Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


lundi 17 mars 2025

Éloge de la mauvaise musique

Détestez la mauvaise musique, ne la méprisez pas. Comme on la joue, la chante bien plus, bien plus passionnément que la bonne, bien plus qu'elle s'est peu à peu remplie du rêve et des larmes des hommes. Qu'elle vous soit par là vénérable. Sa place, nulle dans l'histoire de l'Art, est immense dans l'histoire sentimentale des sociétés. Le respect, je ne dis pas l'amour, de la mauvaise musique, n'est pas seulement une forme de ce qu'on pourrait appeler la charité du bon goût ou son scepticisme, c'est encore la conscience de l'importance du rôle social de la musique. Combien de mélodies, de nul prix aux yeux d'un artiste, sont au nombre des confidents élus par la foule des jeunes gens romanesques et des amoureuses. Que de "bagues d'or", de "Ah ! Reste longtemps endormie", dont les feuillets sont tournés chaque soir en tremblant par des mains justement célèbres, trempés par les plus beaux yeux du monde de larmes dont le maître le plus pur envierait le mélancolique et voluptueux tribut — confidentes ingénieuses et inspirées qui ennoblissent le chagrin et exaltent le rêve, et en échange du secret ardent qu'on leur confie donnent l'enivrante illusion de la beauté. Le peuple, la bourgeoisie, l'armée, la noblesse, comme ils ont les mêmes facteurs porteurs du deuil qui les frappe ou du bonheur qui les comble, ont les mêmes invisibles messagers d'amour, les mêmes confesseurs bien-aimés. Ce sont les mauvais musiciens. Telle fâcheuse ritournelle que toute oreille bien née et bien élevée refuse à l'instant d'écouter, a reçu le trésor de milliers d'âmes, garde le secret de milliers de vies, dont elle fut l'inspiration vivante, la consolation toujours prête, toujours entrouverte sur le pupitre du piano, la grâce rêveuse et l'idéal. Tels arpèges, telle "rentrée" ont fait résonner dans l'âme de plus d'un amoureux ou d'un rêveur les harmonies du paradis ou la voix même de la bien-aimée. Un cahier de mauvaises romances, usé pour avoir trop servi, doit nous toucher, comme un cimetière ou comme un village. Qu'importe que les maisons n'aient pas de style, que les tombes disparaissent sous les inscriptions et les ornements de mauvais goût. De cette poussière peut s'envoler, devant une imagination assez sympathique et respectueuse pour taire un moment ses dédains esthétiques, la nuée des âmes tenant au bec le rêve encore vert qui leur faisait pressentir l'autre monde, et jouir ou pleurer dans celui-ci.
- Marcel Proust -
Extrait de "Les plaisirs et les jours", Chapitre XIII

Arcobaleno, Roma

Castel S. Angelo

dimanche 16 mars 2025

Bon dimanche !

Photos de Cole Fawcett

Concours Farinelli : un jeune espoir en fulgurante révélation !

Le jeune Dennis Orellana, issu de l'Escuela Superior de Canto de Madrid,
vient d'obtenir le Premier Prix du Concours International Farinelli.
Pourquoi donc ?
Écoutez !

Vite fait, bien fait pour ce soir

Ravioles au comté AOP sur lit de jambon San Daniele.
Un filet d'huile d'olive et on se régale !
Via Gilles Pludowski, qui se définit ainsi :
"Journaliste, écrivain, flâneur professionnel, gourmet vagabond, hédoniste bourlingueur, voyageur sans œillères, poète bucolique et paysan urbain."
J'aime.

Nota
Pas besoin d'un commis de cuisine pour cette recette toute simple, ou alors, juste pour le fun.

vendredi 14 mars 2025

Alexander Malofeev à Paris : deux heures de bonheur !

