Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


vendredi 15 novembre 2024

Un film très attendu (mais pas partout) !

Queer est le nouveau film de Luca Guadagnino (Call me by your name). D'après les premiers échos, le film est exceptionnel, à la hauteur de l'étonnante performance de Daniel Craig, qui a rangé définitivement, semble-t-il, la panoplie de l'agent 007.
Le film sortira en Italie en février 2025. La date de sortie en France n'est pas encore annoncée.

Daniel Craig dans Queer

À noter :
Les organisateurs du Festival d'Istanbul viennent d'annuler purement et simplement l'événement à la suite de l'interdiction de la projection de Queer par les autorités turques.
Bien fait !

Le baigneur de Corot ?


Jeune baigneur étendu sur la grève -1860 
Un aimable lecteur me remet en mémoire que ce tableau, attribué à Corot, serait en fait dû à Barthélemy Menn (Genève 1815-1893) qui faisait partie du cercle du célèbre peintre. Dont acte.

jeudi 14 novembre 2024

Animal, on est bien


 

Piano du matin : ce stupéfiant pianiste de vingt ans... allume le feu !

Le Coréen Yunchan Lim est-il, à vingt ans, le "plus grand pianiste de l'époque" comme l'écrit le journal britannique The Guardian ?
À dix-huit ans, il a obtenu la médaille d'or du prestigieux concours Van Cliburn, empochant le prix de 100 000 dollars et bénéficiant d'un suivi de carrière, laquelle débutait sous les meilleurs augures.
Ici, dans ces Feux Follets de Franz Liszt, il est époustouflant.
Je vais suivre de près cet incroyable pianiste.

mardi 12 novembre 2024

Ciel gris

Photo Cecilie Harris

Goncourt 2024

 L'écrivain algérien, chroniqueur et journaliste, est né en 1970 à Mostaganem, en Algérien. Il a été élevé par ses grands-parents et a été marqué par la figure de son grand-père qui ne savait ni écrire ni lire mais qui avait toujours un stylo dans son portefeuille.

Piano du matin : un Nocturne de Chopin à toute heure du jour


Très belle interprétation de Vladimir Ashkenazy, qui parvient à réfréner l'emballement que pourrait provoquer l'indication de tempo "doppio movimento" dans la deuxième partie. L'exaltation romantique supposée a fait quelques dégâts dans certaines versions. Pas évident d'être à la fois impétueux et délicat.

Tombe de Frédéric Chopin (1810-1849) au cimetière du Père Lachaise de Paris. 
Le monument (classé "historique") est fleuri jour après jour.
L'humanité lui doit bien ça.

lundi 11 novembre 2024

Préparation

George Thomas Georgiadis (1933 - 2010) Getting ready

Poésie d'automne

 

Già mi parla l’autunno. Al davanzale
buio, tacendo, ascolto i miei pensieri
piegarsi sotto il vento occidentale
che scroscia sulle foglie dei miei neri
alberi solo vivi nella notte.
Poi mi chiudo nel letto. E mi saluta
il canto di un ragazzo che la notte,
immite, alleva : la vita non muta.


L’automne me parle déjà. 
À la fenêtre sombre j’écoute dans le silence mes pensées fléchir sous le vent d’ouest
qui ruisselle sur les feuilles de mes arbres
noires présences seules vivantes dans la nuit.
Puis je m’enferme dans mon lit. 

Salué par le chant d’un garçon que la nuit,
violente, amplifie : la vie ne change pas.

Sandro Penna (1906-1977) 


« Sandro Penna, ce Cavafis italien, net, pur, tendre et sentimental comme un paysage de son Ombrie natale, François d'Assise égaré dans le monde des jeunes garçons, passait au large, sa bouteille de lait sous le bras, dès qu'il apercevait un de ses confrères que sa modestie foncière et son horreur d'être pris pour un homme de lettres obligeaient à fuir.
 »
Dominique Fernandez in Le piéton de Rome (Philippe Rey, éd)

Sandro Penna et Pier Paolo Pasolini
Ph. ©  Mario Dondero
 

"La der des der", disait on.

Nécropole de Douaumont (Meuse)

samedi 9 novembre 2024

Bleu de travail

 

En cette "fin de semaine", comme le disent nos cousins québécois, je publierai fort peu.
J'ai besoin de repos, ce qui arrive à des gens très bien : la preuve !
Bonne fin de semaine, donc !
Malgré le jour férié, je serai là lundi.

jeudi 7 novembre 2024

En souplesse

 

Alex Kose par Sasha Olsen 

En douce

Photo d'Howard Roffman, Amsterdam 1995.

