Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


samedi 13 août 2022

Ange à cordes *



* Un peu simpliste, je vous l'accorde.

Sempé ne dessinera plus. Il était musique.

 






Bien sûr, il y eut Le petit Nicolas que je suivais, enfant, avec assiduité.
Avant-hier, par une sombre prémonition, j'ai mis ce livre en évidence ; je trouvais qu'il méritait plus de visibilité. Je le recommande :

Mignon, Cillian Murphy jeune, certes...

Pour oublier la violence de Peaky Blinders, musiquons !
mais la position des mains
laisse à désirer.
 

vendredi 12 août 2022

Les lecteurs de Gay Cultes s'impliquent



Sous le titre Cherche source, j'étais en quête de crédit pour une photo publiée vendredi dernier en noir et blanc. C'est Marius Magnus, lecteur des États-Unis, qui en a retrouvé la source. Il s'agit d'une photographie extraite de l'ouvrage Alpha Male du photographe Henning von Berg (‎Bruno Gmunder éditeur). Merci à ce Marius qui n'est pas marseillais.




Douche en (c)(g)roupes*


Je connais bien l'immeuble occupé par l'UCJG, rue de Trévise, pour la simple raison qu'il abrite également un théâtre où j'ai eu maintes fois l'occasion d'exercer mon absence de talent. Or, j'ai trouvé, site de la Fondation JeanJaurès, lors d'une recherche d'archives sur l'histoire de l'homosexualité au 20ᵉ siècle, ceci :  [Bars, boîtes homosexuelles, lesbiennes, bals, vespasiennes, parcs publics, kermesses, les lieux de rencontre homosexuels ne manquaient pas. Même les piscines étaient déjà des lieux de drague, comme celle de l’Union chrétienne des jeunes gens, située rue de Trévise dans le 9e arrondissement, où l’on se baignait nu… L’UCJG, une association laïque de jeunes protestants fondée en 1852 et toujours active aujourd’hui, est membre de l’alliance universelle des YMCA dont l’acte constitutif a été signé en 1855 à Paris. Cet acronyme, avant d’être une chanson des Village People inspirée en 1978 à Henri Belolo et Jacques Morali par l’auberge de jeunesse YMCA de New York, signifie « Young Men’s Christian Associations ». ] 
La photo ci-dessus semblerait provenir des YMCA ricains.

* Au choix

Mais... Comment avez-vous su que je suis gay ?

 


jeudi 11 août 2022

Fouloulou très sobre

 


Durassien

 

"Je crois qu'on ne lira plus, les gens continueront à écrire, mais les gens ne liront plus, la lecture restant l'apanage d'une classe fermée.
Je ne voudrais pas être à la place des gens qui vivront après l'an 2000, toutes les conditions sont réunies pour que l'ennui soit vécu dans sa plénitude, l'ennui profond j'ai beau y penser à cette époque et je ne vois que ça, le développement de l'ennui, la recherche vaine d'un événement."
Marguerite Duras


mercredi 10 août 2022

Je ne suis pas difficile :

Dylan Rubic par David Altobelli

Moi, vous savez, du moment qu'ils lisent...

 

mardi 9 août 2022

Nacho Penin par Riserbato





"Mon amant de Saint-Jean" : auteur distrait, lecteur frustré

 Des lecteurs assidus du feuilleton se sont trouvés fort déconfits hier matin en constatant l'absence de la livraison hebdomadaire. J'écris l'épisode de la semaine le samedi ou le dimanche précédent. Une fois mis en forme, je le programme pour le lundi à sept heures et quarante minutes. Or, dimanche, un clic malencontreux m'a fait reporter la publication à ce mardi. Fort heureusement, le plus vigilant de mes commentateurs m'a alerté et j'ai pu rectifier. Chaque dimanche, je peux relever que ce début de saga, tout brouillon qu'il soit, se retrouve en tête des publications les plus lues de la semaine écoulée. 
Voici la chanson éponyme telle qu'on peut l'entendre dans le film de François Truffaut Le dernier métro, qui, vous le savez, se déroule sous l'occupation. Soyez heureux : je vous épargne la diffusion de la version de Patrick Bruel. Pour la petite histoire, ce dernier a trouvé son pseudonyme  de la façon suivante : un doigt errant sur une carte s'est posé sur... Saint-Jean de Bruel, là où se déroule une partie de l'action de mon œuvrette ! N'y voyez aucune relation de cause à effet. Pour tout révéler (c'est un scoop !), j'ai quelques racines dans cette bourgade. Ah, la tambouille des auteurs... 

lundi 8 août 2022

Mon amant de Saint-Jean | Chapitre II - Épisode 22 : Le messager des dieux

Résumé
Octobre 1937
Salut, se présenta-t-il, Olivier Molinier !
L'histoire, qui a commencé en milieu rural de la France profonde, avec un détour par l'Alsace mettant en scène de nouveaux personnages, dont l'un, Roland Sieffert est en proie au doute sur son identité, se déroule à présent à Montpellier.
Claude Bertrand, le narrateur, vit sa première journée au lycée de garçons où il a été admis grâce aux relations de son grand-oncle, Conseiller Général de l'Hérault, qui l'a accueilli dans la maison familiale. Venu de Saint-Jean, village de l'Aveyron, où, désespéré, Jules, son amoureux, doit travailler dans la menuiserie de son père, Claude est considéré comme un "bouseux" par ses condisciples, pour la plupart issus de la bourgeoisie locale. Dans la cour, avant les premiers cours, l'un d'eux a pourtant attiré son attention. 