Quelle soirée ! Photo C. F pour Silvano de GC

 

C'est la première fois que le jeune élève qui m'accompagnait assistait à un récital. Je l'ai vu se recroqueviller sur son fauteuil, extatique, habité, passionné. Le programme choisi par le jeune pianiste russe fut un véritable panorama de ses possibilités, de sa palette sonore, de sa technique imparable — pas une note à côté -, de la maturité : le petit prodige qui jouait à onze ans le Concerto de Grieg est devenu un grand pianiste qui nous surprendra encore. Il y eu des subtilités, une intelligence hors du commun à enchaîner les brumes de Janacek, sans interruption, avec les Funérailles de Liszt qui parvinrent à déchaîner l'enthousiasme d'un public nombreux, recueilli comme rarement, en mélange des générations, puisque Malofeev est devenu une "star" du piano qui touche les grands-pères comme les adolescents. On découvrait une Sonate de Kabalevski où alternent tendresse et fulgurances en tempête vrombissante. On s'enflammait avec Scriabine, compositeur pas assez joué, l'un des plus grands, pourtant. Cinq bis, pas moins, Rachmaninov, Tchaïkovski, pirouette pianistique finale, humilité, petit sourire, fatigue visible, due à l'accumulation des dates à travers le monde.
Repas au restaurant attenant à la Salle Gaveau après le concert, dans lequel l'artiste, après la séance de dédicaces, vint s'installer avec son "staff" à quelques mètres de notre table. Nous nous arrêtâmes, au moment de partir, quelques secondes pour ne pas déranger, juste pour un dernier bravo et un merci. À ma grande surprise, une accompagnatrice , dont je compris qu'elle était une sorte d'agent du virtuose en France, m'interpelait par mon nom pour vanter la qualité de l'enseignement de l'école de musique dont, jusqu'à février, je fus le directeur pendant de longues années. Malofeev n'y comprit rien, qui ne parle pas le français, étonné, apparemment. Nous fûmes étonnés de sa pâleur. Ce qui fit dire à mon accompagnateur :" on dirait un albinos "en vrai" ! "
Quelle soirée ! 

Le corps en majesté, par Robin, photographe

Axel

Julien

Ces photos sont issues de l'exposition Saint-Sébastien, le corps triomphant
(2014 à 2015)
Les modèles de Robin n'étaient pas des professionnels.
Ils ont été recrutés en divers lieux
(serveurs de fast-food, vendeurs de boutiques, etc.)

Nicolas
La série a été inspirée, entre autres, par cette sculpture
du Musée de Crépy-en-Valois :
Arthur

"Ciao bambino" : le cinéma italien va mieux

 Après les années de vaches maigres de l'ère Berlusconi et malgré le peu d'intérêt pour la culture manifesté par l'extrême droite populiste au pouvoir (comme partout où elle le détient), le cinéma italien se relève peu à peu, que l'on croyait agonisant. Il faut fouiller dans ce que produisent nos voisins transalpins : il y a fréquemment des pépites. Lesquelles ne sont pas toujours projetées en France, ou, hélas, en catimini, comme ce fut le cas pour Stranizza d'Amuri (Fireworks), il y a deux ans (visible uniquement en VOD sur Univers Ciné !).

Ciao bambino, d'Edgardo Pistone, tourné en noir et blanc, 35 mm, a obtenu le prix du meilleur premier film à la Fête du Cinéma de Rome. Il a été projeté par la Cineteca de Bologne, haut lieu du 7ᵉ art s'il en est. Non, ce n'est pas un film traitant, comme le précédent, d'amours gays. Mais les ragazzi napolitains font partie intégrale de l'intrigue, comme le démontrent la photo ci-dessus et la première bande-annonce, en italien sous-titrée en anglais : c'est ce que l'on peut se mettre sous les yeux pour l'instant, mais ça laisse prévoir un excellent film. Patientons !

Projection-débat avec l'équipe du film au Modernissimo de Bologne

Artiste et modèle

Préliminaires


jeudi 13 mars 2025

Morbleu, le bougre !


Le mystère est éclairci :
voilà ce qu'observait
le Galant timide
de Michele Gordigiani.


Amour à Milan(o)



 On voit de belles choses
dans la galerie Vittorio Emanuele
de Milan(o).

