Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


jeudi 28 mai 2026

Seul sur le sable

Via Richard Stabbert

Albertine, c'est lui !

Il est hors de doute, aujourd'hui, qu'Alfred Agostinelli (1888-1914) est l'inspirateur du personnage d'Albertine, dans À la recherche du temps perdu.
En 1907, l'écrivain tomba éperdument amoureux de ce jeune et beau Monégasque, dont il fit son chauffeur puis son secrétaire particulier.
Après des mois d'une passion boulimique, le jeune Alfred, que le grand homme couvrit de cadeaux et entretint dans le luxe, éprouva le besoin de se libérer d'une emprise devenue suffocante.
Il décida de quitter le volant pour le manche à balai des avions et connut une fin tragique lors d'un vol d'essai à Antibes au terme duquel le fragile aéronef de bois et de toile s'abîma dans la Méditerranée.
Il repose au cimetière de Caucade, à Nice, où la société des amis de Marcel Proust a lancé une collecte pour la remise en état de la tombe de celui qui fut la muse du grand auteur. Proust dit de lui qu'il était, avec son père et sa mère, la personne qu'il avait le plus aimée. 

Une biographie lui a été consacrée par Jean-Marc Quaranta,
l'un des plus fervents admirateurs du grand Proust. 


Proust Marcel, la main dans le... sac

 11 janvier 1918 : descente de police à l’hôtel Marigny tenu par Le Cuziat (une connaissance de proust) sur dénoncition anonyme accusant l’établissement de “faciliter la réunion d’adeptes de la débauche anti-physique”, le bruit court qu’on y consomme de l’alcool après des heures règlementaires et que certains pensionnaires soient mineurs, le commissaire de la brigade des mœurs note la présence de “trois individus aux allures de pédérastes” en train de boire du champagne dans un salon du rez-de-chaussée, le propriétaire Albert Le Cuziat, deux jeunes militaires en convalescence (Léon Pernet et André Brouillet, 22 et 23 ans) et un certain “Proust Marcel, 46 ans, rentier, 102 bd Haussmann”, et dans les chambres plusieurs couples composés de messieurs de la bonne société et de garçons âgés de 17 à 19 ans (dont une jeune algérien pas mobilisable) ; à compter du 2 février 1918 aucun soldat n’a le droit de se rendre à l’hôtel Marigny, ce qui signifie sa ruine écrit Le Cuziat au préfet s’engaeant à modifier les choses, rien n’y fait le 5 mars 1918 Le Cuziat est condamné à 4 mois de prison et 200 francs d’amende pour “excitation habituelle de mineurs à la débauche et vente de boissons après l’heure réglementaire”, Proust n’est pas inquiété et son nom n’est pas diffusé dans la presse ; Le Cuziat fera intervenir des personnalités, Marcel Proust ausi vraissemblablement, le 12 décembre 1918 François Froment-Meurice, honorable membre du conseil municipal de Paris, appuyera la demande de levée de la consigne, celle-ci sera ordonnée le 20 janvier 1919 (Froment-Merurice est beau-frère du jeune et riche Constantin Ullmann, ancien secrétaire et amant de Proust) ; l’affaire ne s’est pas ébruitée, mais en 1919 Paul Morand rédigera une ode assassine, Lampes à arc, à laquelle Proust répondra avec toute l’énergie de la dénégation.

L'hôtel Marigny

mercredi 27 mai 2026

Long comme un jour sans toi

Un Steinway, sinon rien ?

 

Un Bösendorfer "design", vu chez Harrods, à Londres (Silvano)
  Un billet ancien donnait à voir un piano Bösendorfer de facture néoclassique. Mes commentateurs écrivaient combien cette marque prestigieuse était sans égale, les "Steinway" ne faisant pas le poids face à cette Rolls du piano. C'est parfaitement exact : avoir joué un Bösendorfer est une expérience inoubliable.
La suprématie de la marque américaine s'explique : les Steinway de concert sont des instruments de compétition que l'on peut faire régler aisément à convenance, d'une solidité telle que nul massacreur ne peut en venir à bout. Si les Japonais de Yamaha tentent, depuis des décennies, d'enfoncer une brèche dans l'empire Steinway, ils ne sont parvenus qu'à une entaille. Les Nippons ont pourtant mené une politique marketing agressive, allant, par exemple, jusqu'à offrir des pianos à de grands concertistes acceptant, par contrat, de ne jouer que sur des instruments de cette marque. Ce fut le cas, dans les années 60/70, de Georges Cziffra, seul exemple qu'il m'ait été donné de vérifier, mais il y en eut sans doute d'autres.
Choix du piano par Alexandre Tharaud (Silvano)
  Le Festival de piano de La Roque d'Anthéron, en Provence, offre aux pianistes invités la possibilité de jouer sur un piano de leur choix : chaque matin, le concertiste du jour, peut essayer, sur la scène-même du concert, plusieurs pianos. Sur les photos, prises en 2009, les pianistes (Alexandre Tharaud ou Christian Zacharias notamment) pouvaient choisir entre pas moins de sept instruments !
Il n'y avait pas de Bösendorfer (peut-être est-ce un piano trop "précieux" pour subir les assauts d'un virtuose ?), mais étaient représentées les maisons Yamaha, Bechstein (ce n'est pas rien, non plus) et l'inévitable Steinway.
J'écris inévitable, mais c'est "incontournable" qu'il faut dire. Parce que, à chaque fois, c'est le Steinway qu'ont choisi finalement les artistes, à l'issue d'une longue séance d'entraînement.
Certes, un Bösendorfer ou un Fazioli (plutôt bien, Fazioli !) sont des bijoux. Qu'on n'a peut-être pas envie de sortir en toutes circonstances…

