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On ne peut rêver mieux pour la « promo » :
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| Je lui aurais bien offert... |
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| Exercice de diction |
Comme beaucoup d'entre nous, j'ai renoncé aux voyages en avion. Dans la mesure du possible, je privilégie le train. C'est le cas si je dois me rendre n'importe où en Europe. Ainsi, j'avais opté pour ce mode de transport pour mon dernier séjour en Italie. Un TGV de notre compagnie nationale (c'était moins onéreux que la "Freccia Rossa") m'a mené à Turin dans le même temps qu'il faut pour rallier Nice.
Et contrairement à nombre de nos contemporains, j'aime prendre mon temps, livre en mains, écouteurs (dernier cri : sans fil, s'il vous plaît !) branchés sur Spotify. Dans le pays, j'use énormément de rails : j'emprunte les trains régionaux. À Milan, on peut se procurer un billet qui donne droit, pendant trois jours, à tous les modes de déplacements : les vieux tramways milanais, très "belle" époque, mais aussi le métro, les bus et le chemin de fer dans toute la Lombardie !
En fin de compte, la seule chose qui pourrait me réconcilier avec l'aérien, serait que les compagnies procèdent à des castings et engagent des stewards semblables à ce jeune homme, en plein travail dans ce "réel" :
Je n'avais jamais vu cette photo quand j'écrivis le texte ci-dessous.
Un signe ?
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| Photo Richard Kranzin, 2023 |
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| Photo Silvano |
Un ami m'a signalé ce joli commentaire concernant mon roman, repéré sur le site Babelio.
[Plusieurs personnages se partagent le devant de la scène, dans ce roman, mi-journal, mi-récit à la première personne. Paul, le narrateur, raconte son adolescence dans une ville de la Côte d'Azur (avec sa mère, son frère et son père.)
Victor, son ami et premier amour, dont je voudrais bien ne vous dire que du bien, mais ce n'est pas toujours le personnage le plus sympathique de l'histoire... cependant, il est indispensable dans le cheminement de Paul vers lui-même. C'est un personnage partagé entre certaines envies... (Paul) et d'autres envies (les femmes) et exprimées souvent "franco", sans nuances.
Des élèves de collège, dont celui qui réserve quelques surprises (l'auteur lui donne quelquefois la parole)... de la graine de "loubards", des professeurs...
Le climat de l'époque est magnifiquement reconstitué. Au quotidien... (les courses à la boulangerie), les "boums", les voitures, les stations chez le disquaire et ses cabines pour écouter des disques (sympathique...), le climat musical (Joan Baez et Here's to you... (Sacco et Vanzetti, Claude François, etc.) Et même les jeux d'Intervilles.
Et puis apparait enfin Angelo, le garçon italien, mal vu des habitants de la ville, victime de ce racisme anti-italien des années 45-50-60... mais au demeurant, un des plus attirants, des plus attachants, dans le roman.
Roman d'initiation, donc, où le narrateur se trouvera aussi à travers le piano et la musique, puis des amis bienveillants (son frère, le disquaire, comme adulte bienveillant...) un amour (précisons, Ange...) mais aussi où il devra faire face à l'épreuve d'une dénonciation, hélas, et d'une séparation.]
Merci mille fois à son auteur(e).
Silvano/Louis
On peut commander le livre chez les libraires ou à la FNAC.
Au cours de ma onzième année, comme nous étions en vacances chez la grand-mère au cœur d'un août brûlant, je poussai un matin la porte de la chambre de mon grand-frère. Lui n'y était pas, mais un ange brun habitait le lit, un Jean-Jacques de dix-huit ans que le drap blanc couvrait à peine jusqu'à la naissance d'une brune toison. La peau était rose, pas encore brunie par le soleil du midi. Un bras était replié sur le front, les lèvres me semblèrent d'un rouge-vif, « purpurin » lirait-on dans un ouvrage désuet ; le haut de son corps, offert à mon regard, se soulevait lentement, métronomique-ment, au rythme de sa respiration ; l'épiderme était souple, lisse, velouté, en appel irrésistible à la caresse.C'est à la boulangerie, où l'on m'avait envoyé chercher un "restaurant"(1), que j'ai vu Rémi pour la première fois.
