Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


jeudi 7 mai 2026

Pogo était à Paris

Martha Argerich et son ami Ivo Pogorelich, deux "stars" du piano, devaient se produire ensemble à la Philharmonie. Las, la merveilleuse "Martita" fit défection, victime d'un incident de santé. Que les dieux de la musique la protègent !
Pogorelich se produisit donc en solo et, comme souvent, obtint un véritable triomphe. Ce musicien atypique a un public de fans, dont je suis.
Le court reportage qui suit date de sa précédente prestation, en 2024. À défaut de cerner cette personnalité complexe, il permet de comprendre pourquoi il suscite tant de ferveur.
Après la vidéo, je reproduis le compte rendu du tout dernier concert par Philippe M., professeur.





[Ce salut-plongeon, mains derrière le dos pour faire contrepoids et agripper les partitions qu’il a replacées dans une pochette vinyle, Ivo Pogorelich le réserve à la fin des concerts. Cela ne l’empêche pas de se lever entre chaque morceau pour un salut plus modeste. Personne ne fait plus ça, lui oui. Chaque fois c’est la même ronde : toujours la même négociation avec les accordeurs à l’entracte, toujours le public et la scène éclairés d’une lumière, toujours la queue de pie d’un autre âge dont il fait expertement voler les basques en s’asseyant… Et toujours la pochette vinyle déposée sous le piano, qui donne du fil à retordre à la tourneuse de pages.
Ce rituel immuable assure la continuité des concerts. Pour le reste, impossible de savoir d’avance à quoi s’attendre : si on reconnaitra les morceaux annoncés, quel tempo il adoptera, par quelles humeurs il passera, quels rubatos équilibristes il risquera. Hier, pour un programme Chopin, la deuxième sonate était à pleurer : pas un froufrou de robe romantique sur le plancher, mais un drame indatable, jusqu’à faire gronder le piano comme un synthétiseur au quatrième mouvement, après une marche funèbre tellement méthodique qu’elle fout les jetons.
Là, Pogorelich était sublime. Il ne l’est pas toujours, c’est le jeu. Au début du concert, un prélude et une berceuse sous Lexomil. On s’est réveillé pour le concerto nᵒ 2, version chambriste, avec le quatuor à cordes de la Staatskapelle Berlin. Alors on a pu oublier qu’on avait acheté des billets pour voir deux grands fauves ensemble, pour savoir s’ils pourraient aujourd’hui s’accorder. Argerich a fait défection. Pas grave : c’était tout de même l’un des grands concerts de l’année.]


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