Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


vendredi 14 octobre 2022

Je vais à Rio

Lea Duque : Leblon, Rio De Janeiro, Brazil

 

Mon ange à moi


Une amie me demande quels sont ses défauts.
Je sèche, car il est : beau, gentil, doux, prévenant, attentif, généreux, cultivé, talentueux, gourmet, organisé, présent même quand il est loin, réactif, disponible, raisonnable, vigilant, aimant. 

jeudi 13 octobre 2022

Eaux la la !

Bel endormi

Photo Robert Vano

 

Se bonifient en vieillissant (Poussez les meubles !)


De temps à autre, pour changer de la musique dite "classique", une excursion dans un autre univers : des titres indémodables qui me donnent des fourmis dans les jambes.
Dans le même esprit que The Bottle, un bon vieux Stevie Wonder que vous pourrez chanter tout en remuant : il y a le texte !

mercredi 12 octobre 2022

Sobriété


L'heure est à la sobriété.
Au bain, on préfèrera la douche.
Ces jeunes gens ont trouvé une solution :
un bain à deux. Sans eau, semble-t-il.
N'exagérons rien.

Nostalgie

 

Dresde, Allemagne




Un cinéma fermé me remplit de tristesse.
Je crains que, vu l'état de la fréquentation,
beaucoup de salles, et de plus récentes,
ne soient contraintes d'éteindre leurs écrans
dans les mois qui viennent.

Humour potache

 

lundi 10 octobre 2022

Et notre amour se fit

Photo Pasquale Autorino

X


Mon amant de Saint-Jean | Épisode 48* : Nous étions beaux.

   

(...) nous avions oublié qu’il y avait un lit pour nous accueillir

   Sous le tricot de fine laine que je le priai d’ôter, une fine chemise gris perle à col officier. Je m’approchai et entrepris d’en défaire les boutons un à un, méthodiquement, avec une lenteur très étudiée, affectant un flegme censé faire illusion. Intérieurement, j’étais au supplice. J’avais hâte, mais je devais adopter la tranquille assurance qui sied à un maître de cérémonie. Mon partenaire de jeu n’était pas dupe du simulacre, que je sentais frémir sous mes doigts, qui maintenant gardait un silence qu’un léger souffle troublait à peine, saccadé, soudain, quand j’écartai les pans de la chemise. Devant ce corps à demi dévoilé, que nul, avant moi, n’avait effleuré, j’étais déjà au bord de l’ivresse. Un bref instant, fulgurant, je pensai à Jules, que je n’avais jamais regardé avec la même attention. J’avais l’impression que c’était pour moi une nouvelle première fois. Je continuai aussi lentement que possible la mise au jour de ce corps qui se révélait harmonieux, sans défaut, un cadeau du ciel ou de l’enfer. Pas de ceinture autour du pantalon, juste une agrafe qui n’opposa aucune résistance, un bouton, une fermeture Éclair et le glissement de l’étoffe le long des jambes, – ne pas s’attarder tout de suite à l’endroit où culminait le désir – la découverte des cuisses, une hésitation aux genoux, et enfin, le pantalon chiffonné, à terre, et, tout là-haut, le dégager de sa chemise et le contempler après qu’il eut fait disparaître, comme par magie – où étais-je, en cet instant, comme désincarné ?– le caleçon de coton écru, dernière pièce de tissu à libérer pour que s’achève mon œuvre. « Tu sais, il n’y a que ma mère qui m’a vu entièrement nu jusqu’ici. Et je n’étais pas bien vieux ! » souriait-il. « Tu n’as pas honte de rester habillé ? ». — Pardi ! je vais me débarrasser de tout ça en un clin d’œil ! » et je me retrouvai nu, moi aussi, debout à côté de lui. Nos chairs électriques enfin réunies, cette sensation de nous fondre l’un dans l’autre nous étourdissait au point que nous avions oublié qu’il y avait un lit pour nous accueillir, un lit d’amour, déjà, celui où Marcel et André nous avait maintes fois précédés. Il tenta un baiser pour que la fusion soit totale : « Tssst, sifflai-je, il y a tant de recoins où poser nos lèvres. » Et notre amour se fit. Pas de heurts, des caresses. Et l’extase démultipliée à la vue de nos corps se reflétant dans le grand miroir fixé à la porte d’entrée, face au lit où, enfin, nous nous étions emboîtés ; mais l’on aurait pu continuer debout, dans le fauteuil Voltaire, sur le bureau de Marcel, sur le parquet de chêne fatigué, tant notre appétit de l’autre abolissait toute raison. Nous étions beaux. Ce fut dit mille fois : « Tes fesses sont belles – Les tiennes aussi, que je peux chérir, regarde : je les parcours doucement, je les empoigne, je les couvre de baisers – Et nos verges, vois-les, jumelles, qui se marient ! Je ne peux plus attendre, on va se mélanger. » Qui avait parlé ? Nous nous confondions. De maître, je devins esclave, me livrant à lui, enfouissant en moi sa jeune et grandiose virilité. Au premier assaut, je crus m’évanouir. Il en prit peur, voulut se dégager. Je m’y refusai, car il y a des maux qui font du bien. « Sois doux, je m’habitue, j’aime, maintenant » le rassurai-je. Le moment qu’il avait tant espéré arriva. Il jouit dans un cri que j’étouffai de ma main, comme je l’avais fait de mes gémissements de joie quand il me taraudait. L’acte était accompli et nous restions soudés l’un à l’autre, nos fluides intimement partagés. Émile se détacha de moi pour me dévorer de baisers et se mit en devoir de laper, comme un chiot, les preuves de notre félicité. L’homme-enfant m’examinait à présent, ivre de gratitude.