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| Un harmonium |
| Source image : Nostalgie Rétro blogspot |
Neuf-Brisach, août 1938
Il
y a deux Brisach : le neuf, en France, et le vieux, Breisach am Rhein, de
l’autre côté du fleuve. Il faut quelques battements d’ailes à une escadrille d’alouettes
pour relier les deux villes. Depuis l’arrivée de Hitler au pouvoir, de l’autre
côté, la vieille cité du Bade-Wurtemberg n’est plus du même monde.
Pour donner
quelque crédit à la rumeur d’une idylle pour le moins hypothétique avec Mathilde
Meyer. Roland Sieffert vient la chercher au presbytère après le culte du
dimanche et l’emmène pour une promenade sur le chemin qui longe le Rhin, où
ils peuvent croiser des concitoyens, lesquels, souvent, leur adressent un
sourire de connivence. Ils se nichent au creux d’un tapis d’herbes sauvages
pour des conversations d’une banalité qui assombrit l’humeur du garçon, éveillent
sa nostalgie de la grande ville et de ses cinémas, des tubes de néon qui
ensoleillent la vitrine du magasin de Monsieur Kurz, le photographe, devant
laquelle, chaque soir, il prend racine pour observer dans ses moindres détails
l’objet de sa convoitise, cette caméra Pathé Baby à ressorts avec laquelle il s’imagine,
en petit Jean Renoir, filmant les mille scénarios qu’il a échafaudés dans les
moments où la solitude lui ouvre les portes du rêve de sa vie.
Pauvre Mathilde
qui croit déceler, en Roland, un émoi qu’elle inspire sûrement, alors que, braquant
son regard sur l’autre rive, rien n’échappe au jeune homme des adolescents des
Jeunesses Hitlériennes, que tout, par ailleurs, l’incite à détester. Ils s’exercent
à la lutte, torses nus, gonflés d’une puissante musculature, bronzés, farouches,
déjà prêts aux combats futurs ! Ils ont confectionné une sorte de grande
piscine gonflable où ils s’ébattent à présent, débarrassés de tout vêtement.
Roland plaque ses deux mains sur les yeux de la gamine : « Ne regarde
pas, Mathilde ! », quand lui se repaît, en douce, du spectacle.
Si ce
n’était l’amour de ses parents, sa tendre complicité avec sa sœur, ces vacances
dans sa cité natale, lui seraient une épreuve insurmontable. Il s’est décidé à rédiger
une longue lettre, cent fois réécrite, à Marcel, le Montpelliérain, qui, à
cette heure, doit faire la fête sous le soleil méditerranéen et, sans nul
doute, faire l’amour. Roland ne doit les battements de son cœur qu’à la grande
illusion qui s’est emparée de lui quand l’équipe du grand cinéaste a pris d’assaut
sa terre natale au cours de l’hiver le plus doux de sa jeune vie. Il aura bientôt
dix-sept ans. Comment les vivre pleinement, ici ?
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2024
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Si vous êtes perdu (e) : repères
Au cours de l'été 1938, Claude Bertrand, le narrateur, 16 ans, a séjourné à Palavas-les-Flots en compagnie d'André et de Marcel, qu'il a surnommé "Les Nathanaël", deux amants qui habitent à Montpellier, où le jeune homme poursuit ses études. Il passe le reste des grandes vacances à Saint-Jean, où l'attendait Jules, le "garçon de sa vie".
« J’aime ton corps de haut en bas, tu sais ?
— Ma peau est aussi douce que celle d’Émile ?
— Pas vraiment, non. Mais elle a meilleur goût, avais-je dit en étayant mon
propos d’un coup de langue dans le creux de ses reins. Je suis gourmand de toi.
Rien ne remplace ta saveur, pas même celle du gâteau de famille de ma mère, je
te jure ! Ta crème est meilleure, aussi.
— Tu m’as dit malgré tout qu’il avait un cul à damner un saint.
