Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura
"La gravité est le plaisir des sots"
dimanche 8 mars 2026
Deux garçons à la mer
Concert du dimanche : un trésor !
L'un des géants du piano dans le Concerto nᵒ 2 de Frédéric Chopin,
avec le London Symphony Orchestra dirigé par André Previn.
Lors de ce concert, Rubinstein avait... 88 ans !
Rareté
J'ai retrouvé cette vidéo dans les archives de Gay Cultes.
En ce temps-là, je pouvais enregistrer les vidéos de YouTube.
Ce n'est plus possible aujourd'hui.
Ce court-métrage n'est plus visible sur le fameux support. Vous comprendrez aisément pourquoi, bien que certaines limites ne soient pas franchies.
Bon visionnage, malgré la qualité de ces images retrouvées.
samedi 7 mars 2026
Méprisés et rejetés
Ce roman, écrit par Rose Allatini sous le pseudonyme d'A.T. Fitzroy, est une œuvre majeure de la littérature homosexuelle et pacifiste. Il resta inaccessible aux lecteurs pendant plus de la moitié du XXe siècle : le gouvernement britannique saisit les invendus en 1918 et fit arrêter et poursuivre l'auteure, Rose Allatini, ainsi que l'éditeur, C.W. Daniel, en vertu du Defence of the Realm Act. Ce livre était dangereux à plusieurs égards. Bien que l'auteure ait été poursuivie pour son contenu politique, jugé préjudiciable au moral des troupes, le juge s'attacha également à dénoncer la défense des droits des homosexuels tels que présentés. Vingt ans seulement après le procès d'Oscar Wilde, les homosexuels n'étaient toujours pas autorisés à revendiquer l'égalité. Dans une péroraison à la Wells, vers la fin du livre, qui rappelle son ouvrage « La Nourriture des dieux » et est certainement influencée aussi par « Vers la démocratie » d'Edward Carpenter, Allatini revendique une conscience homosexuelle comme partie intégrante de l'évolution humaine, exigeant non seulement la tolérance, mais encore l'acceptation. Elle assimile la douceur et l'empathie des homosexuels à une aversion innée pour la stupidité destructrice de la guerre. Le système pénal britannique semble avoir en partie partagé son point de vue, considérant les pacifistes et les homosexuels comme des criminels, bons à isoler et à punir. Il n'est sans doute pas fortuit que les peines infligées aux hommes refusant de combattre soient les mêmes que celles infligées aux homosexuels condamnés : emprisonnement, travaux forcés et mauvais traitements de la part des geôliers. Chaque pacifiste était un Oscar Wilde. Écrivant avant que les femmes n'obtiennent le droit de vote en Grande-Bretagne, Allatini nous offre une héroïne lesbienne à l'esprit libre, confrontée à une douloureuse acceptation de soi. Elle dépeint des femmes courageuses qui, faute d'alternatives, deviennent les alliées et les compagnes des pacifistes ; à l'inverse, elle fustige les femmes conventionnelles complices de la fièvre guerrière qui a envoyé leurs fils à une mort absurde dans les tranchées. Plus proche de Dickens que de Virginia Woolf dans sa méthode, Allatini n'en possède pas moins le talent de disséquer la société aveuglée par le patriotisme qui l'entoure. Elle construit son intrigue avec force pour démontrer que, pour la mère anglaise de la classe moyenne, le prix d'un patriotisme aveugle était le redoutable télégramme du front, ou le retour du soldat amputé. Lorsqu'Allatini entre en scène sous les traits de Dennis Blackwood, elle restitue son tourment, et son acceptation de soi, bien plus douloureuse encore, avec une grande justesse. La réticence si typiquement britannique, les esquives, la panique et, finalement, la lucidité, nous font comprendre que celle qui « lui a fait comprendre » était une confidente hors du commun. Ce livre aurait pu sauver des vies s'il avait été disponible avant les émeutes de Stonewall. « Depised and Rejected » a été réédité en 1975 dans la collection « Homosexuality: Lesbians and Gay Men in Society, History and Literature », sous la direction de Jonathan Ned Katz.
Yogh & Thorn Press a réédité l'ouvrage en 2010. Le texte ci-dessus est une adaptation de l'argumentaire.
Une traduction en français serait la bienvenue. Avis aux éditeurs.
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| L'édition de 2010 |
vendredi 6 mars 2026
J'ai une dent contre nous
L'une de mes dents s'est enragée contre moi.
Dès que les antibiotiques feront effet (demain ou dimanche, normalement), je reprendrai ma plume virtuelle.
Silvano
jeudi 5 mars 2026
Nijinsky, l'ange diabolique

L'Après-midi d'un faune.La première photo est ultra-célèbre.
Dans le film d'Herbert Ross, le danseur "jouit" littéralement sur scène.
Fantasme du scénariste ?
La tombe de l'illustre danseur et chorégraphe, au cimetière de Montmarte à Paris, éternellement fleurie.
Immense star, dompteur de foules, il scandalise Paris en interprétant un "faune" ("L'après-midi d'un faune" sur la musique de Debussy) qui révolutionne l'art de la danse (1912).
Le jeune Russe insuffle à son personnage une sensualité quasi animale qui choque les esprits bien-pensants.
Il n'en faut pas plus pour en faire une icône gay dont l'aura a traversé les époques.
Amant de son mentor Serge Diaghilev, il épouse néanmoins Romola de Pulszky en 1913 avant de sombrer définitivement, cinq ans plus tard, dans la folie.
Le cinéma de fiction ne s'empare du mythe qu'en 1980, avec le film d'Herbert Ross "Nijinski", sans grand intérêt, si ce n'est la composition d'Alan Bates en Diaghilev.
