Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


samedi 15 octobre 2022

Économisons l'énergie !

 


L'automne amène les premiers frimas.
Au moment où, selon les autorités, l'on doit se restreindre, 
le port d'un pull-over est, paraît-il, recommandé à la maison où
l'on usera du chauffage avec modération.
Notre ami de la photo ci-dessus donne l'exemple.

Gian Leo

Gian Leo | Photographie Niv Shank

 

"Cacio e pepe", simple et délicieuse "pasta"

Recette validée par Fernando Lindez
C'est une spécialité romaine "basique" et économique.
Il vous faudra du poivre noir en grains, du "pecorino romano" (et pas d'ailleurs !), de l'eau et des spaghetti de bonne tenue (par exemple "Spaghetti n° 12 de DeCecco").
Dans la vidéo ci-dessous, la première recette est la façon originale. Elle est présentée par Claudio, d'Armando al Pantheon, l'une de mes adresses romaines préférées. Vous pouvez vous abstenir de regarder la seconde, celle d'une dame "étoilée" qui "revisite" la recette originale. Quant à Claudio, qui m'a maintes fois reçu dans sa cuisine, c'est le plus exquis et le plus humble des chefs. Si vous allez à Rome, ne manquez pas de visiter son restaurant.


J'ai appliqué à la maison, en quelques minutes, la recette de Claudio : "un regalo !"

vendredi 14 octobre 2022

Gay Cultes préfère le rugby

Worldwide Roar 

 

Je vais à Rio

Lea Duque : Leblon, Rio De Janeiro, Brazil

 

Mon ange à moi


Une amie me demande quels sont ses défauts.
Je sèche, car il est : beau, gentil, doux, prévenant, attentif, généreux, cultivé, talentueux, gourmet, organisé, présent même quand il est loin, réactif, disponible, raisonnable, vigilant, aimant. 

jeudi 13 octobre 2022

Eaux la la !

Bel endormi

Photo Robert Vano

 

Se bonifient en vieillissant (Poussez les meubles !)


De temps à autre, pour changer de la musique dite "classique", une excursion dans un autre univers : des titres indémodables qui me donnent des fourmis dans les jambes.
Dans le même esprit que The Bottle, un bon vieux Stevie Wonder que vous pourrez chanter tout en remuant : il y a le texte !

mercredi 12 octobre 2022

Sobriété


L'heure est à la sobriété.
Au bain, on préfèrera la douche.
Ces jeunes gens ont trouvé une solution :
un bain à deux. Sans eau, semble-t-il.
N'exagérons rien.

Nostalgie

 

Dresde, Allemagne




Un cinéma fermé me remplit de tristesse.
Je crains que, vu l'état de la fréquentation,
beaucoup de salles, et de plus récentes,
ne soient contraintes d'éteindre leurs écrans
dans les mois qui viennent.

Humour potache

 

lundi 10 octobre 2022

Et notre amour se fit

Photo Pasquale Autorino

X


Mon amant de Saint-Jean | Épisode 48* : Nous étions beaux.

   