— Tes fesses sont plus rondes, plus massives, plus fermes, elles me rassurent,
oui, elles me rassurent, c’est ça.
— J’ai des fesses rassurantes, s’esclaffa-t-il, c’est la meilleure ! Et sa
queue, elle est comment sa queue ?
— Plus longue, moins épaisse que la tienne. Ma main en fait plus facilement le
tour. Mais elle est jolie, quand même.
— Ce que tu dis de lui me fait penser à Andrzej. Mais moi, je ne l’ai jamais vu
tout nu. Je baisse son pantalon de travail, je trifouille un peu pour voir s’il
bande et on fait ça en dix minutes, comme des bêtes. Je crache sur ma bite, et
hop ! Alors, la saveur de sa peau et sa douceur, tu vois… Ce n’est pas de
l’amour. Ce serait comme comparer la chicorée au café. Toi, tu fais l’amour à
ton lycéen, et dans ces moments-là, j’existe plus.
— Ne sois pas triste, tu existes plus que tout, et tu le sais
bien. »
C'est ainsi que nous devisions en ces débuts de soirées d’été
quand Jules m’avait rejoint, fuyant prestement les odeurs de cette encre
violette dont le savon de Marseille et la brosse de crin ne parvenaient à
effacer totalement la trace sur ses doigts raidis d’avoir soustrait, additionné
ou divisé toute la journée. Monsieur Majurel doit cent francs ; il faut faire
la facture pour les bancs de la salle des fêtes ; compter, enfin, ce qu’on
avait gagné cette semaine et affronter la mauvaise humeur du paternel si les
chiffres faisaient la gueule.
Il quittait à six heures pile l’obscure officine où on
l’avait confiné pour le punir de sa vivacité, de son insolence, de sa
propension à la rêverie. En quelques tours de roues, il savait pouvoir me retrouver près de
notre étang exsangue en ce mois d’août implacable, où nous guettait un
bataillon de moustiques, étrangement mis au fait que nous allions nous
débarrasser frénétiquement de tous nos vêtements pour nos enlacements. Nous
nous en amusions, tant notre soif de l’autre nous rendait invincibles, comme
préservés de la voracité des insectes femelles par une impalpable forteresse.
Peut-être, plaisantions-nous, qu’elles se passaient le mot : « Ah
non, pas eux, on a déjà goûté ! »
Mon infinie tendresse faisait de son mieux
pour le ramener à la lumière, pour le bercer de murmures propres à lui faire
oublier le tintamarre quotidien des marteaux et des scies, les vociférations de
Goupil à l’encontre de l’apprenti malhabile qui encaissait les coups-de-pied au
cul dont on le préservait par miracle, dès lors qu’il avait fait preuve d’une
réelle aptitude dans le maniement de ces chiffres qu’il exécrait.
Parfois, quand il était trop fatigué, nous nous
caressions du bout des doigts – « Oh oui, j’adore, ça fait froid,
soupirait-il ! » – et laissions nos mains nous amener au plaisir sans autres ébats.
Seuls au monde, nous évitions les conversations qui auraient eu l’indécence
d’altérer notre bonheur. Il serait bien temps, lors de mon retour en ville,
d’affronter la réalité d’une humanité au bord du gouffre.
Mon roman Tombe, Victor !, publié sous mon nom d'auteur Louis Arjaillès, est à commander chez votre libraire favori ou directement ici : clic
Publié en 2016 via Edilivre, le bouquin a dépassé le millier de ventes, en grande partie grâce à Gay Cultes, mais porté, aussi, par un excellent bouche-à-oreille. Je vous remercie d'aider à sa diffusion en l'offrant à vos amis pour les fêtes.
Silvano/Louis
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| Soudain, au bord de la Dourbie, en ce mois d’août brûlant, nous eûmes froid. |
Je rentrai à Saint-Jean dès le premier jour d’août. C’était, par bonheur,
un samedi après-midi. Le lendemain, jour chômé, j’enfourchai ma bicyclette dès
les premières heures de la matinée. Mon coup de sifflet sous la fenêtre de sa chambre réveilla en sursaut mon Jules adoré. J’entendis quelques bruits dans la maison
des Goupil, les grognements du père, le tintement de la cuillère dans la tasse
de café au lait, les escaliers dévalés d’un pas vif et lourd à la fois, le vélo
dont l’animal se saisit dans la courette, le grincement du portail et l’apparition,
sa blondeur ravivée par le soleil de saison, la peau bistrée, les cheveux en
bataille, tout ce qui, en lui, m’exaltait.
