Le journal quotidien - non hétérophobe - de
Silvano Mangana (nom de plume Louis Arjaillès). Maison de confiance depuis 2007.
Photo en-tête Mina Nakamura

"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)


vendredi 1 mai 2026

Mai Paris Mai

Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai Paris
Le casque des pavés ne bouge plus d'un cilLa Seine de nouveau ruisselle d'eau béniteLe vent a dispersé les cendres de BenditEt chacun est rentré chez son automobileJ'ai retrouvé mon pas sur le glabre bitumeMon pas d'oiseau-forçat, enchaîné à sa plumeEt piochant l'évasion d'un rossignol titanCapable d'assurer le Sacre du Printemps
Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai Paris
Ces temps-ci, je l'avoue, j'ai la gorge un peu âcreLe Sacre du Printemps sonne comme un massacreMais chaque jour qui vient embellira mon criIl se peut que je couve un Igor Stravinsky
Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai Paris
Et je te prends Paris dans mes bras pleins de zèleSur ma poitrine je presse tes pierreriesJe dépose l'aurore sur tes TuileriesComme roses sur le lit d'une demoiselleJe survole à midi tes six millions de typesTa vie à ras le bol me file au ras des tripesJ'avale tes quartiers aux couleurs de pigeonIntelligence blanche et grise religion
Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai Paris
Je repère en passant Hugo dans la SorbonneEt l'odeur d'eau-de-vie de la vieille bombonneAux lisières du soir, mi-manne, mi-mendiantJe plonge vers un pont où penche un étudiant
Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMaiParis
Le jeune homme harassé déchirait ses cheveuxLe jeune homme hérissé arrachait sa chemise"Camarade, ma peau est-elle encore de mise""Et dedans mon cœur seul ne fait-il pas vieux jeu""Avec ma belle amie quand nous dansons ensemble""Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble""Je ne veux plus cracher dans la gueule à papa""Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas""Si je dois endosser cette guérite étroite""Avec sa manche gauche, avec sa manche droite""Ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis""Sa passion du futur, sa chronique amnésie"
Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMaiParis
C'est ainsi que parlait sans un mot ce jeune hommeEntre le fleuve ancien et le fleuve nouveauOù les hommes noyés nagent dans leurs autosC'est ainsi, sans un mot, que parlait ce jeune hommeEt moi l'oiseau-forçat, casseur d'amère croûteVers mon ciel du dedans j'ai replongé ma routeLe long tunnel grondant sur le dos de ses mursAspiré tout au bout par un goulot d'azurLà-bas brillent la paix, la rencontre des pôlesEt l'épée du printemps qui sacre notre épauleGazouillez les pinsons à soulever le jourEt nous autres grinçons, pont-levis de l'amour
Mai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai ParisMai, mai, mai, Paris maiMai, mai, mai Paris

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