Klaus, fils de Mann : lucide

 Dandy frivole ? Beaucoup mieux. 
Il doit être bien difficile d'être le fils d'un génie, d'un prix Nobel fêté, adulé aux quatre coins de la planète, laquelle est plate et carrée comme chacun sait.
Klaus Mann, fils de l'auteur de la Montagne Magique (qu'il appelait, d'ailleurs, "Le Magicien" !), malgré le poids d'une telle hérédité, sut s'en affranchir le plus souvent et vécut en urgence au cœur des années les plus tourmentées du siècle dernier.
Observant Hitler en 1932 s'empiffrant de tartelettes dans une pâtisserie munichoise, il sut immédiatement à quel monstre le monde aurait affaire peu de temps après.
La lucidité n'est pas la moindre des qualités de cet homme qui dévora la vie en dandy d'apparence, débauché magnifique, amateur de substances illicites et de beaux garçons, qui sut dans le même temps écrire des ouvrages aussi importants que Mephisto ou ce Tournant, journal intime qui est un précieux témoignage sur le monde en éruption où le "fils de…" parle finalement peu de lui, préférant raconter ce qu'il vit, dont ce voyage insensé avec sa sœur Erika, aussi "dingue" que lui, si proche qu'ils se prétendirent jumeaux !
Klaus Mann voit arriver le nazisme et sera l'un des premiers intellectuels à s'expatrier, peinant à convaincre l'illustre géniteur d'en faire autant : ce personnage que l'on dépeint longtemps comme frivole, eut la vision de ce qui allait advenir, du cataclysme qu'il sut prévoir quand d'autres pensaient que le nazisme ne serait qu'épisode sans lendemain.
Déjà, bien avant l'exil, le jeune Mann eut la "bougeotte", parcourant l'Europe, les USA, le Japon, le plus souvent en compagnie de son inséparable Erika, laquelle finit par épouser un "grand" acteur allemand, un pleutre qui se compromit par la suite avec le régime hitlérien.
Au gré de ses pérégrinations, K. Mann rencontra les grands hommes de son temps, notamment à Paris, sa ville préférée, où il fréquenta René Crevel qui le fascinait, Jean Cocteau, et André Gide qu'il admirait plus que tout : les pages qu'il lui consacre dans "Le tournant" cernent avec une grande acuité le personnage et l'homme Gide dont il fit son modèle.
C'est dans les camions de l'armée américaine que Klaus Mann reviendra dans son pays natal.
Parti pour les États-Unis en 1938, l'Allemand déchu de sa nationalité dès 1934, avait acquis le statut de citoyen tchécoslovaque l'année suivante.
Après la guerre, cet inlassable pourfendeur du IIIᵉ Reich connut une lente descente dans l'enfer de la drogue.
C'est à Cannes qu'il mit fin à ses jours - ou succomba à une surdose de somnifères ? -  le 21 mai 1949.
Peu de temps après, le père illustre écrivit à Hermann Hesse (qu'il faut lire et relire !) :
« Mes rapports avec lui étaient difficiles et point exempts d'un sentiment de culpabilité puisque mon existence projetait par avance une ombre sur la sienne [...]. Il travaillait trop vite et trop facilement. »
Klaus Mann donna cependant la preuve qu'on peut être un esthète, un prétendu "dilettante" tout en étant doué d'une réelle profondeur de jugement.
Silvano

Thomas Mann et les siens à Nidden.
Klaus est le 4ᵉ en partant de la gauche.


À lire absolument : Klaus Mann | Le Tournant - Histoire d'une vie (Babel)


Rediffusion d'un billet de 2011. (Comme le temps passe…)

mercredi 6 novembre 2024

Promo : 2 paires pour le prix d'une

Bien balancé

Piano du matin : "Slava" le grand !

Prophétique ?

Georges Pérec visionnaire ! Ce texte — avant-propos de "La disparition", écrit en 1967, fait froid dans le dos, amenant à une réflexion sur l'époque actuelle. Si certains veulent prendre le temps de le lire, ils ne manqueront pas de faire la relation :

 " Où l'on saura plus tard qu'ici s'inaugurait la Damnation

Trois cardinaux, un rabbin, un amiral franc-maçon, un trio d'insignifiants politicards soumis au bon plaisir d'un trust anglo-saxon, ont fait savoir à la population par radio, puis par placards, qu'on risquait la mort par inanition. On crut d'abord à un faux bruit. Il s'agissait, disait-on, d'intoxication. Mais l'opinion suivit. Chacun s'arma d'un fort gourdin.