(...) nous avions oublié qu’il y avait un lit pour nous accueillir

   Sous le tricot de fine laine que je le priai d’ôter, une fine chemise gris perle à col officier. Je m’approchai et entrepris d’en défaire les boutons un à un, méthodiquement, avec une lenteur très étudiée, affectant un flegme censé faire illusion. Intérieurement, j’étais au supplice. J’avais hâte, mais je devais adopter la tranquille assurance qui sied à un maître de cérémonie. Mon partenaire de jeu n’était pas dupe du simulacre, que je sentais frémir sous mes doigts, qui maintenant gardait un silence qu’un léger souffle troublait à peine, saccadé, soudain, quand j’écartai les pans de la chemise. Devant ce corps à demi dévoilé, que nul, avant moi, n’avait effleuré, j’étais déjà au bord de l’ivresse. Un bref instant, fulgurant, je pensai à Jules, que je n’avais jamais regardé avec la même attention. J’avais l’impression que c’était pour moi une nouvelle première fois. Je continuai aussi lentement que possible la mise au jour de ce corps qui se révélait harmonieux, sans défaut, un cadeau du ciel ou de l’enfer. Pas de ceinture autour du pantalon, juste une agrafe qui n’opposa aucune résistance, un bouton, une fermeture Éclair et le glissement de l’étoffe le long des jambes, – ne pas s’attarder tout de suite à l’endroit où culminait le désir – la découverte des cuisses, une hésitation aux genoux, et enfin, le pantalon chiffonné, à terre, et, tout là-haut, le dégager de sa chemise et le contempler après qu’il eut fait disparaître, comme par magie – où étais-je, en cet instant, comme désincarné ?– le caleçon de coton écru, dernière pièce de tissu à libérer pour que s’achève mon œuvre. « Tu sais, il n’y a que ma mère qui m’a vu entièrement nu jusqu’ici. Et je n’étais pas bien vieux ! » souriait-il. « Tu n’as pas honte de rester habillé ? ». — Pardi ! je vais me débarrasser de tout ça en un clin d’œil ! » et je me retrouvai nu, moi aussi, debout à côté de lui. Nos chairs électriques enfin réunies, cette sensation de nous fondre l’un dans l’autre nous étourdissait au point que nous avions oublié qu’il y avait un lit pour nous accueillir, un lit d’amour, déjà, celui où Marcel et André nous avait maintes fois précédés. Il tenta un baiser pour que la fusion soit totale : « Tssst, sifflai-je, il y a tant de recoins où poser nos lèvres. » Et notre amour se fit. Pas de heurts, des caresses. Et l’extase démultipliée à la vue de nos corps se reflétant dans le grand miroir fixé à la porte d’entrée, face au lit où, enfin, nous nous étions emboîtés ; mais l’on aurait pu continuer debout, dans le fauteuil Voltaire, sur le bureau de Marcel, sur le parquet de chêne fatigué, tant notre appétit de l’autre abolissait toute raison. Nous étions beaux. Ce fut dit mille fois : « Tes fesses sont belles – Les tiennes aussi, que je peux chérir, regarde : je les parcours doucement, je les empoigne, je les couvre de baisers – Et nos verges, vois-les, jumelles, qui se marient ! Je ne peux plus attendre, on va se mélanger. » Qui avait parlé ? Nous nous confondions. De maître, je devins esclave, me livrant à lui, enfouissant en moi sa jeune et grandiose virilité. Au premier assaut, je crus m’évanouir. Il en prit peur, voulut se dégager. Je m’y refusai, car il y a des maux qui font du bien. « Sois doux, je m’habitue, j’aime, maintenant » le rassurai-je. Le moment qu’il avait tant espéré arriva. Il jouit dans un cri que j’étouffai de ma main, comme je l’avais fait de mes gémissements de joie quand il me taraudait. L’acte était accompli et nous restions soudés l’un à l’autre, nos fluides intimement partagés. Émile se détacha de moi pour me dévorer de baisers et se mit en devoir de laper, comme un chiot, les preuves de notre félicité. L’homme-enfant m’examinait à présent, ivre de gratitude.

