Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura
"La gravité est le plaisir des sots"
jeudi 3 mars 2022
mercredi 2 mars 2022
mardi 1 mars 2022
Euphoria : amours de jeunesse
| Elias Kacavas (Cal Jacobs) et Henry Eikenberry (Derek) |
La scène ci-après se déroule dans un bar gay où les deux jeunes gens vont pouvoir exprimer leurs sentiments. La suite paraît moins... euphorique, tant cette saga ne recule devant rien en matière de sexe, de drogue et de violence.
lundi 28 février 2022
"Mon amant de Saint-Jean" | Episode 17 : Si le grain...
J’étais heureux malgré tout d’avoir des parents aimants et doutais que ceux de Jean soient aussi bienveillants avec un fils qui avait la mauvaise habitude de se montrer arrogant plus souvent qu’à son tour ou de « répondre » quand il se sentait victime de l’une de ces injustices qui le rendait fou de rage, comme le soir ou, un pneu de sa bicyclette ayant crevé, il ne réintégra le domicile familial qu’après le sacro-saint souper et subit une colère noire du paternel qui lui administra une gifle mémorable, acte avilissant qu’il m’avait relaté le lendemain, des sanglots entrecoupant son récit. Le père Goupil avait acquis une belle réputation dans tout le pays. Son savoir-faire, sa précision, son ardeur à l’ouvrage – il lui arrivait de veiller la nuit pour terminer une commande – et la qualité artistique de son travail lui valaient l’afflux d’une clientèle des plus variées : il pouvait œuvrer pour outiller les agriculteurs ou façonner du mobilier pour la commune et les particuliers, les seules offres qu’il refusait étant celles des paroisses, en bon "coco" pourfendeur de calotins qu’il était. Le curé de Saint-Jean avait dû faire appel à un artisan de Millau pour rafistoler la chaire de l'église qui menaçait de s’écrouler sur les fidèles.
Ces hommes rudes qui consacraient la majeure partie de leur temps au labeur laissaient à leurs femmes le soin de veiller à l’éducation de leur progéniture. À la faveur du "front popu" qui les avaient rapprochés, les deux paternels voyaient d’un bon œil l’amitié de leurs deux garçons, dont ils étaient à cent lieues d’imaginer ce qui la faisait singulière.
Nous maîtrisions à présent l’art de la dissimulation, usant de ruses de peaux-rouges pour abriter une liaison que plus d’un aurait estimée coupable.
Notre détermination à poursuivre de concert et hors de portée du regard de nos ascendants notre parcours scolaire allait cependant se heurter à un obstacle que l’insouciance de l’adolescence ne nous avait pas permis de prévoir.
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022
Illustration : Photo Werner Bischof
samedi 26 février 2022
De Russie, avec amour
With Love From Russia par Vlad Zorin.
À l'heure où la Russie ressuscite le spectre de la guerre - où sont les beaux esprits qui se refusaient à prononcer le terme "autocratie" ? - rassurons-nous en nous intéressant au travail de Vlad Zorin qui, après un séjour parisien, s'est interrogé sur le rapport à l'amour et à la sexualité de ses jeunes compatriotes.
Il a fallu de laborieuses recherches pour trouver des garçons gays pour illustrer le livre et se raconter.
Certains ont posé courageusement à visage découvert, les autres, pour la plupart y figurent masqués.
(Je n'ai pas trouvé de lien permettant de se procurer ce beau livre en France.)
« Pourquoi les Français peuvent-ils parler de sexe si ouvertement ? Et pourquoi les Russes ne peuvent-ils pas le faire du tout ? » — ces questions taraudaient Zorin depuis le tout début de son voyage dans la capitale française en septembre 2020. « Pourquoi moi non plus ? — se demanda-t-il. Vlad avoue : « Le point de départ de ce projet était le désir de dépasser cette barrière mentale ». Le contexte russe semblait être une réponse : il y a une interdiction tacite de l'éducation sexuelle dans les écoles et les universités russes, les médias de masse stéréotypent les expériences de la sexualité, tandis que les conversations sincères sont stigmatisées. Il n'y a pas de langage normatif et non abusif pour parler de sexe. Tous ces facteurs contribuent au nombre d'infections par le VIH, ainsi qu'au manque de compréhension de l'éthique sexuelle et du principe du consentement actif. Dans de telles circonstances, un projet artistique initialement conçu comme une déclaration émotionnelle s'est inévitablement transformé en projet social. Des photographies joyeuses de jeunes garçons riant et s'explorant coexistent avec des récits où la maltraitance est indissociable des premières expériences amoureuses. Dans son introduction au livre, la féministe et éducatrice sexuelle Sasha Kazantseva écrit : « C'est peut-être la première tentative de recueillir des histoires franches d'expériences sexuelles, racontées par des hommes russes. Bien que Sasha trouve les abus dont il est question dans les entretiens horrifiants, elle exprime néanmoins l'espoir qu'un jour les femmes se sentiront en sécurité avec les hommes. Une discussion ouverte sur l'expérience masculine, abordant les aspects problématiques du « regard masculin » et les voies possibles vers une nouvelle masculinité éthique, serait une étape vers la fin des cycles d'abus. Afin d'entamer cette conversation, Zorin a créé un espace sûr et accueillant, où la sentimentalité et l'honnêteté ne provoquaient pas la moquerie - une approche qui faisait que les entretiens ressemblaient davantage à des aveux. De nombreuses histoires de ce livre ont été racontées pour la première fois, y compris celle de Vlad. L'esprit qui imprégnait les photos de ses projets Hare and God a acquis une nouvelle expression verbale :
| Yulian |
| Egor |
| Mark |
vendredi 25 février 2022
jeudi 24 février 2022
Être gay dans les années soixante-dix
Je ne saurais trop recommander l'excellente émission REMBOB'INA de La Chaîne Parlementaire et, notamment, celle qui fut consacrée à l'homosexualité telle que la vivaient les contemporains des années soixante-dix.
