Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura
"La gravité est le plaisir des sots"
jeudi 5 mars 2026
Nijinsky, l'ange diabolique

L'Après-midi d'un faune.La première photo est ultra-célèbre.
Dans le film d'Herbert Ross, le danseur "jouit" littéralement sur scène.
Fantasme du scénariste ?
La tombe de l'illustre danseur et chorégraphe, au cimetière de Montmarte à Paris, éternellement fleurie.
Immense star, dompteur de foules, il scandalise Paris en interprétant un "faune" ("L'après-midi d'un faune" sur la musique de Debussy) qui révolutionne l'art de la danse (1912).
Le jeune Russe insuffle à son personnage une sensualité quasi animale qui choque les esprits bien-pensants.
Il n'en faut pas plus pour en faire une icône gay dont l'aura a traversé les époques.
Amant de son mentor Serge Diaghilev, il épouse néanmoins Romola de Pulszky en 1913 avant de sombrer définitivement, cinq ans plus tard, dans la folie.
Le cinéma de fiction ne s'empare du mythe qu'en 1980, avec le film d'Herbert Ross "Nijinski", sans grand intérêt, si ce n'est la composition d'Alan Bates en Diaghilev.
Depuis Nijinski, seul Rudolf Noureev connut une gloire comparable.
Un texte de Jean Cocteau :
Nijinsky était d'une taille au-dessous de la moyenne.
D'âme et de corps, il n'était que déformation professionnelle.
Sa figure, du type mongol, était reliée au corps par un cou très haut et très large. Les muscles de ses cuisses et ceux de ses mollets tendaient l'étoffe du pantalon et lui donnaient l'air d'avoir des jambes arquées en arrière. Ses doigts étaient courts et comme tranchés aux phalanges. Bref, on n'aurait jamais pu croire que ce petit singe aux cheveux rares, vêtu d'un pardessus à jupe, coiffé d'un chapeau en équilibre au sommet du crâne, c'était l'idole du public.
Il l'était cependant, à juste titre. Tout en lui s'organisait pour paraître de loin, dans les lumières. En scène sa musculature trop grosse devenait svelte. Sa taille s'étirait (ses talons ne touchant jamais par terre), ses mains devenaient le feuillage de ses gestes, et quant à sa face, elle rayonnait.
Une semblable métamorphose est presque inimaginable pour ceux qui n'en ont pas été les témoins.
Dans Le Spectre de la rose, où il se résumait, il apporta de la mauvaise grâce à partir de 1913. Car la chorégraphie du Sacre scandalisait, et il supportait mal qu'on acclamât l'une et sifflât l'autre. La pesanteur nous habite. Il cherchait sans cesse quelque ruse afin d'en venir à bout.
Il avait remarqué que la moitié du saut qui termine Le Spectre de la rose se perdait, vu de la salle. Il inventa de sauter double, de se nouer en l'air en coulisse et d'y retomber à pic. On l'y recevait comme un boxeur, avec des serviettes chaudes, des gifles et l'eau que son domestique Dimitri lui crachait à la figure.
Avant la première du Faune, à souper chez Larue, il nous étonna, plusieurs jours, par les mouvements de tête d'un torticolis. Diaghilev et Baskt s'inquiétaient, l'interrogeaient, n'en tiraient aucune réponse. Nous apprîmes ensuite qu'il s'entraînait au poids des cornes. Je coterais mille exemples de cette perpétuelle étude qui le rendait maussade et boudeur.
À l'Hôtel Crillon (Diaghilev et lui émigraient d'hôtel en hôtel, chassés par les saisies foraines), il passait un peignoir éponge, en rabattait le capuchon sur sa tête, et notait ses chorégraphies.
Je l'ai vu créer tous ses rôles. Ses morts étaient poignantes. Celle de Pétrouchka où le pantin s'humanise jusqu'à nous tirer des larmes. Celle de Schéhérazade où il tambourinait les planches comme un poisson au fond d'une barque.
Jean Cocteau : La difficulté d'être - Diaghilev et de Nijinski
mercredi 4 mars 2026
Le jeune sportif de Maillol
Un nu particulier : commandé par l’aristocrate allemand Harry Graf Kessler (1868-1937), diplomate et grand esthète de l’Europe fin-de-siècle, Jeune Cycliste constitue une exception révélatrice dans l’œuvre d’Aristide Maillol (1861-1944). Le sculpteur français, connu pour ses figures féminines méditerranéennes, n'avait pas, ou très peu, d’affinité avec le nu masculin – et pourtant, il relève ici le défi lancé par Kessler. Le modèle est Gaston Colin, un jeune cycliste et, selon la rumeur, le compagnon et amant de Kessler.