   –  Tu as vu, on ne s’est pas embrassés, plaisantait-il ! Il est presque six heures. Je ne dois plus penser à ce qui vient d’arriver, sinon je vais avoir encore envie. Au moment où…, j’ai failli dire je t’aime, c’est tout. J’ai tenu promesse, tu vois. Tu as aimé, ça ne ment pas. Tu regrettes pas ? Tu vas le lui dire ? On le refera ?
– Oui, j’ai aimé. Non, je ne regrette pas. Oui, je lui dirai, parce que c’est autre chose, il comprendra. Je ne sais pas si je pourrai le refaire… avec lui.
C’était lui donner à espérer, je le savais. Je m’en voulais de réagir impulsivement. Mais j’étais tellement sincère. Sous l’empire de ma sensualité, j’étais désarmé. Je savais que ce garçon trop joli – et si doué pour l’amour, de surcroît – m’avait en quelque sorte ensorcelé. Je m’étais donné entièrement. Je n’avais pas goûté aux délices de la chair depuis si longtemps, me disculpai-je. C’était sa première fois et il était heureux. J’avais une responsabilité à assumer. J’étais éparpillé.
   Je n’eus pas à remettre les clés au gardien : André Foulques sortait du Théâtre quand j’y arrivai encore chancelant. Pas de questions, pas la moindre allusion. Simplement « Tu es à l’heure, ça fera plaisir à Marcel ». Je m’amusais in petto que les deux « vieux » allaient sans nul doute défaire à nouveau le petit lit le soir même. Je les enviais d’avoir toute la nuit pour eux. Après le repas du soir, pendant lequel Magali me dévisagea comme si j’étais un homme nouveau, j’écrivis une longue lettre à Jules. Comme toujours, c’était une lettre d’amour.
(À suivre) 
©  Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022
Épisodes précédents : cliquer

* La division en chapitres n'est pas encore définie. J'ai jugé préférable de numéroter les épisodes depuis le premier, qui fut publié le 8 novembre 2021. Si l'envie vous venait de remonter le temps (en cliquant sur le libellé Mon amant de Saint-Jean), vous constaterez que quelques épisodes sont manquants. Les résumés (je n'en fais plus : ils seraient plus longs que le texte de la semaine) publiés précédemment aideront à reconstituer la narration. Enfin, pour les "nouveaux", je rappelle que j'écris les épisodes au fur et à mesure (la veille ou l'avant-veille, en général). Comme je l'avais fait pour Tombe, Victor !, l'ensemble sera retravaillé par la suite. Pour l'heure, je me laisse porter par l'histoire, comme vous.
Silvano/Louis 



Satisfait

" Chapeau, petit puceau, bien joué ! "
(épisode 30, chapitre 2, du feuilleton)

dimanche 9 octobre 2022

(Très) Grasse matinée


 


Tu as vu l'heure ?

C'est dimanche, on se détend


 Demain, l'auteur de Mon amant de Saint-Jean se lâche !
Bon dimanche, en attendant !

Alexander, Salle Gaveau, et bien...

