Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura
"La gravité est le plaisir des sots"
samedi 13 août 2022
Sempé ne dessinera plus. Il était musique.
Bien sûr, il y eut Le petit Nicolas que je suivais, enfant, avec assiduité.
Avant-hier, par une sombre prémonition, j'ai mis ce livre en évidence ; je trouvais qu'il méritait plus de visibilité. Je le recommande :
vendredi 12 août 2022
Les lecteurs de Gay Cultes s'impliquent
Sous le titre Cherche source, j'étais en quête de crédit pour une photo publiée vendredi dernier en noir et blanc. C'est Marius Magnus, lecteur des États-Unis, qui en a retrouvé la source. Il s'agit d'une photographie extraite de l'ouvrage Alpha Male du photographe Henning von Berg (Bruno Gmunder éditeur). Merci à ce Marius qui n'est pas marseillais.
Douche en (c)(g)roupes*
La photo ci-dessus semblerait provenir des YMCA ricains.
jeudi 11 août 2022
Durassien
mercredi 10 août 2022
"Quand je suis arrivé au Conservatoire dans la classe de Marguerite Long, je jouais "sale", c’était effrayant, très échevelé... Elle m’a montré qu’on pouvait jouer avec sentiment tout en restant très simple dans son interprétation." - Samson Françoishttps://t.co/neAjB52nSv
— France Musique (@francemusique) August 4, 2022
mardi 9 août 2022
"Mon amant de Saint-Jean" : auteur distrait, lecteur frustré
Des lecteurs assidus du feuilleton se sont trouvés fort déconfits hier matin en constatant l'absence de la livraison hebdomadaire. J'écris l'épisode de la semaine le samedi ou le dimanche précédent. Une fois mis en forme, je le programme pour le lundi à sept heures et quarante minutes. Or, dimanche, un clic malencontreux m'a fait reporter la publication à ce mardi. Fort heureusement, le plus vigilant de mes commentateurs m'a alerté et j'ai pu rectifier. Chaque dimanche, je peux relever que ce début de saga, tout brouillon qu'il soit, se retrouve en tête des publications les plus lues de la semaine écoulée.
Voici la chanson éponyme telle qu'on peut l'entendre dans le film de François Truffaut Le dernier métro, qui, vous le savez, se déroule sous l'occupation. Soyez heureux : je vous épargne la diffusion de la version de Patrick Bruel. Pour la petite histoire, ce dernier a trouvé son pseudonyme de la façon suivante : un doigt errant sur une carte s'est posé sur... Saint-Jean de Bruel, là où se déroule une partie de l'action de mon œuvrette ! N'y voyez aucune relation de cause à effet. Pour tout révéler (c'est un scoop !), j'ai quelques racines dans cette bourgade. Ah, la tambouille des auteurs...
lundi 8 août 2022
Mon amant de Saint-Jean | Chapitre II - Épisode 22 : Le messager des dieux
Octobre 1937
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| Salut, se présenta-t-il, Olivier Molinier ! |
Claude Bertrand, le narrateur, vit sa première journée au lycée de garçons où il a été admis grâce aux relations de son grand-oncle, Conseiller Général de l'Hérault, qui l'a accueilli dans la maison familiale. Venu de Saint-Jean, village de l'Aveyron, où, désespéré, Jules, son amoureux, doit travailler dans la menuiserie de son père, Claude est considéré comme un "bouseux" par ses condisciples, pour la plupart issus de la bourgeoisie locale. Dans la cour, avant les premiers cours, l'un d'eux a pourtant attiré son attention.