Pasolini, Saint et martyr, par Bruce LaBruce

 Saint Pasolini, né en 1922 et mort en 1975 à l'âge de 53 ans. Le génie, poète, philosophe, réalisateur de cinéma, écrivain et intellectuel est l'un des grands martyrs du 20ᵉ siècle dont la mort, un assassinat politique probable déguisé en [relation tarifée ayant mal tourné]*, reste à ce jour aussi sombre que l'assassinat de JFK. Son film énormément controversé, Salo, ou les 120 journées de Sodome (1975), une critique sauvage du fascisme et de la bourgeoisie, aux images sexuelles choquantes et violentes, est sorti trois semaines après sa mort. Au moment de sa mort, il travaillait sur un roman postmoderne appelé Petrolio, à propos d'un cadre pétrolier nommé Carlo qui connaît une profonde séparation de personnalité, d'un côté un marchand de pouvoir impitoyable, de l'autre côté vivant uniquement pour satisfaire ses plaisirs charnels. Il développe également la capacité de changer à volonté pour devenir une femme. Il avait aussi prévu d'en faire un film ! Il avait l'intention de transformer le roman en film. Je pense qu'on peut dire sans risque que Pasolini était un homosexuel qui aimait les femmes — une bonne règle pour les homosexuels de s'en souvenir — je l'ai gardé à l'esprit quand j'ai fait « Le Visiteur », ma réinvention de Teorema de Pasolini), pour preuve, ses relations d'amour platonique avec la grande Anna Magnani, qui a joué dans son film Mamma Roma (1962), et avec la grande chanteuse d'opéra Maria Callas, qui a joué dans son film Medea (1969). (Note : Dans Le Visiteur, la fille est jouée par l'artiste transmasculin Ray Filar)
Buce LaBruce
*J'ai retraduit.

De quels chefs-d'œuvre avons-nous été privés quand il a été sacrifié !
Avec sa grande amie Maria Callas
Avec LA Magnani

mercredi 12 mars 2025

Joey : toujours frais





Aux dernières nouvelles, le très fouloulesque Joey Gore n'a toujours pas sacrifié à la mode de la barbe — pour preuve les accessoires, à côté de sa chaise sur la photo du haut et plus encore ci-contre. Il apprécie visiblement le rituel du rasage, soin de soi déstressant s'il en est. Pour l'heure (croisons les doigts), Joey n'arbore aucun tatouage sur son corps de rêve. Gay Cultes le félicite pour sa constance dans le bon goût.

 

Alexandre Malofeev est à Paris ce soir

Le jeune pianiste est à Paris (et non "sur" Paris) ce soir, Salle Gaveau, pour un récital au cours duquel il jouera ce "petit" programme  :

FRANZ SCHUBERT (1797-1828)
Drei Klavierstücke D. 946
DMITRI KABALEVSKI (1904-1987)
Sonate pour piano N° 3 en fa majeur op. 46
Entracte
LEOŠ JANÁČEK (1854-1928)
Dans les brumes
FRANZ LISZT (1811-1886)
Harmonies poétiques et religieuses S. 173 N° 7 : Funérailles
ALEXANDRE SCRIABINE (1872-1915)
Quatre Préludes op. 22
Fantaisie en si mineur op. 28

Excusez-du peu !

BONUS
Des extraits en "patchwork" de son concert de février à Mexico
captés par des spectateurs :

Parthenope : un nouveau Sorrentino ? Comment résister ?

 Dans nos salles dès aujourd'hui, Parthenope, le nouveau film de Paolo Sorrentino, sorti en Italie en octobre dernier.
Un synopsis qui met le garum* à la bouche !
Jugez-en plutôt :
La vie de Parthenope de sa naissance dans les années 1950 à nos jours. Une épopée féminine dépourvue d'héroïsme, mais éprise de liberté, de Naples et d'amour. Les amours vraies, indicibles ou sans lendemain qui vous condamnent à la douleur, mais qui vous font recommencer. Le parfait été à Capri d'une jeunesse insouciante malgré un horizon sans issue. Autour de Parthenope, les Napolitains. Scrutés, aimés, désillusionnés et pleins de vie, que l'on suit dans leurs dérives mélancoliques, leurs ironies tragiques et leurs moments de découragement. La vie peut être très longue, mémorable ou ordinaire. Le temps qui passe offre tout le répertoire des sentiments. Et là, au fond, proche et lointaine, cette ville indéfinissable, Naples, qui ensorcelle, enchante, hurle, rit (comme Riccardo Cocciante dans la bande-annonce italienne ci-dessous. ndr) et peut nous faire mal.
Irai-je ? Oui.


La bande-annonce italienne avec la voix granuleuse de Riccardo Cocciante.

* Le garum est une sauce fabriquée à base de poissons sauvages fermentés et de sel. Affinés pendant un an dans un fût, les poissons blancs et carnassiers sont dissous par le sel et donnent un jus raffiné qui sera ensuite filtré pour obtenir cette sauce haute en saveurs, le garum. On l'utilise principalement en Campanie (la région de Naples et de la côte amalfitaine).
À rapprocher du "pissala", qui a donné son nom à la pissaladière.