   Les tournées sont éreintantes même quand on a 21 ans. Ainsi, notre aimable Alexander Malofeev enchaîne-t-il les récitals ; peut-être un peu trop. La veille, il était à Amsterdam, et lundi dernier, à Paris, dans une salle Gaveau pas vraiment bondée : le lundi soir n'est pas l'idéal pour un pianiste qui a la faveur d'un jeune public qui "a école (ou collège, ou lycée) " le lendemain, et pas question pour les parents de déroger. J'avais fait circuler l'information et c'est ce que l'on m'avait rétorqué. De plus, maintenant, à Paris, c'est la Philharmonie qui attire les foules. Depuis que la Salle Pleyel n'accueille plus de "classique", subsiste cette salle Gaveau où l'on constate, oui, qu'il n'y a pas d'eau dans le lavabo des toilettes, ni de savon, qu'une ampoule sur deux a rendu l'âme : normal, c'est pour les prolos du deuxième balcon, on verra plus tard. Bref, on n'est pas dans les meilleures dispositions pour applaudir notre petit pianiste. C'est une production extérieure à la salle, dont les responsables doivent encore se demander s'il était judicieux de louer ce lieu où l'on ne maîtrise pas, semble-t-il, allumage et extinction des lumières de salle. En résumé, on met sur scène, dans des conditions aléatoires, ce phénomène que l'on accueille actuellement partout avec des fleurs. À Paris, capitale de la France, pour les fleurs, tintin ! Nous prenons l'ascenseur avec de très vieilles personnes dont on se dit, sans méchanceté aucune, qu'elles seraient mieux au chaud, à la maison, avec une bonne tisane. Et vous verrez un peu plus loin que j'avais comme un pressentiment. Avec vingt bonnes minutes de retard, car la ponctualité n'est pas la première qualité d'un public parisien que l'on dit exigeant... vis-à-vis d'autrui, notre jeune pianiste russe qui a eu bien des soucis ces temps derniers - on sait pourquoi  - peut enfin commencer son récital. Disons-le, pourquoi diable fait-il (ou fait-on pour lui) ce choix de deux sonates "tubes" de Beethoven ? Sa Clair de lune est déroutante, calamiteuse par moments - ah, ce premier mouvement ultra-galvaudé joué en marche funèbre, et la suite à l'avenant, bref sans intérêt - qui souffre de la comparaison avec tant d'interprétations inoubliables (Brendel, Nat, Barenboim, Kovacevitch, et j'en oublie deux cents !). Suit La tempête, hit incontournable (qu'il eut mieux fait de contourner, selon moi) : trois mesures et brouhaha dans la salle ; une vieille dame (celle de l'ascenseur) est prise d'un malaise qui semble grave. Interruption, éclats de voix, on cherche un médecin et, en fin de compte, on évacue la pauvre femme comme un paquet, sans tenir compte des précautions élémentaires. Lumière de salle rallumée, après cinq longues minutes d'hésitations - 'y a-t-il quelqu'un en régie ? -, et notre pauvre pianiste désemparé, debout, au bord de la scène, ne parlant pas le français, que personne, en coulisses, ne songe à raccompagner en loge. On finit par l'évacuer, le temps que revienne le silence pour lui permettre de recommencer cette grande sonate qui, sous ses doigts, ne restera pas d'anthologie, c'est le moins que l'on puisse dire. Entracte.
Ouf, la musique russe (la redoutable Sonate de Medtner et les magnifiques Études Tableaux de Rachmaninov) nous rendent l'impressionnant Malofeev, dans un répertoire qui lui convient cent fois mieux. On est (enfin !) subjugués : technique incroyable, palette de nuances, phrasé, bref tout ce qui faisait défaut dans le Beethoven de la première partie, nous confirment le talent exceptionnel de ce "gamin". Tout ça entériné par une impressionnante suite de "bis" avec des œuvres qui semblent avoir été écrites pour lui : des Russes, certes (Prokofiev, Tchaïkovski, mais aussi un Liszt , Mazeppa casse-gueule dont il se joue avec une aisance admirable). Gentil, humble, heureux de jouer, Sacha répond aux rappels avec une belle générosité. Il termine avec élégance par la Danse de la fée dragée de Casse Noisettes, transformant le piano en célesta : après les ouragans de Prokofiev, la grâce absolue, une sonorité rarissime.  Ne manque, au minimum, qu'un beau bouquet de fleurs, comme à Milan, Tokyo, Montréal, Amsterdam, Verbier... Paris manque de classe, c'est énervant, voire humiliant.

Pour l'heure, sur sa page Facebook, on célèbre les deux concerts précédents, Amsterdam et Frankfurt. M'étonnerait que Paris y figure...

Ailleurs...

Hier, soirée sympa entre amis

 


samedi 8 octobre 2022

Thé ou café ?


 

Oh, Andy

 

Andy Warhol, modèle masculin non identifié, non daté

La Fondation Warhol

"Spaghetti bolognaise", je ris !