— Il était temps ! Tu t’es fait
désirer !
Dans l’art du mensonge, nous
étions des experts. Il le fallait. C’était quasiment une question de vie et de
mort. Si, de nos jours, il reste tant à faire, l’époque n’était nullement à la
tolérance. On se souvient du laïus en forme d’avertissement de mon grand-oncle
au sujet d’Émile Boisselier. Les membres de notre confrérie étaient condamnés à
la dissimulation, aux rencontres secrètes, et, pour beaucoup d’entre nous, à
d’expéditives étreintes en des lieux peu ragoûtants. À ces piteux enlacements,
certains finirent par prendre goût, au point de ne pouvoir goûter autrement aux
joies du sexe entre hommes. Mentir était donc notre lot, que nous pûmes
vérifier une fois de plus quand il vint à l’idée du père de Marcel d’emmener
femme et enfants à Palavas pour un dimanche à la mer. Premier levé de la
maisonnée, flasque et engourdi, je buvais mon breuvage cacaoté Elesca (le K.K.O
L.S.K est S.KI disait la réclame) quand se fit entendre le ronronnement du
moteur bien huilé d’une automobile que je vis se garer juste en face de la
cabane. C’était la Citroën C4 rutilante d’Augustin Fabre. Je me précipitai dans
la chambre des amoureux, que j’exhortai tant bien que mal à sortir du lit.
J’entendais déjà les claquements de portières, la voix de la mère admonestant
les fillettes surexcitées, l’indulgence dans celle de son époux – « Laisse,
c’est jour de vacances, il faut bien qu’elles s’amusent ! » –, mais,
revenu à la vie sous l’effet du danger imminent, j’avais, en toute hâte, défait
le linge de lit de la banquette-leurre vers laquelle je poussai André sans
ménagements. Les Nathanaël eurent tout juste le temps d’adopter une tenue
décente, caleçon et tricot de corps pour l’un, pyjama pour l’autre. S’ensuivit
une mascarade digne des meilleurs vaudevilles. Fort heureusement, mes deux
camarades s’étaient préparés à l’éventualité d’une visite paternelle :
après tout, c’est lui qui payait la location de la "cabane". André
fut présenté comme étant un camarade de faculté de Marcel de passage dans le
littoral. Le négociant en vins semblait satisfait de ne pas trouver son fils en
compagnie d’une quelconque gourgandine et s’amusa de nous trouver encore
ensommeillés. Il me fit part des affectueuses salutations de mon oncle et
proposa un déjeuner dans l’un des caboulots de la rive gauche avant d’emmener
sa progéniture sur la plage. André nourrissait quelque inquiétude en cas de
questions trop précises sur ses prétendues études en pharmacie et, un mensonge
de plus, prétexta une visite à une proche parente pour décliner l’invitation.
Nos regards en coin disaient combien nous admirions son habileté.
Par bonheur, je devais retourner à Saint-Jean...
Augustin Fabre ne s’était pas départi
de la bonhomie que j’avais pu apprécier lors de ses visites chez les Rochs.