Christian Zacharias choisira finalement un Steinway (Silvano)

La facture de piano, c'est du boulot !
Nota
La famille Steinweg était connue en Allemagne pour la qualité de ses pianos.
Les événements révolutionnaires qui soulèvent l’Europe en 1848 affectent le duché de Brunswick et l’un des membres de la famille de Steinweg participe aux mouvements de révolte. Afin d’échapper à l’instabilité politique en Basse-Saxe, Heinrich Steinweg décide d’émigrer avec sa famille vers le Nouveau Monde et s’installe à New York en 1850. Après trois années d’adaptations difficiles, Heinrich fonde sa fabrique de pianos à Manhattan et lui donne son nom anglicisé. "Steinway and Sons" est né.
La filiale européenne se situe à Hambourg.
Une partie de la famille Steinweg est restée en Allemagne et a continué la facture de pianos :
pour la toute petite histoire, je possède un petit piano de la marque Grotrian Steinweg (association de deux grands facteurs allemands) qui a subi mes assauts lorsque j'étudiais au conservatoire. Il a été entièrement restauré et sonne toujours admirablement.

Piano du matin : un bis de haute volée de Yuja Wang

C'est une étude brève de Sibelius
Envolons-nous avec Yuja !

lundi 25 mai 2026

Il fait si chaud

 

Photo Winter Vandenbrinck

Cannes : la joie d'Emmanuel et Valentin


Images France Télévisions

 
Coward est le troisième film du cinéaste belge Lukas Dhont, après les bouleversants Girl et Close, à voir absolument, actuellement sur Arte. J'ai revu Close hier : traiter la tragédie sans pathos est une qualité chez le cinéaste flamand, l'autre résidant dans le choix de ses interprètes. Cela semble être toujours le cas pour son troisième long métrage, dont les deux jeunes acteurs viennent de se voir décerner ex aequo le prix d'interprétation masculine lors du Festival de Cannes qui vient de s'achever. Leur jeu est, dit-on, exceptionnel dans le film qui a obtenu 13 minutes d'ovation debout à l'issue de sa projection au Palais. Emmanuel Macchia, l'introverti, dont c'est le premier rôle, et son partenaire Valentin Campagne, plus exacerbé, mais aussi plus aguerri (on l'a vu dans La venue de l'avenir, de Cédric Klapisch et dans Dossier 137, de Dominik Moll) ont réussi à tisser une complicité amicale pendant le tournage.

 
Il le fallait, puisque, selon Allo Ciné, "le film met en scène 
deux soldats de la Première Guerre mondiale secrètement liés par une passion amoureuse. Sur un champ de bataille ravagé par l'horreur, ils trouvent un espace de liberté qui leur permet d'être eux-mêmes. Avec Coward (Lâche, en français), le réalisateur belge signe son œuvre la plus ambitieuse et déjoue les codes du film de guerre, imposant de nouvelles figures héroïques, masculines, modernes et sensibles."




Voici le premier extrait visible du film, en attendant plus :


Sur YouTube, un extrait d'une émission de France 5, où l'on recevait l'équipe de Coward après la projection au Palais. On y entend un commentaire avisé de Pierre Lescure (regardez Beau Geste, le dimanche sur France 2 !) et une intervention de Thomas Jolly. Lukas Dhont évoque Émilie Dequenne, qui fut l'une des actrices de Close. 
C'est ici : clic.

samedi 23 mai 2026

"Différents des autres", film gay de 1927 presque entièrement sauvé

Voilà qui devrait abonder la thèse en gestation de notre lecteur dont le sujet est représentation de l'homosexualité au 20ᵉ siècle.
C'est un trésor réalisé sous l'égide de Magnus Hirschfeld et de son institut, celui-là même qui s'est battu pour l'abrogation de l'article 175 en Allemagne. Las, 6 ans après, les nazis parvenaient au pouvoir.