 

Axel Kullin par Agnes Strand

Ce charmant jeune homme sait que les "spaghetti bolognaise", ça n'existe pas ou, plus exactement, qu'il s'agit d'une appellation fantaisiste. C'est à Bologne, effectivement, qu'est née cette recette, plus précisément appelée Pasta al ragù ; lequel ragù nécessite une longue préparation. Le ragù enrobera des tagliatelle et non des spaghetti. Les auteurs de la vidéo ci-dessous suggèrent des lasagnes. Eh bien, je proteste : tagliatelle, un point c'est tout. En revanche, la recette ci-après est tout à fait recommandable, comme la plupart de celles diffusées sur YouTube par Giallo Zafferano :

 

On peut mettre les sous-titres français, parfois approximatifs : par exemple "bacon", que j'interprète par "pancetta" ou même "guanciale" si on en trouve.
Bon appétit !

jeudi 6 octobre 2022

Enchevêtrement


 Apparemment,
le monsieur du dessous 
a été dérangé pendant sa lecture.

Ah, Gino !

 





Gino Pasqualini, vingt-quatre ans, est un modèle argentin doué d'indéniables qualités :
il n'est, semble-t-il, ni bodybuildé ni tatoué.
Du moins, pas encore.
Et puis, ne le répétez pas,
je me suis laissé dire que...


mercredi 5 octobre 2022

Et un allongé, un !

Élégance de saison

Nam Joo Hyuk, jeune acteur coréen

 

Histoire de "Boucles noires", l'amant mort à la guerre



Vénéré de nos jours en Italie comme chanteur-poète majeur, Fabrizio de Andrè (1940-1999), anarchiste convaincu, influencé, disait-il, par Brassens ou Bob Dylan, lutta toute sa vie, à travers ses œuvres, pour combattre toutes les exclusions.
Avec la magnifique chanson Andrea, il chante la douleur d'un garçon qui a perdu son Ami soldat à la guerre, tué dans les montagnes du Trentin lors de la "grande" guerre.
Cette chanson courageuse, l'une des rares à célébrer une relation amoureuse entre hommes dans un pays réputé très homophobe, a finalement trouvé un public sur YouTube où le nombre de "vues" et les témoignages émus lui rendent justice.
La sincérité finit toujours par emporter l'adhésion.

Voici une traduction quelque peu approximative de ce très beau texte qui se réfère sans doute, donc, à la guerre des Alpes 1915-18 (l'Italie avait déclaré la guerre à l'empire austro-hongrois) qui fit environ 140 000 victimes, en particulier autour de la montagne appelée Cima Palon (Monte Pasubio).

Andrea s'est perdu, s'est perdu et ne sait pas revenir
Andrea avait un amour
Boucles noires
Andrea avait une douleur
Boucles noires.
Il était écrit sur la feuille qu'il était mort
sous les drapeaux
C'était écrit, la signature était en or,
une signature de roi
Tué dans les montagnes
de Trente
par la mitraille.
Yeux couleur forêt
paysan du royaume
profil français
yeux couleur forêt
soldat du royaume
profil français
Andrea a perdu, perdu l'amour
la perle la plus rare
Andrea a dans la bouche, dans la bouche une douleur
la perle la plus sombre.
Andrea cueillait, recueillait des violettes
au bord du puits
Andrea jetait les boucles noires
dans le cercle du puits
le seau lui dit, lui dit "Monsieur,
le puits est profond.
Il a plus de fond que le fond des yeux
de la nuit des larmes".
Lui répondit "il suffit, il suffit qu'il soit plus profond que moi".

(Andrea est l'une des chansons de l'album Rimini (1978)

lundi 3 octobre 2022

Offrande

Mon amant de Saint-Jean | Chapitre II - Épisode 30 : Les clés du paradis

(...) c'était un homme-enfant.
 

