Le blog quotidien superfétatoire et sporadique de
Silvano Mangana. Maison de confiance depuis 2007.

lundi 28 juillet 2014

Ombre, Hombre


Un coup de pied dans l'eau

Je ne fais guère preuve d'originalité : cette photo a beaucoup tourné sur le web, et je crois l'avoir déjà insérée.
Mais c'est une belle image : pourquoi vous en priverais-je ?

Tombe, Victor ! | Deuxième partie -9-

Résumé des épisodes précédents : Gabriel, le frère de Paul (le narrateur), a intercepté une lettre anonyme (mal) tapée à la machine, destinée à leurs parents. Sur un mauvais papier-pelure, on pouvait lire : "« Paul et le fils Bianchini, qui fait la femme ? ».
L'adolescent a pu ouvrir son cœur à son aîné au cours d'une longue discussion, découvrant un frère attentif et bienveillant, nullement affecté par les aveux de son cadet. Deux garçons peuvent être à l'origine de la missive scélérate, Victor Panella, toujours aimé de Paul qui fait mine de le rejeter, ou Eric Darmstetter, l'ennemi intime.
Les deux frères sont rentrés au domicile familial où leur mère suit l'émission "Intervilles" à la télévision.
Les propos de Gabriel ont rassuré Paul : en son frère, il a trouvé un véritable ami.  


Sur le rideau de fer baissé, une affichette  griffonnée à la hâte : « Fermé pour cose de maladie ».
Bizarrement, ma première réaction est de relever la faute d’orthographe, imputable, sans aucun doute, à une confusion avec la langue maternelle des Bianchini. Je suis sorti sans même avoir pris ma douche, ravi de partager en trio un petit-déjeuner « avec croissants » –c'est à l'absence de mon père, en déplacement, que nous devons cette aubaine- et sors peu à peu de mon hébétude, réalisant soudain l’étrangeté de la situation. Car, enfin, me dis-je, si le père Bianchini est malade, le mitron et l’apprenti peuvent le remplacer ; si c’est la mamma qui est souffrante, Angelo peut passer derrière le comptoir, non ? Une vieille femme se poste à mes côtés, déchiffre à son tour le texte sur la feuille de papier à petits carreaux, et s’en retourne, pestant qu’il lui faut aller jusqu’à la rue de la République pour acheter son pain. L’inquiétude me gagne, qui me pousse, sans prendre le temps de la réflexion, à contourner la boutique. Les volets de l’appartement et ceux de la chambre d’Ange sont clos. J’ai beau tendre l’oreille, je ne perçois aucun bruit en provenance du petit immeuble. Je cherche le courage de me manifester, d’oser un sifflement, un cri, un appel, mais ne le trouve pas. J’attends longtemps, une éternité, un siècle, que quelque chose se produise, que la porte s’ouvre, libérant un Ange désireux de m’informer après m’avoir repéré depuis la mansarde. Je m’en retourne, bras ballants, jusqu’à la maison.
Je dois être livide quand j'annonce "c’est fermé, chez Bianchini, m’man" avant de m’affaler sur ma chaise, dans la cuisine, sous le choc.
A ce moment, Gabriel surgit, une serviette éponge autour de la taille après sa douche régénératrice du matin, de celles où l’appellation « salle d’eau » prend tout sons sens, tant mon frère s’y ébat sans prendre la moindre précaution, transformant la petite pièce en piscine au grand désespoir maternel.
-J’ai une de ces dalles ! Ben, t’en fais une tête, toi !
D’une voix pâteuse, je donne une nouvelle fois l’information, dont je sais qu’elle va éveiller en lui les réminiscences de notre conversation de la veille.
Il n’en feint pas moins le détachement :
- T’avais qu’à aller à l’Epi d’Or, c’est pas une raison pour se priver de croissants, c’est dimanche, oh !
J’observe un silence buté, puis finis par prétexter que j’ai trouvé plus urgent de rentrer pour procéder à ma toilette du matin, que si j’avais su, j’aurais pris mon temps et qu’ainsi, j’aurais échappé à ce que j’allais sans doute découvrir : la salle de bains après un cataclysme !
Je m’étonne intérieurement de cette ironie retrouvée qui évite à mes proches de me voir dans l’état d’affliction où je suis plongé.
- Bon, ta douche, tu vas encore attendre : je mets un jean et un polo et on file acheter des croissants ailleurs, allez !
J’ai compris : Gabriel, alerté, veut se rendre compte par lui-même. En quelques secondes, les cheveux encore humides, il est prêt, m’entraine dans son sillage, dévalant les escaliers, m’oblige à forcer l’allure pour sortir de l’étouffante caserne. En peu de temps, nous voici devant la boulangerie, où les chalands, dépités, jouent et rejouent la même scène : lecture de l’affichette, grognements, demi-tour vers des lieux plus accueillants.
Moins couard que moi, qui me cache dans un renfoncement, mon frère prend une effrayante initiative : avant même que j’aie eu le temps de l’en dissuader, le voici cognant comme un forcené à la porte des Bianchini. A côté, une femme apparait à la fenêtre du deuxième étage.
- Dites, c’est pas la peine de frapper comme un malade, petit, il n’y a personne !
Et elle disparaît aussitôt, comme escargot rentrant dans sa coquille.
- Bon, les croissants ! 
On réfléchira après, m’enjoint Gabriel, toujours affamé !