« Nous voulons du pain », criait la population, conspuant patrons, nantis, pouvoirs publics. Ça complotait, ça conspirait partout. Un flic n'osait plus sortir la nuit. À Mâcon, on attaqua un local administratif. À Rocamadour, on pilla un stock : on y trouva du thon, du lait, du chocolat par kilos, du maïs par quintaux, mais tout avait l'air pourri. À Nancy, on guillotina sur un rond-point vingt-six magistrats d'un coup, puis on brûla un journal du soir qu'on accusait d'avoir pris parti pour l'administration. Partout on prit d'assaut docks, hangars ou magasins.

Plus tard, on s'attaqua aux nord-africains, aux noirs, aux juifs. On fit un pogrom à Drancy, à Livry-Gargan, à Saint-Paul, à Villacoublay, à Clignancourt. Puis on massacra d'obscurs troufions, par plaisir. On cracha sur un sacristain qui, sur un trottoir, donnait l'absolution à un commandant C.R.S. qu'un loustic avait raccourci d'un adroit coup de yatagan.

On tuait son frangin pour un saucisson, son cousin pour un bâtard, son voisin pour un croûton, un quidam pour un quignon.

Dans la nuit du lundi au mardi 6 avril, on compta vingt-cinq assauts au plastic. L'aviation bombarda la Tour d'Orly. L'Alhambra brûlait, l'Institut fumait, l'Hôpital Saint-Louis flambait. Du parc Montsouris à la Nation, il n'y avait plus un mur d'aplomb.

Au Palais-Bourbon, l'opposition criblait d'insultants lazzi, d'infamants brocards, d'avilissants jurons, un pouvoir qui s'offusquait sous l'affront, mais s'obstinait, blafard, à amoindrir la situation. Mais tandis qu'au Quai d'Orsay on assassinait vingt-trois plantons, à Latour-Maubourg, on lapidait un consul hollandais qu'on avait surpris volant un anchois dans un baril. Mais tandis qu'à Wagram on battait jusqu'au sang un marquis à talons nacarat qui trouvait d'un mauvais goût qu'on pût avoir faim alors qu'un moribond lui suppliait un sou, à Raspail, un grand Viking au poil Uond qui montait un canasson pinçard au poitrail sanglant, tirait à l'arc sur tout individu dont l'air l'incommodait.

Un caporal, qu'affolait soudain la faim, volait un bazooka puis flinguait tout son bataillon, du commandant aux soldats ; promu aussitôt Grand Amiral par la vox populi, il tombait, un instant plus tard, sous l'incisif surin d'un adjudant jaloux.

Un mauvais plaisant, pris d'hallucinations, arrosa au napalm un bon quart du Faubourg Saint-Martin. A Lyon, on abattit au moins un million d'habitants ; la plupart souffraient du scorbut ou du typhus.

Pour un motif inconnu, un commis municipal aux trois quarts idiot consigna bars, bistrots, bil- lards, dancings. Alors la soif fit son apparition. Par surcroît, mai fut brûlant : un autobus flamba tout à coup ; l'insolation frappait trois passants sur cinq.

Un champion d'aviron grimpa sur un pavois, galvanisant un instant la population. Il fut fait roi illico. On l'invita à choisir un surnom sonnant ; il aurait voulu Attila III ; on lui imposa Fantomas XVIII. Il n'aimait pas. On l'assomma à la main. On nomma Fantômas XXIII un couillon à qui l'on offrit un gibus, un grand cordon, un stick d'acajou à cabochon d'or. On l'accompagna au Palais-Royal dans un palanquin. Il n'y arriva jamais : un gai luron, criant « Mort au Tyran ! À moi, Ravaillac ! » l'ouvrit au rasoir. On l'inhuma dans un columbarium qu'un commando d'ahuris profana huit jours durant sans trop savoir pourquoi.

Plus tard, on vit surgir un roi franc, un hospodar, un maharadjah, trois Romulus, huit Alaric, six Atatürk, huit Mata-Hari, un Caïus Gracchus, un Fabius Maximus Rullianus, un Danton, un Saint-Just, un Pompidou, un Johnson (Lyndon B.), pas mal d'Adolf, trois Mussolini, cinq Caroli Magni, un Washington, un Othon à qui aussitôt s'opposa un Habsbourg, un Timour Ling qui, sans aucun concours, trucida dix-huit Pasionaria, vingt Mao, vingt-huit Marx (un Chico, trois Karl, six Groucho, dix-huit Harpo).

