoup, avec frénésie, sur ces "rythm and blues formidables" dont on avait acheté toute la collection à bas prix dans un surplus "américain", mais aussi, étrangement, sur une Fantaisie de Chopin dont le compositeur eût été quelque peu surpris de voir sa musique associée à une danse tribale.
On fit donc n'importe quoi pendant tout l'été, Louis délaissant son piano après sa dernière victoire ou ne l'ouvrant que pour jouer ces "variétoches" qu'il disait exécrer quelques semaines plus tôt.
Un jour vint ou Laurent annonça qu'il quittait la région pour remonter dans l'Est où il reprenait une affaire de famille.
Les clés de la villa furent remises aux parents de Dominique que la mort du fils unique laissait comme lobotomisés, vidés de tout intérêt pour la vie.
Le père, dont le deuil précipitait le vieillissement, lui dit d'un ton monocorde "tu reviendras, si tu veux".
Sans y croire.
Et Laurent avait dit "bien sûr" par politesse, par compassion.
Il n'y eut pas d'effusions, pas de pleurs.
Laurent partit, ami pour la vie.
Septembre vint et Louis se remit au travail.
C'était l'année du bac, qu'il obtint sans panache, sauvé par son appétit pour les sciences humaines, les autres matières présentant pour lui peu d'intérêt.
La vie l'attendait qu'il ne savait par côté prendre, sachant seulement qu'il voulait faire ce qu'il aimait et seulement ça.
Il devint donc musicien, en vivant très mal de ses dons ou fort bien selon les époques.
La suite est dite en partie au début de ce récit un peu chaotique mais sincère.
Il faudra écrire les années d'après, plus proches de nous.
Un jour peut-être.
Gay Cultes 2011

... corps et âmes jamais vieillis, visage rayonnant, éclats de rires pour toujours préservés...


... au fond de ces nuits toujours trop courtes...

"Louis, c'est qui ? Qu'est-ce qu'il fout là ?"






Episodes précédents : entrée.




2 commentaires:

Kynseker a dit…

Moi, je suis toujours prêt à papoter mais je crois bien que la source se tarit...

Alors comme ça, vous nous laissez là avec Louis, pris entre deux eaux, ne sachant pas sur quel pied danser ?

On voudrait savoir comment il a concilier les deux pans de sa vie: comment a-t-il transcendé la superficialité de la nuit et des amourettes afin de devenir enfin, vraiment, quelqu'un ?

S./Gay Cultes a dit…

Ce n'est pas définitif, Kynseker : je ne fournirai plus de manière régulière (et un peu contraignante), mais au gré de l'inspiration ; il faudra donc surveiller ce blog avec la même assiduité !