Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


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mardi 4 août 2020

Été 85 de François Ozon : trop ou pas assez

"Les histoires d'amour finissent mal en général" chantaient les Rita Mitsouko dans la période.
J'écrivais hier sur la nostalgie, me plaignant qu'elle n'affleure jamais dans le nouvel opus d'un François Ozon dont il n'est pas de bon ton de se dire déçu. Parce que François Ozon a un statut dans le cinéma français, ou peut-être même une statue, indéboulonnable celle-là.
Que le cinéaste de Dans la maison, que je me permets de sacrer "meilleur film" de cette attachante personnalité, que le metteur-en-scène d'un Grâce à Dieu au scalpel, film essentiel, ou de la formidable Potiche, comédie où LA Deneuve révèle ses magnifiques beaux restes, échoue, à mon sens (et je ne suis pas Les Cahiers !), à faire passer l'émotion attendue dans cette histoire d'amour entre deux garçons - oui, ils sont mignons, branle-toi, papy ! - relève de l'inconcevable.
Pour avoir vécu un peu plus qu'intensément cet été-là, j'attendais peut-être trop de la "reconstitution d'époque", un peu moins ardue, pensé-je que celle de La guerre du feu. Las, on n'y est pas vraiment, si ce n'est, côté look, celui de la petite anglaise, très Bananarama, et l'on est très éloigné de celui de Robert Smith dont le Without you se veut étendard sonore de cette pellicule.
Un garçon rencontre un garçon, ils s'aiment, baisent, pour se déchirer enfin dans un drame de la jalousie (vous l'avez ?) qui surgit à la vitesse d'une Suzuki.
Le défaut majeur du film, c'est d'avoir choisi pour donner la réplique à ces deux souriceaux (bien moins bons que la promo nous l'a seriné, au demeurant) des acteurs "aussi souvent vus partout" qu'Isabelle Nanty, sans crédibilité dans le rôle de la mère d'Alexis, ou de Valeria Bruni Tedeschi, un peu moins horripilante qu'à l'accoutumée, il est vrai, dans celui de la mère de David.
Seul, dans les "connus", Melvil Poupaud parvient à faire totalement oublier qu'il est Melvil Poupaud, parce que, voyez-vous, c'est un très grand acteur (cf. Grâce à Dieu, tiens !).
L'appel à des obscurs, voire à des non-professionnels eût été mieux venu, pour redonner au film le réalisme qui lui fait cruellement défaut.
Mais voilà, (je sais, c'est facile) encore fallait-il qu'Ozon l'ose (n'applaudissez pas, c'est nullissime !).
1985, pour moi, c'est l'été des capotes, celui où l'on note, dans un milieu que je ne fréquentais pas vraiment pourtant, d'étranges absences, puis les premières crémations en catimini de garçons rentrés récemment des USA - et, tu sais, on était bourrés on a pas fait gaffe.
Que le sujet ne soit jamais abordé dans Été 85 a de quoi laisser pantois : on parlait déjà beaucoup du fléau, cette année-là, et pas seulement dans Match !
Mais Ozon a peut-être un problème, un vécu, une douleur, respectables avec cette maladie-là, lui dont le personnage principal du Temps qui reste (avec Melvil Poupaud et Valeria Bruni Tedeschi, déjà !) se meurt d'un cancer généralisé, et non du SIDA.
Et, peut-être, aussi, un déficit mémoriel de cette période qui a pour effet que rien ne sonne vraiment juste, en tout cas pour celles et ceux qui l'ont connue.
Il reste cependant, dans ces quelques instants de cinéma pas déshonorants, la scène où David caresse les fesses glabres d'Alexis.
Mais fait-ce (uh uh uh) un grand film ?



Pour moi, 84-85, c'était plutôt cette chanson.
Une homosexualité assumée, à cent lieues d'un Cure pour hétéros efféminés.