Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


jeudi 2 février 2023

Tout en longueur

Panique à bord !


Dysfonctionnement : certains lecteurs m'ont fait part, via ma messagerie, de problèmes lors de leur connexion à Gay Cultes.  J'espère que Blogger, qui dépend de Google, va rapidement y remédier. La fréquentation de GC est très affectée par ce dysfonctionnement. Je n'y peux rien, n'étant qu'hébergé. 

Commentaires : Je rappelle que je rédige ce journal sans aucune rémunération et me donne le droit de publier ou non les commentaires. Quand le texte du commentaire me semble dévier le sens d'un billet ou le surligne, je ne publie pas. De même, quand le nom du commentateur est en surbrillance et dirige le lecteur vers un blog ou un site, je ne publie pas : cette "ruse" est parfois utilisée pour diriger vers des blogs qui ne figurent pas dans la liste de blogs "amis" de la colonne de droite. Et c'est moi qui décide d'y intégrer ou non certains blogs. Si vous avez un blog qui a fait ses preuves (pas nouveau, donc), vous pouvez me demander son intégration en m'adressant un courriel.

lundi 30 janvier 2023

Mon amant de Saint-Jean : quelques repères

Claude et Jules, un premier amour

Un lecteur et commentateur fort avisé me faisait remarquer, dans un courrier envoyé à mon adresse de messagerie silvanomangana@gmail.com, que certains épisodes de mon roman "choral" pouvaient être source de confusion pour qui le prend en cours de route, ou, tout bonnement, pour le lecteur qui a occulté de sa mémoire certains événements, lieux et personnages. En plus de soixante épisodes, dont le premier fut présenté ici le 8 novembre 2021 (quelques-uns, de plus, sont tombés dans les limbes de Blogger !), ont été contés des itinéraires de vie en divers lieux lors de l'année 1937 et, actuellement, début 38, dont seul, l'auteur sait - et encore pas tout à fait ! - qu'ils convergeront... un jour.
Pour le moment, voici quelques repères (lieux et personnages principaux) :


Claude Bertrand (le narrateur) et Jules Goupil sont deux adolescents vivant à Saint-Jean, village de l'Aveyron, qu'unit une amitié qui se mue en premier amour. Vivre son homosexualité en France profonde en cette période, on peut rêver plus serein ! Ils bénéficient de la protection d'un vieil excentrique, Etienne Jacob, d'un adolescent marginalisé à cause d'une disgrâce physique nommé Clément Chaumard et d'une "pocharde", Solange Gleize, nouvellement mariée au berger Auguste Delmas.
Septembre 37 : Claude quitte Saint-Jean pour poursuivre ses études au lycée de garçons de Montpellier. Jules, son amant, est "bloqué" au village par un père désireux de le voir travailler au sein de l'entreprise familiale.
À Montpellier, Claude est hébergé par Octave, son grand-oncle, propriétaire viticole et conseiller général radical-socialiste (le gouvernement de la France est, depuis 36, celui du Front Populaire). Dans la grande ville de l'Hérault, il est l'ami de deux "invertis", Marcel et André, que lui a présentés Etienne Jacob et qu'il associe en unité sous l'appellation "Les Nathanaël" (il a lu Gide "sous le manteau").

Au cours d'une grande réunion de scouts en Alsace, Marcel a pris sous sa protection le jeune Roland Siefert qui vit à Neuf-Brisach, et suivrait un itinéraire de vie parallèle à celui du narrateur, si ce n'était qu'il s'est résolu à dissimuler sa différence. L'aîné et le plus jeune entretiennent une correspondance, au cours de laquelle le cadet fait part à Marcel des affres dans lesquelles l'ont plongé la découverte de son identité.
1938 : Roland est à présent lycéen à Colmar et vit dans une pension tenue par la famille Bauer. 

Si les "sudistes" (Claude, Marcel et André) sont des "sans-dieu", ardents défenseurs du "Front Popu'", le petit alsacien, fils d'instituteur, est protestant.
Au lycée de Montpellier, Claude a rencontré Émile Boisselier, issu de la bourgeoisie locale, avec lequel il a une relation charnelle passionnée. Son "amant de Saint-Jean" le sait, l'accepte, affirmant que son amour est si ardent qu'il retrouvera toute sa force dès lors qu'il pourra retrouver Claude. Pour le moment, il fait contre mauvaise fortune bon cœur en attendant de pouvoir s'envoler du nid familial.

Mon amant de Saint-Jean | Épisode 61 : Une chaussette sale

(...) renoncer toujours.