" Je vais te rendre jaloux, mais il y a tout de
même Émile, un beau gars qui pose trop de questions. Je l’ai vu, lisant, à
l’écart, dans la cour, Les faux-monnayeurs, un livre très troublant que
« cheveux de neige » m’avait prêté. C’est un indice de nature à
m’intriguer. Ne t’inquiète pas pour autant, je t’appartiens.", avais-je écrit
dans ma lettre à Jules, précisant que je lui en dirais plus de mes débuts au
lycée quand nous nous reverrions. Une voix intérieure m’avait soufflé qu’il me
fallait différer l’exacte relation de mes premières heures au lycée. Ç'eût été
de nature à l’inquiéter. Connaissant son tempérament impétueux, je l’imaginais
capable, si j’avais tout révélé, de fuir le village sur un coup de tête pour me
rejoindre. Je l’ai dit, ma sensualité exacerbée me tourmentait, que mes
plaisirs solitaires ne parvenaient plus à satisfaire. On se souviendra de mon
émoi à Palavas à la vue des corps en adulte plénitude de Marcel et d’André. Il
en fallait peu pour m’enflammer, ne serait-ce que de ces Faux-monnayeurs
entre les mains d’un nouveau camarade très avenant, que j’avais interprétés comme un signe d’accointance, et je ne
fis aucun effort pour admettre mon trouble. Le même garçon m’avait demandé si j’avais
une bonne amie. Mon esprit en surchauffe se perdait en conjectures. Pour raviver
l’incendie, il arriva ceci : nous débutions l’année scolaire par un cours
de français. Dans l’effervescente atmosphère propre aux adolescents que la
nouveauté galvanise, je trouvai ma place au troisième rang, près d’une fenêtre
à croisillons donnant sur la cour. D’autorité, mon lecteur de Gide s’installa à
mes côtés. « Salut, se présenta-t-il, Olivier Molinier ! » Dans
le silence subit qu’un coup de règle asséné sur le bureau du professeur avait
imposé, j’eus grand mal à réprimer un fou-rire : Olivier Molinier était l’un
des acteurs principaux du sulfureux roman. Je voulais répondre « Enchanté, Bernard Profitendieu ! ». Mais, d’une voix grave, qu’il portait sans
effort jusqu’au dernier rang, l’homme qui avait rétabli l’ordre mit fin à toute
velléité de conversation. « Je suis Monsieur Cordier, votre professeur de
français. Nous allons passer plusieurs mois ensemble en bonne intelligence, je
l’espère. J’attends de vous toute l’attention nécessaire et vous observerez l’attitude
qui est la vôtre en ce moment : pas de parlottes, pas de messes basses, et
un maintien irréprochable. Comme il est d’usage, je vais procéder à l’appel de
vos noms par ordre alphabétique. » Il égrena les patronymes jusqu’au mien,
auquel je répondis « présent ! », me levant à demi, comme il se
devait. Immédiatement, il poursuivit : « Boisselier Émile ! ».
Comment transcrire la stupéfaction qui fut la mienne ? Ce nom sonnait le
tocsin dans ma tête, que je me répétais pour me convaincre que j’avais bien
entendu. En de malheureuses circonstances, que je dirai un peu plus avant, je
vérifierais, hélas, que ce Boisselier était bien le jeune frère de cet adipeux
personnage que l’on m’avait présenté trois jours auparavant à la terrasse du
Café Riche. Comment deux personnes d’un même sang pouvaient-elles dissembler à
un tel point ? Mon voisin dut percevoir mon émotion, car, vaguement
inquiet, il m’adressa un clin d'œil qui me parut amical. Pendant l’énumération
des suivants, je le détaillai davantage et vis que, contrairement aux autres
élèves, ses jambes étaient nues sous la blouse de toile grise, quand je portais
un pantalon de flanelle bien trop chaud pour cette demi-saison. Je jetais par
intermittence sur ces mollets qu’un fin duvet ombrait à peine, de fugaces
regards et me surpris à m’imaginer les caressant. En ces brefs instants, j’avais
oublié Jules. À l’intercours, sur un ton qu’il affectait innocent, Émile m’interpela
en ces termes : « Hé, Bertrand, si tu es d’accord, on partagera tout
le temps la même table. Je te trouve sympathique pour un bouseux ! »
et il ajouta d’une voix sourde « et pas vilain. » La messe était
dite.
