Le blog quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.


Tombe, Victor !

jeudi 29 décembre 2016

Toute première fois


Victor m’a dit que quand il me traitait de tapette, il me cherchait, qu’il se moquait, qu’il m’aimait bien, mais que ça devait rester entre nous. Après, il a dit aussi qu’on pourrait « faire des trucs » ensemble. J’ai demandé quoi, et il a parlé de caresses qui font plaisir, répétant que « ‘y a pas de mal à se faire du bien ». Et moi, j’ai répondu tout à trac qu’on ne pouvait pas faire ça ici, qu’on pourrait nous voir ;  je me demande comment j’ai eu le courage de dire ça ; c’est venu tout seul, et, de toutes façons, Victor peut me demander ce qu’il veut, c’est mon ami. Je lui ai demandé s’il avait déjà fait ces choses avec un autre. « Mais non, t’es con, moi je vais avec des gonzesses, c’est parce que c’est toi, je suis pas un pédé ! » Je n’ai pas eu le temps de penser qu’il me racontait des bobards, qu’il avait jamais touché une fille, qu’il y avait urgence, tout simplement. J’ai réalisé qu'on allait faire, enfin, ces gestes flous que j’essaie d’imaginer entre nous, le soir dans ma chambre, quand je me fais du bien, et j’étais dans tous mes états. Victor s’est levé d’un coup et m’a dit « Viens, je connais un coin ! » et on a marché à toute allure ; j’ai failli me casser cent fois la figure en remontant entre les pins, tout chamboulé. Lui marchait devant ; on a emprunté un chemin caillouteux bordé de deux ou trois villas qu’on a dépassées pour arriver dans un champ où, j’ai pensé, il devait y avoir plein de serpents, et je ne savais plus si c’était cette idée qui me troublait autant, ou ce qui se préparait. 

In Tombe, Victor ! | Louis Arjaillès
Edilivre 2016 

1 commentaire:

joseph a dit…

Souvenir d'un très beau livre qu'on dévore à pleins yeux puis qu'on regrette d'avoir terminé...