À suivre
© Silvano Mangana | Gay Cultes 2014

À suivre ? Photo Moritz Aust

"L'Estaque"

André Derain (en 1906)


dimanche 27 juillet 2014

Garçon nu en majesté


Bon dimanche !


Bande annonce : "Tombe, Victor !" revient.

Demain lundi parait un nouvel épisode de "Tombe, Victor !". Beaucoup d'atermoiements avant d'en reprendre le cours : je suis toujours aux prises avec le dénouement, mais je me dis que l'obligation d'enchainer me donnera l'impulsion nécessaire à l'aboutissement.
Était-ce comme cela que procédaient les "feuilletonistes" d'autrefois qui avaient à livrer à date fixe ?
Nous le saurons vous (enfin, ceux que ça intéresse, et qui ne se contentent pas de "jeter un œil" sur mes images) et moi dans un laps de temps relativement court.


Cadeau : un homme de foi

Chaque été, le grand chef d'orchestre Daniel Barenboim réunit au sein du "West eastern divan orchestra", des musiciens venus d’Israël,des états arabes environnants et des territoires palestiniens. Le premier des chrétiens a dit "Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté" : le Maestro juif argentin donne un exemple singulier de ce précepte si peu suivi.

Joli cliché


La Vespa et la petite Fiat 500, symboles de l'Italie d'après-guerre : elles me donnent des envies de comédie italienne, de films de Dino Risi, de Scola, de Comencini, mais aussi de séries B avec Toto, de voir n'importe quel film où joue Alberto Sordi.

Lea Massari et Alberto Sordi : "Una vita difficile" de Dino Risi, l'un de mes films préférés.

samedi 26 juillet 2014

Nature vive


Une image de la vie


Ce n'est pas un modèle quelconque, c'est une image de vie : un garçon à son réveil, auquel on a servi avec dévotion -de ma part, ce serait le cas ! - une tasse de café. On n'a pas jugé bon de retoucher la photo ; il y a tant de beauté ici, dans cette probable chambre d'étudiant aux murs fatigués et meurtris, que toute tentative de sublimer l'instant par quelque logiciel d'édition serait absolument vaine.
Cet ange est souverain, qui ne doit offrir ses lèvres qu'avec parcimonie.
Il faut l'admirer, l'aimer, et repartir sur la pointe des pieds.