   –  Tu as vu, on ne s’est pas embrassés, plaisantait-il ! Il est presque six heures. Je ne dois plus penser à ce qui vient d’arriver, sinon je vais avoir encore envie. Au moment où…, j’ai failli dire je t’aime, c’est tout. J’ai tenu promesse, tu vois. Tu as aimé, ça ne ment pas. Tu regrettes pas ? Tu vas le lui dire ? On le refera ?
– Oui, j’ai aimé. Non, je ne regrette pas. Oui, je lui dirai, parce que c’est autre chose, il comprendra. Je ne sais pas si je pourrai le refaire… avec lui.
C’était lui donner à espérer, je le savais. Je m’en voulais de réagir impulsivement. Mais j’étais tellement sincère. Sous l’empire de ma sensualité, j’étais désarmé. Je savais que ce garçon trop joli – et si doué pour l’amour, de surcroît – m’avait en quelque sorte ensorcelé. Je m’étais donné entièrement. Je n’avais pas goûté aux délices de la chair depuis si longtemps, me disculpai-je. C’était sa première fois et il était heureux. J’avais une responsabilité à assumer. J’étais éparpillé.
   Je n’eus pas à remettre les clés au gardien : André Foulques sortait du Théâtre quand j’y arrivai encore chancelant. Pas de questions, pas la moindre allusion. Simplement « Tu es à l’heure, ça fera plaisir à Marcel ». Je m’amusais in petto que les deux « vieux » allaient sans nul doute défaire à nouveau le petit lit le soir même. Je les enviais d’avoir toute la nuit pour eux. Après le repas du soir, pendant lequel Magali me dévisagea comme si j’étais un homme nouveau, j’écrivis une longue lettre à Jules. Comme toujours, c’était une lettre d’amour.
(À suivre) 
©  Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022
Épisodes précédents : cliquer

* La division en chapitres n'est pas encore définie. J'ai jugé préférable de numéroter les épisodes depuis le premier, qui fut publié le 8 novembre 2021. Si l'envie vous venait de remonter le temps (en cliquant sur le libellé Mon amant de Saint-Jean), vous constaterez que quelques épisodes sont manquants. Les résumés (je n'en fais plus : ils seraient plus longs que le texte de la semaine) publiés précédemment aideront à reconstituer la narration. Enfin, pour les "nouveaux", je rappelle que j'écris les épisodes au fur et à mesure (la veille ou l'avant-veille, en général). Comme je l'avais fait pour Tombe, Victor !, l'ensemble sera retravaillé par la suite. Pour l'heure, je me laisse porter par l'histoire, comme vous.
Silvano/Louis 



Satisfait

" Chapeau, petit puceau, bien joué ! "
(épisode 30, chapitre 2, du feuilleton)

dimanche 9 octobre 2022

(Très) Grasse matinée


 


Tu as vu l'heure ?

C'est dimanche, on se détend


 Demain, l'auteur de Mon amant de Saint-Jean se lâche !
Bon dimanche, en attendant !

Alexander, Salle Gaveau, et bien...