Au nom du salut public, un Marat proscrivit tout bain, mais un Charlot Corday l'assassina dans son tub.

Ainsi consomma-t-on la liquidation du pouvoir : trois jours plus tard, un tank tirait du quai d'Anjou sur la Tour Sully-Morland dont l'administration avait fait son bastion final ; un adjoint municipal monta jusqu'aux toits ; il apparut, agitant un fanion blanc, puis annonça au micro l'abdication sans condition du Pouvoir Public, ajoutant aussitôt qu'il offrait, quant à lui, son loyal concours pour garantir la paix. Mais son sursaut fut vain, car, sourd à son imploration, l'imposant char d'assaut, sans sommation ni ultimatum, rasa jusqu'aux fondations la Tour. Quant au soi-disant dispositif martial qu'on instaura sous l'instigation d'un grand nigaud à qui la garnison avait imparti tout pouvoir, il fut d'autant plus vain qu'il aggrava la situation.

Alors ça tourna mal. On vous zigouillait pour un oui ou pour un non. On disait bonjour puis l'on succombait. On donnait assaut aux autobus, aux corbillards, aux fourgons postaux, aux wagons-lits, aux taxis, aux victorias, aux landaus. On s'acharna sur un hôpital, on donna du knout à un agonisant qui s'accrochait à son grabat, on tira à bout portant sur un manchot rhumatisant. On crucifia au moins trois faux Christ. On noya dans l'alcool un pochard, dans du formol un potard, dans du gas-oil un motard.

On s'attaquait aux bambins qu'on faisait bouillir dans un chaudron, aux savoyards qu'on brûlait vifs, aux avocats qu'on donnait aux lions, aux franciscains qu'on saignait à blanc, aux dactylos qu'on gazait, aux mitrons qu'on asphyxiait, aux clowns, aux garçons, aux putains, aux bougnats, aux typos, aux tambours, aux syndics, aux Mussipontins, aux paysans, aux marins, aux milords, aux blousons noirs, aux cyrards.

On pillait, on violait, on mutilait. Mais il y avait pis : on avilissait, on trahissait, on dissimulait. Nul n'avait plus jamais un air confiant vis-à-vis d'autrui : chacun haïssait son prochain. "
Georges Pérec

Note (mercredi 5 novembre)
J'ai programmé ce texte hier.
Je ne savais alors à quel point il se justifierait aujourd'hui.

mardi 5 novembre 2024

Friedrich Wilhelm Murnau : du vilain Nosferatu aux anges de Hollywood



Quatre photos de Murnau, Hollywood à la fin des années 20.

La chaîne OCS diffuse actuellement, pour ses abonnés, le film (2023) de Jean-Frédéric Thibault Murnau, dans l'ombre de Nosferatu.
On sait que le cinéaste Friedrich Wilhelm Murnau, l'un des maîtres de l'expressionnisme allemand d'avant-guerre (Nosferatu, L'aurore...), aimait les garçons, qu'il se plaisait à fixer sur pellicule dans le plus simple appareil (voir ci-dessus).
Murnau mourut en 1931 à l'âge de 42 ans dans un accident de voiture en Californie.
Glaçante anecdote, le caveau de la famille Murnau fut profané en juillet 2015 ; le gardien du cimetière de Stahndorf (environs de Berlin) constata que le crâne du créateur de Nosferatu avait été dérobé !


Murnau en action

Bonus :
deux photos extraites de Tabou, tourné à Bora Bora peu avant la mort du cinéaste.
Ce très beau film raconte l'histoire d'un pêcheur de perles
amoureux d'une jeune fille destinée au sacrifice.
Où l'on voit que Murnau sut choisir ses acteurs (non-professionnels)
avec un goût très sûr :



 

In Le dernier des hommes / Der letzte Mann - F.W Murnau 1924

lundi 4 novembre 2024

Déjeuner du matin

*
Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuillère
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré

Jacques Prévert

* Le choix de l'illustration pourra sembler curieux aux exégètes de Prévert. 
Pas à vous, n'est-ce pas ?
Le poète avait tellement d'humour qu'il m'étonnerait qu'il en fût choqué.