J’étais le petit-neveu de son meilleur ami, qualité de nature à n’éveiller
aucun soupçon. Il n’en nourrissait aucun à l’égard de son propre fils. Son
épouse se comportait comme le faisaient les mères de famille à cette époque : hormis la tenue du foyer où elle régnait en maîtresse-femme, elle approuvait avec docilité le moindre propos de son mari et se pliait à
toutes ses décisions. Ma mère, au contraire, avait une personnalité plus affirmée. Cette femme que j'ai tant aimée était dotée de ce sixième sens qui n’appartient qu’aux mamans. Elle avait manifesté quelques réticences à mon séjour estival avec Marcel. Avait-elle décelé ce qui faisait la
particularité du mentor adoubé par son oncle ? Avait-elle subodoré la
nature de ma relation avec Jules, que, pourtant, elle avait inscrit sur la
liste des invités au mariage de Madeleine ? Ou bien, ayant eu à apprécier l’intégrité
et la bonté dont mon ami était pétri, fermait-elle les yeux sur une amitié qu’elle
ressentait peut-être comme étant particulière ? Dans ce demi-siècle chargé
de menaces, et bien que les « aveux » ne soient guère courants en la
matière, je pense aujourd’hui, qu’à défaut d'en avoir la preuve, elle admettait en son for
intérieur que son fils ne prendrait pas la voie la plus banale. Plusieurs
années après, au milieu des années cinquante, je m’ouvris à Gabrielle de mon
identité. Les yeux clos, elle hocha la tête, sembla réfléchir brièvement avant
de réagir : « Es-tu, heureux, au moins, mon chéri ? ».
Jules ne put me rejoindre à Palavas.
Condamné comme nous tous à la duplicité, il avait imaginé un subterfuge : il avait demandé à son père s’il pouvait rendre visite pour trois jours à une tante, très chère à son cœur, qui
habitait Millau. Il n’y avait, en ce temps-là, aucun de moyen de vérifier, la sœur
de sa mère ne possédant pas un téléphone dont peu de foyers disposaient. Jules était sûr de son coup, mais le père Goupil opposa un refus sans recours possible aux sollicitations de son
fils. Par bonheur, je devais retourner à Saint-Jean après mes deux semaines de
séjour en compagnie des Nathanaël. J’avais hâte, car les embrasements
nocturnes et leurs nudités exposées sans ambages sur la plage de Maguelone, avaient
exacerbé une sensualité de plus en plus dévorante. Une sorte de priapisme que
je ne pouvais étouffer par les seules manipulations de mon intimité, pourrait
alors trouver l’apaisement entre les bras et les cuisses fermes du plus beau
garçon du monde.
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022-2023
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Nota :
De retour lundi prochain, sauf absence impromptue.
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| (...) nous avions su que l’amour se fait. |

(...) ma mère qui m’avait offert un maillot de bain « de sportif »...
Tant d’années après, je me
demande encore comment mes parents et mon oncle avaient pu autoriser sans hésiter
mon séjour estival en compagnie des Nathanaël. « Marcel et un copain de la faculté »
avais-je menti. L’approbation d’Octave Rochs avait valeur de caution aux yeux
de ma mère qui m’avait offert un maillot de bain « de sportif »,
identique à celui porté par le champion Jean Taris dans un documentaire donné
en première partie de Marius, qui était sorti à nouveau au Régent.
« Un maillot de bain, pourquoi faire ? s’était moqué Marcel, on ira à
Maguelone et on se baignera tout nus, tu peux compter sur André pour ça ! »
J’avais essayé le maillot et m’étais admiré dans la glace de l’armoire de ma
petite chambre. Je m’estimais bien fait de ma personne. Mon corps, à présent,
était celui d’un homme, et je concevais avec orgueil qu’il puisse susciter le
désir. Je n’étais nullement pressé de régler mes affaires de corps et de cœur :
dans un monde dans lequel le rejet, les railleries et la haine accablaient les gens de
mon espèce, j’avais deux amants magnifiques, j’étais beau, insouciant, heureux.
Je passai ma dernière après-midi à Montpellier avec Pierre Bloch. Il n’aimait
ni Gide ni Proust, les trouvait ampoulés, démodés, leur préférant des auteurs
qu’il estimait plus novateurs, à l’instar d’Antonin Artaud et de Paul Éluard.
Il en parlait avec une telle conviction que je me promis de découvrir cette
nouvelle littérature. En guise de vacances, Pierre passerait la plus grande
partie de l’été chez une tante qui vivait, seule, dans une petite maison de
Sommières où, à la faveur d’une atmosphère plus paisible, il comptait travailler
son violon « en quête de perfection », affirma-t-il sur un ton
sentencieux.