   " Je vais te rendre jaloux, mais il y a tout de même Émile, un beau gars qui pose trop de questions. Je l’ai vu, lisant, à l’écart, dans la cour, Les faux-monnayeurs, un livre très troublant que « cheveux de neige » m’avait prêté. C’est un indice de nature à m’intriguer. Ne t’inquiète pas pour autant, je t’appartiens.", avais-je écrit dans ma lettre à Jules, précisant que je lui en dirais plus de mes débuts au lycée quand nous nous reverrions. Une voix intérieure m’avait soufflé qu’il me fallait différer l’exacte relation de mes premières heures au lycée. Ç'eût été de nature à l’inquiéter. Connaissant son tempérament impétueux, je l’imaginais capable, si j’avais tout révélé, de fuir le village sur un coup de tête pour me rejoindre. Je l’ai dit, ma sensualité exacerbée me tourmentait, que mes plaisirs solitaires ne parvenaient plus à satisfaire. On se souviendra de mon émoi à Palavas à la vue des corps en adulte plénitude de Marcel et d’André. Il en fallait peu pour m’enflammer, ne serait-ce que de ces Faux-monnayeurs entre les mains d’un nouveau camarade très avenant, que j’avais interprétés comme un signe d’accointance, et je ne fis aucun effort pour admettre mon trouble. Le même garçon m’avait demandé si j’avais une bonne amie. Mon esprit en surchauffe se perdait en conjectures. Pour raviver l’incendie, il arriva ceci : nous débutions l’année scolaire par un cours de français. Dans l’effervescente atmosphère propre aux adolescents que la nouveauté galvanise, je trouvai ma place au troisième rang, près d’une fenêtre à croisillons donnant sur la cour. D’autorité, mon lecteur de Gide s’installa à mes côtés. « Salut, se présenta-t-il, Olivier Molinier ! » Dans le silence subit qu’un coup de règle asséné sur le bureau du professeur avait imposé, j’eus grand mal à réprimer un fou-rire : Olivier Molinier était l’un des acteurs principaux du sulfureux roman. Je voulais répondre « Enchanté, Bernard Profitendieu ! ». Mais, d’une voix grave, qu’il portait sans effort jusqu’au dernier rang, l’homme qui avait rétabli l’ordre mit fin à toute velléité de conversation. « Je suis Monsieur Cordier, votre professeur de français. Nous allons passer plusieurs mois ensemble en bonne intelligence, je l’espère. J’attends de vous toute l’attention nécessaire et vous observerez l’attitude qui est la vôtre en ce moment : pas de parlottes, pas de messes basses, et un maintien irréprochable. Comme il est d’usage, je vais procéder à l’appel de vos noms par ordre alphabétique. » Il égrena les patronymes jusqu’au mien, auquel je répondis « présent ! », me levant à demi, comme il se devait. Immédiatement, il poursuivit : « Boisselier Émile ! ». Comment transcrire la stupéfaction qui fut la mienne ? Ce nom sonnait le tocsin dans ma tête, que je me répétais pour me convaincre que j’avais bien entendu. En de malheureuses circonstances, que je dirai un peu plus avant, je vérifierais, hélas, que ce Boisselier était bien le jeune frère de cet adipeux personnage que l’on m’avait présenté trois jours auparavant à la terrasse du Café Riche. Comment deux personnes d’un même sang pouvaient-elles dissembler à un tel point ? Mon voisin dut percevoir mon émotion, car, vaguement inquiet, il m’adressa un clin d'œil qui me parut amical. Pendant l’énumération des suivants, je le détaillai davantage et vis que, contrairement aux autres élèves, ses jambes étaient nues sous la blouse de toile grise, quand je portais un pantalon de flanelle bien trop chaud pour cette demi-saison. Je jetais par intermittence sur ces mollets qu’un fin duvet ombrait à peine, de fugaces regards et me surpris à m’imaginer les caressant. En ces brefs instants, j’avais oublié Jules. À l’intercours, sur un ton qu’il affectait innocent, Émile m’interpela en ces termes : « Hé, Bertrand, si tu es d’accord, on partagera tout le temps la même table. Je te trouve sympathique pour un bouseux ! » et il ajouta d’une voix sourde « et pas vilain. » La messe était dite.
   Non content d’avoir bénéficié de la faveur d’être admis au lycée grâce à l’entregent de mon grand-oncle, j’avais aussi obtenu une bourse d’études qui était à nos yeux une manne inespérée. Il était établi que chaque jour à onze heures et demie, je quitterais le lycée pour aller prendre mon repas dans la maison Rochs. Magali me rejoindrait, car son père déjeunait en général au restaurant ; « pour affaires » m’avait-il dit. Je vis que mon nouveau camarade n’était pas non plus en demi-pension. À peine avait-il passé le porche que je le vis se débarrasser prestement de sa blouse. Jamais je n’avais vu de garçon de notre âge vêtu aussi élégamment. Un gilet gris couvrait à demi une chemisette d’un blanc lumineux. La culotte courte, du même gris que le gilet, était serrée, épousant à la perfection les formes de son corps jusqu’à la lisière des genoux. Des chaussures de cuir blanc, où manquaient seulement des ailettes, semblaient le porter en souplesse par les rues de la ville, où il semblait voler à présent tel Mercure, le messager des dieux. Je suivis de mes yeux ébahis l’admirable garçon jusqu’à ce qu’il disparaisse de mon horizon. Pensant à celui que Marcel appelait non sans malice « ton Jules », je murmurai « Pardon, mon amour, pardon. »
(À suivre) 
©  Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022