   Les tournées sont éreintantes même quand on a 21 ans. Ainsi, notre aimable Alexander Malofeev enchaîne-t-il les récitals ; peut-être un peu trop. La veille, il était à Amsterdam, et lundi dernier, à Paris, dans une salle Gaveau pas vraiment bondée : le lundi soir n'est pas l'idéal pour un pianiste qui a la faveur d'un jeune public qui "a école (ou collège, ou lycée) " le lendemain, et pas question pour les parents de déroger. J'avais fait circuler l'information et c'est ce que l'on m'avait rétorqué. De plus, maintenant, à Paris, c'est la Philharmonie qui attire les foules. Depuis que la Salle Pleyel n'accueille plus de "classique", subsiste cette salle Gaveau où l'on constate, oui, qu'il n'y a pas d'eau dans le lavabo des toilettes, ni de savon, qu'une ampoule sur deux a rendu l'âme : normal, c'est pour les prolos du deuxième balcon, on verra plus tard. Bref, on n'est pas dans les meilleures dispositions pour applaudir notre petit pianiste. C'est une production extérieure à la salle, dont les responsables doivent encore se demander s'il était judicieux de louer ce lieu où l'on ne maîtrise pas, semble-t-il, allumage et extinction des lumières de salle. En résumé, on met sur scène, dans des conditions aléatoires, ce phénomène que l'on accueille actuellement partout avec des fleurs. À Paris, capitale de la France, pour les fleurs, tintin ! Nous prenons l'ascenseur avec de très vieilles personnes dont on se dit, sans méchanceté aucune, qu'elles seraient mieux au chaud, à la maison, avec une bonne tisane. Et vous verrez un peu plus loin que j'avais comme un pressentiment. Avec vingt bonnes minutes de retard, car la ponctualité n'est pas la première qualité d'un public parisien que l'on dit exigeant... vis-à-vis d'autrui, notre jeune pianiste russe qui a eu bien des soucis ces temps derniers - on sait pourquoi  - peut enfin commencer son récital. Disons-le, pourquoi diable fait-il (ou fait-on pour lui) ce choix de deux sonates "tubes" de Beethoven ? Sa Clair de lune est déroutante, calamiteuse par moments - ah, ce premier mouvement ultra-galvaudé joué en marche funèbre, et la suite à l'avenant, bref sans intérêt - qui souffre de la comparaison avec tant d'interprétations inoubliables (Brendel, Nat, Barenboim, Kovacevitch, et j'en oublie deux cents !). Suit La tempête, hit incontournable (qu'il eut mieux fait de contourner, selon moi) : trois mesures et brouhaha dans la salle ; une vieille dame (celle de l'ascenseur) est prise d'un malaise qui semble grave. Interruption, éclats de voix, on cherche un médecin et, en fin de compte, on évacue la pauvre femme comme un paquet, sans tenir compte des précautions élémentaires. Lumière de salle rallumée, après cinq longues minutes d'hésitations - 'y a-t-il quelqu'un en régie ? -, et notre pauvre pianiste désemparé, debout, au bord de la scène, ne parlant pas le français, que personne, en coulisses, ne songe à raccompagner en loge. On finit par l'évacuer, le temps que revienne le silence pour lui permettre de recommencer cette grande sonate qui, sous ses doigts, ne restera pas d'anthologie, c'est le moins que l'on puisse dire. Entracte.
Ouf, la musique russe (la redoutable Sonate de Medtner et les magnifiques Études Tableaux de Rachmaninov) nous rendent l'impressionnant Malofeev, dans un répertoire qui lui convient cent fois mieux. On est (enfin !) subjugués : technique incroyable, palette de nuances, phrasé, bref tout ce qui faisait défaut dans le Beethoven de la première partie, nous confirment le talent exceptionnel de ce "gamin". Tout ça entériné par une impressionnante suite de "bis" avec des œuvres qui semblent avoir été écrites pour lui : des Russes, certes (Prokofiev, Tchaïkovski, mais aussi un Liszt , Mazeppa casse-gueule dont il se joue avec une aisance admirable). Gentil, humble, heureux de jouer, Sacha répond aux rappels avec une belle générosité. Il termine avec élégance par la Danse de la fée dragée de Casse Noisettes, transformant le piano en célesta : après les ouragans de Prokofiev, la grâce absolue, une sonorité rarissime.  Ne manque, au minimum, qu'un beau bouquet de fleurs, comme à Milan, Tokyo, Montréal, Amsterdam, Verbier... Paris manque de classe, c'est énervant, voire humiliant.

Pour l'heure, sur sa page Facebook, on célèbre les deux concerts précédents, Amsterdam et Frankfurt. M'étonnerait que Paris y figure...

Ailleurs...

Hier, soirée sympa entre amis