Sur les ailes d'un bon livre

Allora vola sulle ali di un buon libro !

Lecture du moment : Les feux de Saint Elme (Daniel Cordier - Gallimard)

vendredi 25 juillet 2014

Lumière d'été


Photo David Talley

Cadeau : somptueux, ce cadeau !


"Ah, nos peines seront communes" de Luigi Cherubini, compositeur italien né à Florence en 1760, accomplit l'essentiel de sa carrière en France, où il fut, notamment directeur du Conservatoire de Paris de 1822 à sa mort (1842).
"Ah nos peines..." est extrait de son opéra Médée. L'orchestration fait la part belle au basson, judicieusement exploité : ici, c'est Jacques Petit qui assure cette partie, avec une sonorité exceptionnelle qui s'accorde merveilleusement à la voix de la grande Marilyn Horne.
Frissons garantis.

La sieste

Dominique Amendola

J'ai rendez-vous avec toi


jeudi 24 juillet 2014

Massif



Félicitations


Cadeau : gondoles à Venise


Non, il ne s'agit pas de la scie des années 70, mais d'une très belle interprétation de cette "Romance sans paroles" Opus 30 n°6 d'un Mendelssohn pas assez estimé.
Par Daniel Barenboim, vous savez, ce pianiste et chef d'orchestre qui s'est mis en tête de réunir dans la même formation des musiciens israéliens et palestiniens.

J'ai fini mon roman


ou presque !

mardi 22 juillet 2014

Faut bien tuer le temps

Jessie & Sam | Photo Terry Smith

3 beaux anges




Ramdam

Dans mon album tumblr GC Gazette (si vous ne connaissez pas, c'est là : clic), c'est l'image (insérée autrefois ici-même) qui a, jusqu'ici, remporté les suffrages de la majorité des visiteurs : plus de 2000 "coups de cœur" ou "reblogages".
Poètes, poètes...

Voiture-restaurant

Restaurant dans une voiture Pullman
Note à 21h10 :
L'illustre blogueur Another Country rappelle à mon souvenir ce beau poème :

Ode

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l’Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l’angoissante musique
Qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
Dorment les millionnaires.
Je parcours en chantonnant tes couloirs
Et je suis ta course vers Vienne et Budapesth,
Mêlant ma voix à tes cent mille voix,
Ô Harmonika-Zug !

J’ai senti pour la première fois toute la douceur de vivre,
Dans une cabine du Nord-Express, entre Wirballen et Pskow.
On glissait à travers des prairies où des bergers,
Au pied de groupes de grands arbres pareils à des collines,
Étaient vêtus de peaux de moutons crues et sales…
(Huit heures du matin en automne, et la belle cantatrice
Aux yeux violets chantait dans la cabine à côté.)
Et vous, grandes places à travers lesquelles j’ai vu passer la Sibérie et les monts du Samnium,
La Castille âpre et sans fleurs, et la mer de Marmara sous une pluie tiède !

Prêtez-moi, ô Orient-Express, Sud-Brenner-Bahn, prêtez-moi
Vos miraculeux bruits sourds et
Vos vibrantes voix de chanterelle ;
Prêtez-moi la respiration légère et facile
Des locomotives hautes et minces, aux mouvements
Si aisés, les locomotives des rapides,
Précédant sans effort quatre wagons jaunes à lettres d’or
Dans les solitudes montagnardes de la Serbie,
Et, plus loin, à travers la Bulgarie pleine de roses…

Ah ! il faut que ces bruits et que ce mouvement
Entrent dans mes poèmes et disent
Pour moi ma vie indicible, ma vie
D’enfant qui ne veut rien savoir, sinon
Espérer éternellement des choses vagues.

-Valéry Larbaud, Les Poésies d'A.O. Barnabooth, 1913-

Version animée d'un billet précédent


Matt Woodhouse & Wojtek Czerski par Bell Soto pour Hello Mr Magazine