La recherche de la perfection n’était
pas à mon programme. Je voulais profiter pleinement de ces journées confisquées
aux tourments qui agitaient l’Europe, pressentant vaguement que nous vivions un
bonheur éphémère. Il fallait jouir de tout, des fruits de l’été, du vin des
Fabre, de la mer accueillante aux jeunes gens intrépides, et, pour peu que
Jules parvienne à me rejoindre, de nos ardeurs sans cesse renouvelées. Il
fallait jouir de notre jeunesse.
Il nous fallut emprunter un « petit train de Palavas » pris d’assaut
comme à l’accoutumée. Des hordes de mioches s’y esquichaient, comme disait
Magali, l’épuisette en bataille, les bouées de baudruche à la taille, déjà,
prêts à l’immersion, mais « pas trop loin du bord, mon chéri ! ».
Quand nous parvinrent à nous en extraire, les odeurs d’iode et d’ambre solaire vinrent
nous confirmer que la grande ville était loin derrière nous. La villa louée par
Marcel n’en était pas une, plutôt une petite maison de village égarée sur le
front de mer, avec le strict nécessaire pour se laver et cuisiner. Pour l’amour,
il y avait deux chambres meublées sommairement, disposant, néanmoins, de grands
lits propices aux ébats les plus effrénés. Une banquette complice attendait,
dans la grande pièce, de servir d’alibi en cas de visite impromptue d’un membre
de la famille de Marcel. « Où dort ton copain ? ». En prévision,
on revêtit cette couche de fortune de linge de lit prêt à faire illusion. La première nuit, j’eus
bien du mal à m’endormir, tant les cris parvenant de la
chambre voisine m’exaspérèrent. Ou m’excitèrent. Je pensai à Jules, ou, confusément, à Émile. Le lendemain matin, m'asseyant à la grande table vermoulue de la pièce commune, je chantonnais, guilleret, le grand succès de Joséphine Baker. Exténués, les Nathanaël ne firent leur apparition qu'en fin de matinée.
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022-2023
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Sa main fourrageant dans mon pantalon du dimanche, la mienne dans le
sien, ce fut bref, foudroyant. Les flonflons de la fête nous parvenaient,
assourdis, au bas de ce chemin buissonnier que nous avions dévalé, n’y tenant
plus, impatients de laisser déferler cette vague que rien ne pouvait plus
endiguer. Nous mêlions nos semences, nos salives et nos larmes. Nous n’étions
plus de ce monde. Nous nous sommes essuyés avec les pochettes de nos costumes
et Goupil a porté la mienne à son museau, déclarant que ça sentait la fleur de
châtaignier. J’ai fait comme lui de la sienne. Il a dit « Je t’en fais
cadeau » et je l’ai imité. Ce fut notre premier fou-rire depuis la mort de
Clément. « Demain, on ira se balader, on se mettra à poil, on se caressera
pendant des heures et après, on pourra se prendre comme avant, ce sera
magnifique, avait-il proclamé, lyrique. » J’ai répondu qu’à cette idée, je
recommençais à bander et qu’il fallait rejoindre la noce, que l'on pourrait
remarquer notre absence et que « vivement demain ! ». Aux
Aspres, chez cheveux-de-neige, les lumières trouaient la nuit. Depuis combien
de temps n’avait-il pas dormi ?
Ce dimanche-là, notre amour s’était
ragaillardi d’un bain de fraîcheur dans la rivière. Sortant de l’onde, Jules,
campé sur ses jambes d’athlète, exhibait fièrement sa nudité : « Hé,
regarde, c’est autre chose que le corps de ton freluquet de Montpellier, non ? »
Il était si beau que j’eus envie de le manger et de le boire. Comme s’il m’avait
lu, il dit que j’étais beau, moi aussi, mais blanc comme un cachet d’Aspro,
puis il m’étreignit avec force. « À table ! », pensai-je.
Quand nous fûmes rassasiés l’un de l’autre,
mon amoureux, encore haletant, demanda « C’est très loin d’ici, Palavas ?
J’ai envie de voir la mer presque autant que j’ai envie de toi, tout le temps.