Lors de notre balade en ville, il avait dit « Si tu veux, on ne s’aimera pas, ce sera juste pour le plaisir ; parce que nous avons faim tous les deux, n’est-ce pas ? Si tu veux, on ne s’embrassera même pas sur la bouche, puisque tu as un amoureux, je l'ai bien compris. Si tu veux, on jouira ensemble comme tu voudras. Tu me plais tellement. Je veux que ce soit avec toi. Pas un autre. Tiens, les Arceaux ! Mon salopard de frangin vient faire le coup de poing, ici. Il y a des gars, dans le coin, qui vont avec des vieux pour du fric. Tu imagines, s’il savait ? Peut-être qu’il se doute de quelque chose : il se montre devant moi quand il sort de la douche, la verge dressée. Il me voit comme un bébé. Il ne sait pas que la mienne est plus grosse, je te jure ! » fanfaronnait-il !
Je pensais « il m’allume, m’excite, m’effraie. Il sait que maintenant, j'ai envie de lui avec ou sans baiser sur les lèvres ou avec nos langues, comme avec Jules. » On sait tous les deux que, maintenant, la chose est inévitable. Chapeau, petit puceau, bien joué ! Je n’avais plus qu’une idée en tête : aller trouver Marcel, plaider ma cause, lui demander la clé du paradis
   « Le petit Boisselier ? Au fou ! » Je crus que Fabre allait s’étrangler, faire une attaque, une crise de convulsions. Je lui avais tout raconté, depuis la culotte courte jusqu’à la bombe glacée dans les cuisines de l’hôtel, sans omettre le petit jeu verbal intensément érotique du déjeuner surréaliste de la veille. « Il a fallu que tu t’amouraches du frangin de cette ordure fasciste ! Attends, je m’assois, j’ai besoin de reprendre mon souffle. Quelle histoire ! » Je ne savais que déduire de sa réaction, car Marcel avait pour habitude d'osciller entre le tragique et le comique. Il est vrai que la situation s’y prêtait singulièrement. Mais c’était bien le même Fabre qui, il y a peu, ironisait sur ce qu’il avait appelé mon « priapisme  », ce même Marcel qui avait remarqué ma gêne comme je tentais, à Palavas, de dissimuler mon émoi pendant qu’il m’enduisait d’ambre solaire. Il s’en était moqué gentiment d’un rire à l’adresse de son compagnon : « Ça bande vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ces minots ! », auquel André avait répondu sur le même ton « Tu peux parler, toi : tu auras ma peau ! » Qui aurait pu mieux entendre que, ne me laissant le moindre répit, mes sens battaient une éprouvante chamade ? Le beau moustachu ne prit guère le temps de la réflexion. De la poche de son veston, il sortit deux clés qui rejoignirent prestement la mienne.  « Regardez attentivement autour de vous avant de pousser la porte de l’immeuble. Munis-toi d’une lettre ou d’un paquet qui me serait destiné, au cas où vous croiseriez un locataire. Vous monterez dans un silence absolu ; enfermez-vous, enlevez vos chaussures – le parquet craque – et quittez les lieux avant six heures après avoir tout remis en ordre. Tu laisseras les clés au gardien du Théâtre pour André. Ça vous laisse plus d’une heure. Faites en sorte que je n’aie pas à regretter cette folie. » Ah, Marcel Fabre, mon frère !

*

   Le lendemain, sitôt sortis du lycée, tels deux rusés Comanches, nous empruntions le sentier de l’amour.
Je le croyais fluet, mais le pull-over à col roulé près du corps et le pantalon à pinces laissaient augurer d’un corps dans sa plénitude. De l’adolescent à l’homme, la mue avait fait son œuvre. À ce détail près que le visage demeurait glabre. À cet âge, on se plaît à comparer les pilosités  – « Tu te rases, toi ? » –, comme si c’était un signe d’achèvement. J’aimais cela en lui, c’était un homme-enfant. Émile s’était affalé de tout son long sur l’unique fauteuil de la chambrette, dans une position caractéristique de jeune homme nonchalant, que j’adoptais, moi aussi, plus souvent qu’à mon tour : pas vraiment assis, presque couché. « Bon, vas-y, tu es le maître, je me laisse faire ! » s’abandonna-t-il.
(À suivre) 
©  Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022
Épisodes précédents : cliquer

Il y a des gars, dans le coin, qui vont avec des vieux pour du fric.
Illustrations
1 - Photo Nicholas Efimcev
2 - Glané