 Colmar, mars 1938

   « Ces deux-là, un jour, on les mariera. »
Au cours de ses vacances hivernales à Neuf-Brisach, Roland a si bien joué le jeu, que Mathilde, plus énamourée que jamais, n’a pu entrevoir ce qu’avait d’artificielle la fleurette que lui contait le lycéen. L’idylle entre la fille du pasteur et le fils de l’instituteur, si normale, si convenable, si plausible, est le gage que le Seigneur fait bien les choses, qui unira un jour, on ne saurait en douter, ces deux beaux enfants, destinés à s’aimer depuis le berceau. Amen.
   Colmar est un paradis propice à l’éclosion d’une vocation, semble-t-il. Tous les jeudis après-midi, après avoir mis la dernière main à ses devoirs, Siefert va regarder un film dans l’une des salles de la ville. La passion, en germe depuis le séjour de l’équipe de Jean Renoir dans sa cité d’origine, ne demande que ces images mouvantes, légèrement granuleuses, ces drames, ces comédies, ces aventures en terre lointaine, pour s’en trouver fécondée. Au Colisée, où le spectacle est permanent, il peut revoir aussitôt le programme du jour, si l’œuvre présentée l’a exalté, bouleversé, l'a transporté au-delà du réel. Pour apercevoir Quirin, son impossible désir, qui jaillit, en uniforme prussien, à la quarante-deuxième minute, et dont l’image s’enfuit presque aussitôt, il a vu quatre fois La grande illusion ! Il sait à présent comment apprécier pleinement le spectacle cinématographique, comme l’amateur d’art a appris à savourer un tableau dans ses moindres détails. Certes, son appétence pour ce que l’on n'appelle pas encore septième art, n’a pas déterminé, pour l’heure, s’il tiendra une caméra, s’il dirigera les vedettes de l’écran, s’il écrira des histoires, mais, sans la confier à quiconque, il a une vision de son destin que rien ne saurait obscurcir.
   Mais bien plus lourd à porter est son vrai secret. Il peut seulement rêver de l’autre Roland, il doit lutter contre cette envie de se rapprocher du jeune gars aux yeux rivés sur l’écran à trois fauteuils d’orchestre du sien, combattre la hardiesse qui lui ferait poser sa main gauche sur la cuisse de son voisin et plus, oh oui, beaucoup plus. Mais il faut renoncer, bien sûr, renoncer toujours.
   Presque chaque nuit, la gorge nouée, il perçoit les mouvements de Georges dans le lit voisin et ses râles spasmodiques. Ce soir, où la lune est pleine, où, effrontée, sa lumière viole l’intimité de leur chambre, il simule le sommeil et ose un regard vers le petit lit où s’agite le camarade. Il n’y tient plus. Lui vient l’idée d’un stratagème. Il se redresse, siffle entre ses dents, adopte un ton rigolard qui ne peut prêter à équivoque : — Hé, Küss, tu ne veux pas que je t’aide, non ?
L’autre s’interrompt, et d’une voix étouffée, lui renvoie la balle habilement lancée :
— Ah ah, salaud, je suis repéré ! Tu vas pas me balancer aux autres, dis ?  
— Tu plaisantes ; tu crois que c’est mon genre ?
— Ne m’dis pas que tu l’as jamais fait. C’est un péché... mais c’est tellement bon, non ? Écoute, fais comme moi, on le fait en même temps, en copains. J’ai un truc : tu prends une chaussette sale et tu jutes dedans. Pas de traces.
Frénétiquement, Roland, sous le rayon de lune complice, extrait une chaussette de la paire de Pataugas au pied du lit.
— Hé, Siefert, tu me préviens quand ça vient, hein ? Et on la boucle, bien sûr, on sera potes.
Pas de traces.
À suivre
©  Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022-2023
Épisodes précédents : cliquer
Si vous êtes perdu(e) : clic

Ah ah, salaud, je suis repéré ! 
Illustrations
1- L'acteur Max Riemelt dans Napola de Dennis Gansel (All. 2004)
2- Archives Gay Cultes (source indéterminée)

dimanche 29 janvier 2023

On est très potes


Je veux être une fleur

Je veux être une fleur est l'histoire d'un garçon qui aime tellement les fleurs qu'il rêve d'en devenir une. La photographe japonaise basée à Paris Yurina Niihara a photographié le mannequin Aljoscha BeiersComposition florale par Chiaki Kokami.
(Via KALTBLUT)








(C'est fou,
j'utilise exactement
le même vernis à ongles
et le même rouge-baiser
que ce monsieur !)


Photographie par Yurina Niihara / www.yurina-photographer.com / Instagram : @yurina.photographer / @Facebook Le
modèle est Aljoscha Beiers

Directeur artistique par Sachiko Maeno / Instagram : @ssaaccoo
Maquillage et coiffure par Lisa Arai / Instagram : @mashumaro_chan

Fleuriste par Chiaki Kokami / Instagram : @lesintimes

Bon
dimanche !

Beatrice Rana : merci, l'Italie !



En la personne de Beatrice Rana, née près de Lecce en 1993, l'Italie nous a fait don d'une très grande pianiste. Son Scarbo (ci-dessus) extrait ô combien périlleux du Gaspard de la nuit de Maurice Ravel, on ne doute pas qu'une grande carrière attend la musicienne trentenaire, déjà lauréate des plus prestigieux concours internationaux, dont le fameux "Van Cliburn".
Allez vous lover dans ses Variations Goldberg de J.S Bach qui vous feront ranger la version Lang Lang parmi les gadgets aussitôt pressés, aussitôt oubliés. 
Dans son répertoire, déjà pléthorique, on écoutera le Concerto en la mineur de Clara Wieck-Schumann, dont voici le 2d mouvement (Romanze) en cadeau bonus (merci qui ?) 

samedi 28 janvier 2023

Rouge et noir

David Mobalaji par Michael Oliver Love
 

Lycéens


Mes personnages du lundi
ne sauraient se risquer à ces démonstrations.

Ennio, avant le cinéma

 Comme explicité dans le beau film Ennio, de Giuseppe Tornatore, le Maestro Morricone se fit tout d'abord un petit nom en devenant l'arrangeur des chansons de la jeune génération de vedettes italiennes, dont Mina (Se telefonando, entre autres). Avant lui, les orchestres se bornaient à accompagner harmoniquement la mélodie. Morricone, comme il devait le faire plus tard au cinéma, bouleversa la façon d'orchestrer. La chanson ci-après, devenue un hit planétaire, lui doit beaucoup :