Non content d’avoir bénéficié de la
faveur d’être admis au lycée grâce à l’entregent de mon grand-oncle, j’avais
aussi obtenu une bourse d’études qui était à nos yeux une manne inespérée. Il
était établi que chaque jour à onze heures et demie, je quitterais le lycée
pour aller prendre mon repas dans la maison Rochs. Magali me rejoindrait, car
son père déjeunait en général au restaurant ; « pour affaires » m’avait-il
dit. Je vis que mon nouveau camarade n’était pas non plus en demi-pension. À
peine avait-il passé le porche que je le vis se débarrasser prestement de sa
blouse. Jamais je n’avais vu de garçon de notre âge vêtu aussi élégamment. Un
gilet gris couvrait à demi une chemisette d’un blanc lumineux. La culotte
courte, du même gris que le gilet, était serrée, épousant à la perfection les
formes de son corps jusqu’à la lisière des genoux. Des chaussures de cuir blanc, où manquaient seulement des ailettes, semblaient le porter en souplesse par les
rues de la ville, où il semblait voler à présent tel Mercure, le messager des
dieux. Je suivis de mes yeux ébahis l’admirable garçon jusqu’à ce qu’il
disparaisse de mon horizon. Pensant à celui que Marcel appelait non sans malice « ton
Jules », je murmurai « Pardon, mon amour, pardon. »
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022
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| (...) où manquaient seulement des ailettes... |
Illustrations
1 Maxime Berger est Olivier dans Les faux-monnayeurs de Benoît Jacquot (France 2 - 2011 /DVD chez Outplay)
2 Bidouillage de l'auteur
dimanche 7 août 2022
Considérations diverses (considérables ou non)
Le promeneur du Palais Royal**
C'est, par temps chauds, l'une de mes évasions rituelles en solitaire. Au débouché de la station de métro, je m'installe un moment au Nemours, d'où l'on peut voir la façade de la Comédie Française. C'est un excellent poste d'observation : il y a toujours quelque beau gosse à manger des yeux, des touristes français que l'enseigne prestigieuse indiffère, des visiteurs étrangers qui photographient tout et n'importe quoi et, l'autre jour attablées, des jeunes femmes noires ultra maquillées et "lookées" qui s'instagramaient, en occupation essentielle du quotidien. Je passe ensuite le porche qui mène aux colonnes de Buren qui font la joie des enfants qui peuvent s'y percher à loisir tels des oiseaux, migrateurs en l'occurrence, tours de Babel. Un adolescent à la moustache naissante s'y posait vendredi. Son italianité ne faisait pour moi aucun doute. Quand il eut rejoint papa, maman et la petite sœur, la langue de Dante résonna à mes oreilles en bel canto, corroborant ma première impression. Je rejoins enfin les jardins, où il y a toujours un banc ou une chaise de métal vert pour m'accueillir. Je lis, ce jour-là, Qui je suis de Pasolini, où le poète, écrivain et cinéaste livre, entre autres, ses impressions sur son arrivée à Rome, avant que n'advienne la notoriété... et les emmerdes :
"Mais c'était l'Italie, l'Italie nue et fourmillante,
avec ses garçons, ses femmes,
ses "odeurs de jasmin et de pauvres soupes",
les couchers de soleil sur les champs de l'Aniène, les tas d'ordures,
et, pour ma part,
mes rêves intègres de poésie."
J'ai mon petit carnet de l'Oiseau Comète pour prendre des notes. Pour mon roman en gestation. Pour ce genre de chronique, aussi.
Lisant Pier Paolo, j'ai pris soudain conscience que les héros de Mon amant... sont nés la même année que lui. Jules, Claude et PPP seraient aujourd'hui centenaires. Sur mon carnet, je note ces pensées qui m'assaillent : Je lis, j'écris. Plutôt mal que bien, mais j'écris. Je suis musicien. Je réfléchis tout le temps, aussi. Pour beaucoup, je suis donc un intellectuel. Je suis destiné au bûcher.
Incorrigible
Il y a, rue de Beaujolais et alentours, un tournage de film en préparation. C'est un film "d'époque" *. Gardés par des vigiles paradoxalement aimables, des meubles, des tentures et des costumes qui fleurent bon leur siècle dix-huit. Une femme grassouillette m'aborde sans la moindre civilité (les civilités ne sont plus d'actualité) : "M'sieur, c'est quoi, ce truc ?". Je lui ai répondu que c'était pour une vente aux enchères qui aurait lieu le lendemain. Pas de merci, juste un "ah, ok !". Je narre l'anecdote à mon jeune ami P., lequel, travaillant dans le quartier, m'a rejoint pour une brève déambulation dans les jardins en retour vers la case départ. Je l'étonnerai toujours, me dit-il. Le garçon qui occupe mon cœur, celui qui est absent actuellement tout en étant présent en permanence, est friand de ces "sorties" dont je suis coutumier. Quand nous sortons tous deux dans Paris, nous nous lançons des défis, des "chiche !". Je suis souvent plus jeune que lui.
*On tourne à Paris ces jours-ci Benjamin Franklin (photo), avec Michael Douglas. Une netflixerie, je pense : les costumes et décors aperçus lors de ma dernière promenade semblent "raccord".
** Référence cinématographique. Vous l'avez ?

















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