(...) où manquaient seulement des ailettes...

Illustrations
1 Maxime Berger est Olivier dans Les faux-monnayeurs de Benoît Jacquot (France 2 - 2011 /DVD chez Outplay)
2 Bidouillage de l'auteur


dimanche 7 août 2022

Sieste dominicale par temps chaud


 Bon dimanche !

Considérations diverses (considérables ou non)

Le promeneur du Palais Royal**


C'est, par temps chauds, l'une de mes évasions rituelles en solitaire. Au débouché de la station de métro, je m'installe un moment au Nemours, d'où l'on peut voir la façade de la Comédie Française. C'est un excellent poste d'observation : il y a toujours quelque beau gosse à manger des yeux, des touristes français que l'enseigne prestigieuse indiffère, des visiteurs étrangers qui photographient tout et n'importe quoi et, l'autre jour attablées, des jeunes femmes noires ultra maquillées et "lookées" qui s'instagramaient, en occupation essentielle du quotidien. Je passe ensuite le porche qui mène aux colonnes de Buren qui font la joie des enfants qui peuvent s'y percher à loisir tels des oiseaux, migrateurs en l'occurrence, tours de Babel. Un adolescent à la moustache naissante s'y posait vendredi. Son italianité ne faisait pour moi aucun doute. Quand il eut rejoint papa, maman et la petite sœur, la langue de Dante résonna à mes oreilles en bel canto, corroborant ma première impression. Je rejoins enfin les jardins, où il y a toujours un banc ou une chaise de métal vert pour m'accueillir. Je lis, ce jour-là, Qui je suis de Pasolini, où le poète, écrivain et cinéaste livre, entre autres, ses impressions sur son arrivée à Rome, avant que n'advienne la notoriété... et les emmerdes :
"Mais c'était l'Italie, l'Italie nue et fourmillante,
avec ses garçons, ses femmes,
ses "odeurs de jasmin et de pauvres soupes",
les couchers de soleil sur les champs de l'Aniène, les tas d'ordures,
et, pour ma part,
mes rêves intègres de poésie." 
   J'ai mon petit carnet de l'Oiseau Comète pour prendre des notes. Pour mon roman en gestation. Pour ce genre de chronique, aussi.
Lisant Pier Paolo, j'ai pris soudain conscience que les héros de Mon amant... sont nés la même année que lui. Jules, Claude et PPP seraient aujourd'hui centenaires. Sur mon carnet, je note ces pensées qui m'assaillent : Je lis, j'écris. Plutôt mal que bien, mais j'écris. Je suis musicien. Je réfléchis tout le temps, aussi. Pour beaucoup, je suis donc un intellectuel. Je suis destiné au bûcher.
 

Incorrigible


Il y a, rue de Beaujolais et alentours, un tournage de film en préparation. C'est un film "d'époque" *. Gardés par des vigiles paradoxalement aimables, des meubles, des tentures et des costumes qui fleurent bon leur siècle dix-huit. Une femme grassouillette m'aborde sans la moindre civilité (les civilités ne sont plus d'actualité) : "M'sieur, c'est quoi, ce truc ?". Je lui ai répondu que c'était pour une vente aux enchères qui aurait lieu le lendemain. Pas de merci, juste un "ah, ok !". Je narre l'anecdote à mon jeune ami P., lequel, travaillant dans le quartier, m'a rejoint pour une brève déambulation dans les jardins en retour vers la case départ. Je l'étonnerai toujours, me dit-il. Le garçon qui occupe mon cœur, celui qui est absent actuellement tout en étant présent en permanence, est friand de ces "sorties" dont je suis coutumier. Quand nous sortons tous deux dans Paris, nous nous lançons des défis, des "chiche !". Je suis souvent plus jeune que lui.   

*On tourne à Paris ces jours-ci Benjamin Franklin (photo), avec Michael Douglas. Une netflixerie, je pense : les costumes et décors aperçus lors de ma dernière promenade semblent "raccord". 

** Référence cinématographique. Vous l'avez ?

Caillebotte

 

Gustave Caillebotte, Périssoires sur l’Yerres, 1877

Le plongeur, 1877