Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


jeudi 27 février 2025

"Queer", sur nos écrans : belle prise de risque pour Daniel Craig, mais...

Synopsis :
Dans le Mexico des années 50, Lee, un américain, mène une vie désabusée au sein d'une communauté d’expatriés. L'arrivée du jeune Eugène Allerton va bouleverser l’existence de Lee, et faire renaitre en lui des sentiments oubliés.

 L'acteur des James Bond faisant l'amour avec un jeune homme : la scène la plus "hot" du film de Luca Guadagnino laissera pantois les admirateurs de l'acteur britannique, longtemps estampillé 007, bien que le titre du film ne prête guère à confusion.
Ladite séquence n'étonnera pas, concernant un Guadagnino qui filme admirablement les corps masculins, à l'instar de l'Argentin Marco Berger, maître en la matière (Le colocataire, Absent...). Le "jeu de pieds" avant l'amour entre Armie Hammer et Timothée Chalamet dans Call me by your name, belle trouvaille, est d'un érotisme bouleversant.
Pour Queer, Craig évolue de bitures en drogues diverses — au passage, une scène de "shoot" m'a été particulièrement insupportable — dans le Mexico interlope de la moitié du vingtième siècle, jusqu'à sa rencontre avec Eugène, où commence une liaison non dénuée de romantisme au début, pour ensuite s'immerger véritablement dans l'univers de William S. Burroughs dont la lecture du roman éponyme avait provoqué en lui, dès l'adolescence une immense émotion : "J’étais sous le choc, totalement absorbé et investi dans le personnage central de William Lee, le double littéraire de Burroughs. Le puissant désir d’être avec quelqu’un qui me renvoie mon reflet, et avec qui je me sens entièrement connecté".
C'est là que, me concernant, le bât blesse, car l'univers de Burroughs n'a jamais été ma tasse de cappuccino. Le festin nu, porté au cinéma par David Cronenberg en 1992, m'avait mis très mal à l'aise.
Certes, le savoir-faire de Guadagnino s'illustre particulièrement dans l'errance de son personnage principal dans les rues de Mexico et dans la séquence psychédélique, dans la jungle, soutenue par la musique de Nirvana, qui se réfère sans doute au film de Cronenberg.
Le partenaire de Craig est le jeune acteur Drew Starkey, repéré par le cinéaste dans la série pour adolescents Outer Banks pour son ambiguïté. Eugène, le jeune homme plutôt chic et réticent des premières séquences, finira par entretenir une relation fusionnelle avec son amant, allant jusqu'à la désincarnation.
Les scènes de sexe explicites entre les deux hommes sont heureusement empreintes de la tendresse infinie qui préside à leur amour.
C'est l'une des réussites du film, même si je suis sorti de la salle quelque peu hébété, ne sachant si j'avais vu un grand film ou, plus simplement, un "bon" film.
C'est à vous d'en juger.

Daniel Craig et Drew Starkey
Les mêmes, mais pas dans la même situation




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