Depuis Nijinski, seul Rudolf Noureev connut une gloire comparable.
Un texte de Jean Cocteau :
Nijinsky était d'une taille au-dessous de la moyenne.
D'âme et de corps, il n'était que déformation professionnelle.
Sa figure, du type mongol, était reliée au corps par un cou très haut et très large. Les muscles de ses cuisses et ceux de ses mollets tendaient l'étoffe du pantalon et lui donnaient l'air d'avoir des jambes arquées en arrière. Ses doigts étaient courts et comme tranchés aux phalanges. Bref, on n'aurait jamais pu croire que ce petit singe aux cheveux rares, vêtu d'un pardessus à jupe, coiffé d'un chapeau en équilibre au sommet du crâne, c'était l'idole du public.
Il l'était cependant, à juste titre. Tout en lui s'organisait pour paraître de loin, dans les lumières. En scène sa musculature trop grosse devenait svelte. Sa taille s'étirait (ses talons ne touchant jamais par terre), ses mains devenaient le feuillage de ses gestes, et quant à sa face, elle rayonnait.
Une semblable métamorphose est presque inimaginable pour ceux qui n'en ont pas été les témoins.
Dans Le Spectre de la rose, où il se résumait, il apporta de la mauvaise grâce à partir de 1913. Car la chorégraphie du Sacre scandalisait, et il supportait mal qu'on acclamât l'une et sifflât l'autre. La pesanteur nous habite. Il cherchait sans cesse quelque ruse afin d'en venir à bout.
Il avait remarqué que la moitié du saut qui termine Le Spectre de la rose se perdait, vu de la salle. Il inventa de sauter double, de se nouer en l'air en coulisse et d'y retomber à pic. On l'y recevait comme un boxeur, avec des serviettes chaudes, des gifles et l'eau que son domestique Dimitri lui crachait à la figure.
Avant la première du Faune, à souper chez Larue, il nous étonna, plusieurs jours, par les mouvements de tête d'un torticolis. Diaghilev et Baskt s'inquiétaient, l'interrogeaient, n'en tiraient aucune réponse. Nous apprîmes ensuite qu'il s'entraînait au poids des cornes. Je coterais mille exemples de cette perpétuelle étude qui le rendait maussade et boudeur.
À l'Hôtel Crillon (Diaghilev et lui émigraient d'hôtel en hôtel, chassés par les saisies foraines), il passait un peignoir éponge, en rabattait le capuchon sur sa tête, et notait ses chorégraphies.
Je l'ai vu créer tous ses rôles. Ses morts étaient poignantes. Celle de Pétrouchka où le pantin s'humanise jusqu'à nous tirer des larmes. Celle de Schéhérazade où il tambourinait les planches comme un poisson au fond d'une barque.
Jean Cocteau : La difficulté d'être - Diaghilev et de Nijinski
mercredi 4 mars 2026
Le jeune sportif de Maillol
Un nu particulier : commandé par l’aristocrate allemand Harry Graf Kessler (1868-1937), diplomate et grand esthète de l’Europe fin-de-siècle, Jeune Cycliste constitue une exception révélatrice dans l’œuvre d’Aristide Maillol (1861-1944). Le sculpteur français, connu pour ses figures féminines méditerranéennes, n'avait pas, ou très peu, d’affinité avec le nu masculin – et pourtant, il relève ici le défi lancé par Kessler. Le modèle est Gaston Colin, un jeune cycliste et, selon la rumeur, le compagnon et amant de Kessler.
S’agit-il d’art gay ? Peut-être pas, de par l’identité du sculpteur hétérosexuel ; oui, à travers le prisme du désir et du regard de Kessler. Le sportif cesse d’être un dieu antique ou une allégorie et devient un corps – probablement aimé – dans une Europe qui n’avait pas encore appris à nommer ce qu’elle voyait.
mardi 3 mars 2026
Feu! Chatterton - L'homme qui vient, en direct au Louvre
L’homme qui vient
De la terre y retourne à la fin
Il gagne bien
Péniblement son pain
C’est un vase qu’on brise
C’est une herbe qui sèche
C’est une fleur qui fane
Comme une ombre une brise
Il s’évapore
Vite comme un nuage
Perd le Nord
Au milieu du voyage
S’élève comme la poussière
Puis enfin disparait
Comme une ombre comme un rêve
L’homme qui vient
Il s’est donné du mal
Pour se donner du bien
Il s’est donné du mal
Il s’en est donné plein
Couché sur la surface ocre du désir
D’un même regard saisissant
Le grain de sable de la dune
Et la lune
Apparaissant
Dans le soir naissant
Couché sur la surface plane du désert
D’un même regard embrassant
Le grain de sable de la dune
Et la lune
L’homme qui vient
N’est au courant de rien
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
Rien que du feu
Rien que du feu
Rien que du feu
lundi 2 mars 2026
Zzzzzzzzzzzzzzzzz
dimanche 1 mars 2026
Cadeau musical
Dans cette succession d'œuvres immortelles, l'excellent pianiste Yunchan Lim, enregistré à différentes périodes de sa jeune carrière, honore le dieu Bach. Grâce à eux, je suis certain que vous passerez un beau dimanche :
Des César pas moroses
La cinquante et unième cérémonie des César a été émaillée de moments drôlissimes et menée par un animateur de grande classe, en la personne de Benjamin Lavernhe qui a, entre autres moments, brillamment débuté le programme, allant jusqu'à épater un invité d'honneur maître en la matière, Mister Jim Carrey.

