Je trouverai un moyen. D’ailleurs, j’ai l’impression que mon paternel va lâcher
du lest : il est revenu tout drôle de sa conversation avec l’instituteur,
au cimetière, et ne m’a plus fait le plus petit reproche, depuis. Je vais me
débrouiller, c’est sûr ! »
Je regagnai Montpellier peu de temps après le mariage pour y apprendre qu’Émile
Boisselier était parti en vacances pour un mois chez une tante qui vivait au
Grau-du-Roi. La journée au grand air de l’Aveyron et notre fringale assouvie m’auraient
permis de résister à la tentation, mais je n’étais pas mécontent de n’y être
point soumis. Mon oncle, aveugle et sourd en ce qui concernait le fils de son
ami Fabre, se réjouissait de notre projet de vacances au bord de la
Méditerranée. J’avais retrouvé les Nathanaël au Colombier où les discussions
politiques étaient plus que jamais à l’ordre du jour. Daladier ne trouvait
grâce aux yeux d’aucun des participants, qui le trouvaient incapable de faire
preuve de fermeté. La suite des événements ne les démentirait pas.
Des
photos furent prises lors du mariage de ma sœur Madeleine. Je les ai pieusement
conservées. Sur l’une d’elles, je suis au premier rang, devant la mairie de
Saint-Jean. Derrière moi s’est glissé Jules Goupil, dans une posture telle que
l’on pourrait croire qu’il a posé sa tête sur mon épaule. Il affiche ce sourire malicieux
qui me faisait fondre. Dans ses yeux, on peut lire sa joie de défier ainsi l’objectif du
photographe. Des miens, au fil des ans, j’ai usé le petit rectangle dentelé. Je
peux rester très longtemps à détailler cette photographie, ne sachant si je
dois rire ou pleurer.
(À suivre)
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Il était peu probable que les villageois
aient lu le roman de Jean Giono Jean le bleu, dont Marcel Pagnol avait
écrit l’adaptation, qu’il tournait depuis le printemps au Castellet avec Raimu,
sous le titre La femme du boulanger. Était-ce la crainte de manquer de
pain, comme dans cette nouvelle dans laquelle le cocu cesse son activité, qui les incita à
assister, en si grand nombre, aux obsèques du jeune Clément ? Le bon sens
paysan leur avait-il chuchoté que l’évènement pouvait se produire ? Toujours
est-il que le ban et l’arrière-ban de Saint-Jean avaient formé un cortège qui s’étirait
de la mairie jusqu’au cimetière, au bas de la rue principale, dans un silence
que rompaient seulement le martèlement des sabots d’un vieux percheron fatigué
d’attendre, entre deux décès, de pouvoir reprendre du service, et le grincement
des roues du fourgon mortuaire dont on usait depuis la fin du siècle précédent.
Si leur Sainte Mère l'Église réprouvait le suicide et ne pouvait accueillir le
défunt entre ses murs, ses fidèles se mêlaient aux bouffeurs de curés dans le défilé
funèbre. Même l’abbé Duquesne en était, revêtu de sa soutane, en civil, en
somme.
Le sort avait voulu, avec cette ironie cruelle qui, souvent, l’inspire, que
la mise en terre de Clément ait lieu une semaine avant le mariage de ma sœur.
Les grandes vacances débutaient dix jours plus tard, mais, grâce à l’intervention
de mon grand-oncle et à mes excellents résultats scolaires, j’avais obtenu de
quitter Montpellier avec quelques jours d’avance et j’étais arrivé juste avant
cette procession surréaliste. Je me revois avec les miens, cheminant sous l’implacable
soleil d’un été tout neuf, ma mère et mon père sincèrement affligés, Madeleine
et son futur, celui-là même qui avait fait la macabre découverte, partagés entre la
douleur du jour et la perspective joyeuse des épousailles.
Jules nous devançait,
encadré par ses parents : mon bel ami, d’ordinaire si vigoureux, si
alerte, ployait sous le poids du chagrin. Le chêne semblait s’affaisser, pliait
à se rompre, vacillait sur sa base, agité par une bourrasque intérieure.