Les invités de Patrick Cohen, Hervé Liffran, journaliste et membre fondateur du CUARH (Comité d'Urgence Anti-Répression Homosexuelle), Odon Vallet, historien, membre durant les années 70 de la revue et du club Arcadie, et Richard Poirot de l'INA ont pu commenter deux documents révélateurs de l'état d'esprit qui régnait alors dans notre pays.
Il avait fallu attendre 1973 pour qu'une émission traite du sujet, sous un aspect "médical", puis un reportage de Patricia Charnelet en 79, qui permettait à des gays de s'exprimer "à visage découvert", pari encore risqué à l'époque.
La vision de ces documents permet d'évaluer le chemin parcouru, même si rien n'est jamais gagné, de sombres apprentis-sorciers, y compris chez nous, appelant de leurs vœux le retour aux "valeurs" de la douce France d'antan.
Pour voir l'émission, c'est par ici : cliquer !
mercredi 23 février 2022
Lecture intime
| Photo Arturo+Bamboo |
J'aime beaucoup cette photo de garçon lisant.
Elle est prise, apparemment, dans un chalet de montagne.
Au dehors, sans doute, tempête de neige.
Le jeune homme trouve la sérénité dans sa lecture.
Peut-être a-t-il affronté auparavant des éléments déchaînés.
Le voici apaisé.
J'écrirai parfois, avec cette police de caractères, ce que m'évoquent certaines photographies.
Italie : Brividi, chanson sans complexe
mardi 22 février 2022
Nouvelle recrue
| Joe D. Martinez. Photo de Karl Simone |
Je forme mon nouveau secrétaire à la dactylographie.
Je lui apprendrai ensuite à s'asseoir plus confortablement.
(Dans notre série Beaux garçons, photos stupides)
lundi 21 février 2022
"Mon amant de Saint-Jean" | Episode 16 : Nous avions quinze ans
1937, un village de l'Aveyron. Deux adolescents, Claude (le narrateur) et Jean vivent une relation interdite, jusqu'alors préservée de la rumeur. Trois personnes, au village, leur apportent un soutien complice : Jacob Epstein, un vieil excentrique accueille leur amour dans sa maison isolée sur les hauteurs. Clément Chaumard, le fils du boulanger, est ostracisé en raison d'un psoriasis qui affecte son apparence. Solange Gleizes est une pocharde venue de Montpellier où elle a vécu des événements dramatiques. Cette femme sans âge, errant sans relâche dans le village, sait tout des turpitudes de ses concitoyens. Elle a surpris les agissements de Pierrette, la fille du Maire, que les garçons viennent peloter le dimanche dans la salle municipale. Les deux amants embusqués ont observé le manège, découvrant des turpitudes qu'ils étaient loin d'imaginer. Excités, ils gagnent leur "refuge" un temps délaissé.
Notre vieux copain si jeune, heureux de
nous revoir, nous a accueillis avec joie et sans barguigner nous nous sommes
précipités vers la chambre, gravissant quatre à quatre les marches de
l’escalier qui menait au septième ciel pour y gagner la délivrance.
Jamais chair ne fut moins triste qu’entre
nous. Nous nous amusions de ces différences anatomiques comparées avec
curiosité, nous flairant comme des chiots frétillants d’aise ; Jean cabriolait sur le matelas de laine puis se relevait pour exhiber sa virilité triomphante - « t’as
vu, c’est ça un homme ! » - avant de fondre sur moi en rapace. Quand l’un
s'offrait à l'autre, dans la position qui permet l’échange des regards, le sourire
affleurait toujours, comme pour encourager l’accomplissement. Nos partages
furent continuellement joyeux. Nous avions quinze ans et j’aurai quinze ans jusqu’au
dernier moment, tant que ton souvenir me tiendra compagnie.
Une fois étanchée notre soif de caresses, après quelques sommaires ablutions,
Jacob, que nos sonores facéties, là-haut, avaient mis en joie, ouvrit une
bouteille de Saint Raphaël Quinquina pour fêter nos retrouvailles. Jeannot fit un récit à se tordre de rire du spectacle auquel nous avions assisté ce jour-là. Sur le
phonographe notre ami a joué Y a d’la joie par Maurice Chevalier sur laquelle
nous avons dansé frénétiquement en poussant des hurlements de louveteaux.
Ce
soir-là, loin d’imaginer que je pouvais m’être enivré, ma mère, devant mon
euphorie, me demanda si tout allait bien. Mon père, plus au fait des effets
pervers de l’alcool, me jeta des regards suspicieux en fronçant les sourcils.
Au cours du souper, je m’enhardis – le
vin cuit faisait-il encore son œuvre ? – à évoquer la suite de mes études.
Il me restait deux ans avant le baccalauréat, un
diplôme qu’aucun de mes camarades, à l’exception de Jeannot s’il se décidait à
travailler, ne pouvait briguer. La plupart d’entre eux, au demeurant, n’avaient
pour d’autre ambition que de demeurer au village ou dans les environs immédiats
et d’exercer la même profession que leur géniteur. Quatrefages débiterait de la
saucisse, Verdeille se voyait travailler la vigne près de Millau aux côtés de
son oncle tandis que Pichon espérait trôner un jour au comptoir du bistrot
paternel. Tous, cependant, exprimaient le désir de moderniser l’entreprise
familiale, espérant peut-être donner un souffle nouveau à une bourgade qui
sombrait dans la léthargie.
(À suivre)
© Louis Arjaillès - Gay Cultes 2022