S’agit-il d’art gay ? Peut-être pas, de par l’identité du sculpteur hétérosexuel ; oui, à travers le prisme du désir et du regard de Kessler. Le sportif cesse d’être un dieu antique ou une allégorie et devient un corps – probablement aimé – dans une Europe qui n’avait pas encore appris à nommer ce qu’elle voyait.
mardi 3 mars 2026
Feu! Chatterton - L'homme qui vient, en direct au Louvre
L’homme qui vient
De la terre y retourne à la fin
Il gagne bien
Péniblement son pain
C’est un vase qu’on brise
C’est une herbe qui sèche
C’est une fleur qui fane
Comme une ombre une brise
Il s’évapore
Vite comme un nuage
Perd le Nord
Au milieu du voyage
S’élève comme la poussière
Puis enfin disparait
Comme une ombre comme un rêve
L’homme qui vient
Il s’est donné du mal
Pour se donner du bien
Il s’est donné du mal
Il s’en est donné plein
Couché sur la surface ocre du désir
D’un même regard saisissant
Le grain de sable de la dune
Et la lune
Apparaissant
Dans le soir naissant
Couché sur la surface plane du désert
D’un même regard embrassant
Le grain de sable de la dune
Et la lune
L’homme qui vient
N’est au courant de rien
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
À tous les repas il mangera du soleil
Rien que du feu
Rien que du feu
Rien que du feu
lundi 2 mars 2026
Zzzzzzzzzzzzzzzzz
dimanche 1 mars 2026
Cadeau musical
Dans cette succession d'œuvres immortelles, l'excellent pianiste Yunchan Lim, enregistré à différentes périodes de sa jeune carrière, honore le dieu Bach. Grâce à eux, je suis certain que vous passerez un beau dimanche :
Des César pas moroses
La cinquante et unième cérémonie des César a été émaillée de moments drôlissimes et menée par un animateur de grande classe, en la personne de Benjamin Lavernhe qui a, entre autres moments, brillamment débuté le programme, allant jusqu'à épater un invité d'honneur maître en la matière, Mister Jim Carrey.
samedi 28 février 2026
Connor : tout lui va.
Vous l'aurez, un jour, vous l'aurez !
Pas de "César du meilleur acteur" pour le très talentueux Benjamin Voisin.
Il ne fait aucun doute qu'il emportera un jour la précieuse statuette.
jeudi 26 février 2026
Anguille sous roche
Le documentaire en deux parties consacré, sur Arte (bien sûr !) à Giorgia Meloni est d'une qualité exceptionnelle. Il analyse la transformation de l'admiratrice de Mussolini en femme d'état. Mais, sous les apparences médiatiquement lissées se cache une hydre qui, petit à petit, va révéler sa vraie nature. Je tremble à l'idée qu'une telle perversité politique puisse faire son nid en France dans quelques mois. Même si, selon Le Figaro, quotidien conservateur dans toute l'acception du terme : Giorgia Meloni va-t-elle se heurter au rejet de la seule réforme qu’elle est sur le point de porter à son terme ? Les 22 et 23 mars, les Italiens sont appelés à se prononcer par référendum sur une réforme constitutionnelle (scélérate, note de l'auteur du blogue) votée en 2025, mais à une majorité insuffisante pour devenir une loi. Si 50 % des voix exprimées plus une se portent sur le oui, quel que soit le quorum, la réforme passera. Seulement, ce projet, qui porte sur l’organisation de la magistrature telle que prévue par la Constitution, revêt un fort caractère politique dans un pays où les rapports entre les juges et les élus sont extrêmement tendus. C’était la grande réforme dont rêvait Silvio Berlusconi, et qu’il n’est jamais arrivé à mener. À un mois du scrutin, alors que l’affrontement entre le camp du oui et celui du non est à son comble, son issue paraît incertaine.
Ah, si seulement...
Pour regarder le "doc" d'Arte, c'est par là : cliquer
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| Face A, tout sourire |
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| Face B, devant la flamme adaptée du parti fasciste MSI |
mercredi 25 février 2026
Alessandro, joli en "Teddy" ou en "classique"
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| Dans Fabricant de larmes en 2024. Navet dispensable. |
Aperçu dans la série péplum Those About to Die (Prime), le jeune Alessandro Bedetti fait partie de la distribution du Son des souvenirs, film qui sort aujourd'hui dans nos salles obscures.
Voyez, sur le sujet, mon billet d'hier.
Sur la photo, Alessandro porte un Teddy. Ce blouson est toujours très prisé des étudiants américains. J'en avais un quand j'avais sensiblement le même âge.
Aujourd'hui, je serais ridicule avec ce vêtement, même si je m'habille plutôt "jeune".
Passionnant, non ?
