À Saint-Jean, il n’avait plus personne, hormis notre vieil Étienne qui fermait la
marche, arborant son éternel nœud-papillon à pois, claudiquant encore, des
suites de l’accident qui avait failli lui prendre la vie. On se souviendra que
c’est Clément qui l’avait trouvé, inerte, au bas des marches renégates de son
refuge et lui avait prodigué les premiers soins. Leur vieux complice allait
avec dignité, un vague sourire aux lèvres, qui paraissait vouloir faire barrage à
ce torrent de larmes dans lequel il pourrait se noyer sitôt l’intimité retrouvée.
Au cimetière, c’est notre instituteur, Monsieur Benoît, qui prit la parole. La
voix, tout d’abord doucereuse, s’enfla peu à peu. C'était une leçon aux hommes de
mauvaise volonté :
« C’est l’ignorance qui a tué notre Clément. La sienne, quand il a commis
une faute dont il n’a pas mesuré les conséquences ; et la nôtre, surtout. Il
y a quelque temps, je me suis plongé dans mes livres jusqu’à la réponse aux
questions que je me posais sur l’affection dont souffrait ce garçon : qu’était
cette lèpre, cette peau de serpent qui en faisait une sorte de renégat, celui que l'on évitait, qui s’excluait lui-même de notre petite et misérable société ? Cette maladie qui couvrait son épiderme de cette sorte de croûtes dont le nom
savant est squames, s’appelle le psoriasis. Elle atteint un grand nombre de
personnes, de petite condition ou illustres, couvre, selon les cas, une plus ou
moins grande partie de leur corps. Elle peut, ou non, occasionner des démangeaisons,
et nuit gravement à la santé morale de ceux qu’elle affecte. On pense qu’elle n’est
pas héréditaire. Dans tous les cas, elle n’est pas contagieuse. Pas
contagieuse, répéta-t-il en articulant chaque syllabe. S’il a été un gentil
cancre, que je regardais sans égards du haut de mon estrade, ce dont je prie
ses parents de m’excuser, car je me suis beaucoup reproché mon attitude pitoyablement
condescendante, Clément, ces derniers temps, m’avait étonné, enfin curieux,
intéressé quand je parlais des grands auteurs, des savants qui, au fil du
temps, actionnent le moteur du progrès. J’assistais à un prodige qui m’émerveillait.
Monsieur l’abbé, je ne suis qu’un mécréant, et je sais que vous verrez là
quelque miracle divin. Je pense plus simplement que le petit Chaumard a su
écouter et observer les meilleurs d’entre mes élèves, que des conversations
avec les deux seuls qui ne l’ont pas traité en paria, l’ont galvanisé. Je
projetai de le présenter au certificat d’études, lui qui, tant de fois, aurait
mérité de revêtir le bonnet d’âne. Monsieur l’abbé, votre église excommunie les
suicidés. En d’autres temps, on refusait l’extrême onction aux comédiens, on
les enterrait la nuit, comme le grand Molière. Aujourd’hui, votre présence est un signe encourageant. De
la mort que Clément s’est donnée, nous pouvons tous, ici présents, nous sentir
fautifs. Vous devez, nous devons, réfléchir avant de réprouver. Plus jamais
nous ne condamnerons les êtres différents de nous. Adieu Clément. Au nom de
tous, je te demande pardon. »
Le cercueil fabriqué par Goupil père, que les Chaumard avaient voulu blanc, pareil à celui des petits
enfants, glissa dans la tombe. L’une des deux cordes destinées à l’opération
était-elle celle qui l’avait tué ?
Jules s’était redressé pendant le discours du maître. Il me regarda et
je vis qu’il m’adressait un clin d’œil qui ne m’étonna guère, malgré les
circonstances.
Il s’approcha de moi, et me souffla : « Tes parents m’ont invité au
mariage. Je t’aime. »
Non loin de nous, l’instituteur était en vive
conversation avec son père.
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022-2023
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NB : Un regain d'activité professionnelle ne me permettra pas d'écrire la suite avant le lundi 10 juillet.