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| Cesar Daniel |
douce
sera
la
chute.
Dans les textes commentant, il y a peu, une prestation des frères Jussen, jeunes pianistes hollandais des plus charmants, on trouvait une critique de la manière dont leurs visages ressentaient la beauté de l'œuvre qu'ils interprétaient : Schafe können sicher weiden, de Jean-Sébastien Bach, en l'occurrence.
En réaction à ces commentaires, mon ami Bernard Pignero*, écrivain, m'a envoyé un courriel dont je vous donne l'essentiel :
« En regardant Lucas Debargue jouer la Méphisto valse N°1 sur YouTube, je constatais une fois de plus que je ne connais rien de plus émouvant que les expressions du visage d’un pianiste qui vit la musique qu’il joue. En plus, ça ne gâte rien s’il est aussi joli que le jeune Lucas, avant qu’il ne s’essaye à une moustache et une barbiche ridicules, ou s’il a la bouille de bébé du jeune Daniil Trifonov avant qu’il ne se laisse embroussailler par une barbe de clochard (mais qu’ont-ils donc, tous ces jeunes pianistes ? Leur prodigieuse virtuosité ne suffit-elle pas à calmer leurs doutes sur leur virilité ?). En fait, ce qui se lit sur leurs visages, c'est précisément le mystère de la musique : ce qui fait qu’elle nous comble sans que nous puissions l’expliquer et encore moins l’exprimer par des mots.
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| Lucas Debargue |
Autant certes la femme gagne
À faire l’amour en chemise,
Autant alors cette compagne
Est-elle seulement de mise
À la condition expresse
D’un voile, court, délinéant
Cuisse et mollet, téton et fesse
Et leur truc un peu trop géant.
Ne s’écartant de sorte nette,
Qu’en faveur du con, seul divin,
Pour le coup et pour la minette,
Et tout le reste, en elle est vain
À bien considérer les choses,
Ce manque de proportions,
Ces effets trop blancs et trop roses…
Faudrait que nous en convinssions,
Autant le jeune homme profite
Dans l’intérêt de sa beauté,
Prêtre d’Éros ou néophyte
D’aimer en toute nudité.
Admirons cette chair splendide
Comme intelligente, vibrant,
Intrépide et comme timide
Et, par un privilège grand
Sur toute chair, la féminine
Et la bestiale — vrai beau ! —
Cette grâce qui fascine
D’être multiple sous la peau
Jeu des muscles et du squelette,
Pulpe ferme, souple tissu,
Elle interprète, elle complète
Tout sentiment soudain conçu.
Elle se bande en la colère,
Et raide et molle tour à tour,
Souci de se plaire et de plaire,
Se tend et détend dans l’amour.
Et quand la mort la frappera
Cette chair qui me fut un dieu,
Comme auguste, elle fixera
Ses éléments, en marbre bleu !
Paul Verlaine, in Hombres (Poème X)
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| L.Bernstein et G.Gould en répétition |
Le grand Lugansky au Festival de Verbier, été 2008
"Je fus sauvé par un chat. Son museau apparut brusquement devant moi entre les bûches, et nous nous regardâmes un instant avec étonnement. C'était un incroyable matou pelé, galeux, couleur de marmelade d'oranges, aux oreilles en lambeaux et avec une de ces mines moustachues, patibulaires et renseignées que les vieux matons finissent par acquérir à force d'expériences riches et variées.